Un média indépendant et engagé
Un média indépendant et engagé
AccueilPolitiqueDes partis politiques et organisations sociales dénoncent une « capture du processus...

Des partis politiques et organisations sociales dénoncent une « capture du processus électoral » par Didier Fils-Aimé

Publié le

spot_img

Dans une déclaration, plusieurs organisations politiques et sociales accusent le pouvoir exécutif de s’éloigner de sa mission principale : créer les conditions de sécurité nécessaires à l’organisation d’élections libres, honnêtes et inclusives en 2026.

Haïti traverse, selon une déclaration conjointe de forces politiques et sociales, « l’un des moments les plus critiques de son histoire contemporaine ». Dans ce texte intitulé « Déclaration solennelle des forces politiques et sociales de la République », les signataires dénoncent ce qu’ils considèrent comme une dérive grave du pouvoir exécutif dans la conduite du processus électoral.

Dès les premières lignes, le ton est ferme. Les organisations affirment faire face à « l’irresponsabilité manifeste du pouvoir exécutif », qu’elles accusent de s’enfermer dans des « manœuvres dilatoires » au lieu d’apporter des réponses aux crises qui secouent le pays.

Une mission initiale jugée abandonnée

Au cœur de cette déclaration se trouve une critique centrale : l’Exécutif aurait, selon les signataires, dévié de sa mission fondamentale. Le texte rappelle que la tâche principale du pouvoir en place devait être de :

« rétablir un climat de sécurité permettant le retour à l’ordre constitutionnel par l’organisation d’élections libres, honnêtes et inclusives en 2026 ».

Pour les forces politiques et sociales, cet objectif n’est plus respecté. Elles estiment qu’« en s’éloignant de cet objectif, le pouvoir exécutif abdique sa responsabilité première envers le peuple haïtien ».

Cette formulation traduit une inquiétude politique majeure : celle de voir le processus électoral fragilisé au moment même où il devrait permettre le renouvellement des institutions et le retour à l’ordre constitutionnel.

Le CEP au centre du bras de fer

La déclaration insiste particulièrement sur le rôle du Conseil Électoral Provisoire. Les signataires rappellent que, conformément à l’article 191 de la Constitution, le CEP est « l’organe constitutionnel chargé, en toute indépendance, de la gestion et de la direction des opérations électorales ».

Le document va plus loin en affirmant que le CEP détient « la charge constitutionnelle exclusive de l’élaboration du décret électoral ». Pour les organisations signataires, cette indépendance constitue « le socle même de la légitimité et de la crédibilité des résultats à venir ».

En d’autres termes, les forces politiques et sociales considèrent que toute tentative de réduire ou de contourner les prérogatives du CEP menace directement la crédibilité des prochaines élections.

Une « crise pré-électorale » dénoncée

Le texte évoque une crise ouverte entre l’Exécutif et le CEP. Selon la déclaration, « le pouvoir exécutif a délibérément suscité un conflit ouvert avec le CEP au sixième mois de l’année 2026 ». Les signataires qualifient cette situation de « crise, inédite », qu’ils ne présentent pas comme un accident institutionnel, mais comme « une stratégie politique planifiée ».

L’accusation est lourde. Les organisations affirment que, « pour la première fois dans notre histoire récente, Haïti traverse une crise pré-électorale ». Cette crise révélerait, selon elles, « la volonté du Premier Ministre Fils-Aimé de s’approprier le processus électoral pour favoriser une mouvance partisane ».

Le communiqué accuse également le Premier ministre d’avoir publié un « décret inconstitutionnel » transférant les prérogatives du CEP à un Directeur général. Pour les signataires, cette décision aurait « neutralisé l’organe électoral, le réduisant au rôle de simple spectateur ».

Dans une phrase particulièrement sévère, ils estiment que cet acte « constitue une rupture brutale de l’ordre démocratique ».

Appel à la communauté internationale

Les signataires ne s’adressent pas uniquement aux acteurs nationaux. Ils interpellent aussi la communauté internationale, qu’ils appellent à continuer de soutenir le CEP dans la défense de ses prérogatives constitutionnelles.

« Nous interpellons la communauté internationale sur la nécessité de continuer à supporter le Conseil Électoral Provisoire dans sa lutte pour la défense de ses prérogatives constitutionnelles », écrivent-ils dans la déclaration.

Cette demande traduit la volonté des signataires d’internationaliser l’alerte autour du processus électoral haïtien, tout en présentant le CEP comme l’institution à protéger dans la crise actuelle.

Un appel à la mobilisation citoyenne

Le communiqué se conclut par un appel aux « forces vives de la nation » : syndicats, organisations de la société civile, secteur privé, forces sociales, citoyennes et citoyens sont invités à « se lever avec dignité ».

Les signataires affirment clairement leur opposition à ce qu’ils appellent la « capture du processus électoral ». Leur mot d’ordre est sans ambiguïté : « Nous disons NON à la capture du processus électoral par le Premier Ministre Fils-Aimé. » [Communique…Politiques | PDF]

Ils rejettent également « par avance toute mascarade électorale orchestrée au mépris de la loi » et exigent « le rétablissement immédiat de l’indépendance du CEP » ainsi que la mise en place de « conditions réelles pour des élections crédibles, transparentes et souveraines ».

La déclaration se termine sur une tonalité de résistance politique : « Le temps de la soumission est révolu. Le temps de la vigilance et de la résistance citoyenne pour sauver la démocratie haïtienne est arrivé. »

Plusieurs personnalités et organisations signataires

Le document comporte plusieurs signatures et mentions d’organisations politiques et sociales.

Parmi les noms lisibles figurent notamment Claude Joseph pour EDE, Jean Michel Lapin pour Nouvelle Orientation, André Michel pour SDI, Levaillant Louisjeune pour INITE, Ricard Pierre pour KORE-N, Jean Dieudonné Lubin pour INIFOS, Philippe Dallace pour PALMIS, Wester Exyl pour PPTL, Marie Denise Claude pour RPFPP, Charlot Murat pour Plateforme Solidarité, Dorlus Carry pour AHTM, Dieuseul Simon Desras, présenté comme ancien président du Sénat, ainsi que Jeudy Yves Jules, Jean Gryguy Piquion, Yves Daniel Jean et Annibal Coffy.

Conclusion

Cette déclaration s’inscrit dans un registre à la fois politique, juridique et citoyen. Elle accuse l’Exécutif de porter atteinte à l’indépendance du CEP, présente le processus électoral comme menacé, et appelle à une réaction nationale et internationale.

À travers ce texte, les forces politiques et sociales signataires cherchent à poser un avertissement public : sans respect des prérogatives constitutionnelles du CEP, les élections de 2026 risqueraient, selon elles, de perdre leur crédibilité avant même leur organisation.

Sherley Francois
Sherley Francois
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.

DERNIERS ARTICLES

André Michel exige des élections en 2026 et accuse le gouvernement de freiner le processus

Dans un message publié ce mercredi sur la plateforme X (anciennement Twitter), l’avocat et...

Coupe du monde 2026 : les visas refusés à des membres de l’équipe iranienne embarrassent la FIFA

À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, la FIFA...

Fils-Aimé a rencontré le CEP après avoir imposé son décret électoral : de quoi ont-ils parlé ?

Après une semaine de fortes tensions entre le Conseil électoral provisoire et la Primature,...

Le SCHAP s’inquiète du décret électoral publié par la Primature

Le Syndicat des Cadres Haïtiens de l’Administration Publique, SCHAP, exprime sa préoccupation après...

Le REDRESEH critique la gestion de Vijonet Demero au MENFP et dénonce un manque de vision stratégique

Le Réseau pour le Développement et le Redressement du Système Éducatif Haïtien, REDRESEH, critique...

CEP–Primature : Jacques Desrosiers demande une rencontre urgente avec Fils-Aimé pour éviter une crise ouverte

Alors que le gouvernement veut installer un Directeur général au Conseil électoral provisoire, le...

Cuba : Visa et Mastercard suspendus, la population prise en otage par l’étau des sanctions américaines

À partir du 6 juin, les paiements par cartes Visa et Mastercard ne seront...

À lire aussi

André Michel exige des élections en 2026 et accuse le gouvernement de freiner le processus

Dans un message publié ce mercredi sur la plateforme X (anciennement Twitter), l’avocat et...

Fils-Aimé a rencontré le CEP après avoir imposé son décret électoral : de quoi ont-ils parlé ?

Après une semaine de fortes tensions entre le Conseil électoral provisoire et la Primature,...

Le SCHAP s’inquiète du décret électoral publié par la Primature

Le Syndicat des Cadres Haïtiens de l’Administration Publique, SCHAP, exprime sa préoccupation après...