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Le Département d’État recommande de ne pas voyager en Haïti : un constat d’échec pour la stratégie sécuritaire du gouvernement Fils-Aimé

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Port-au-Prince, 20 juillet 2026 – Rarement une recommandation diplomatique aura résumé avec une telle brutalité l’effondrement sécuritaire d’un pays. Les citoyens américains qui décideraient de se rendre en Haïti, malgré les mises en garde de Washington, sont désormais invités à laisser des échantillons d’ADN auprès de leur prestataire de santé et leurs dossiers dentaires à leur famille, au cas où ces éléments deviendraient nécessaires pour identifier leurs restes.

Cette recommandation particulièrement macabre, de ce 17 juillet , vient compléter les avertissements portant sur les enlèvements, les crimes violents, les activités qualifiées de terroristes, les troubles civils et les limites du système de santé haïtien.

Le Département d’État maintient Haïti au niveau 4, “Ne pas voyager”, le niveau d’alerte maximal. Dans son avis renouvelé le 10 juillet 2026, Washington demande à ses ressortissants de ne se rendre en Haïti sous aucun prétexte, en raison de la criminalité, des enlèvements, du terrorisme, des troubles civils et de l’accès limité aux soins.

Derrière la violence des mots employés se trouve une réalité politique difficile à dissimuler : plusieurs mois après la mise en place du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, l’une de ses principales promesses — le rétablissement de la sécurité — reste largement hors d’atteinte.

Quand Washington détruit le récit officiel

Depuis son installation, le gouvernement Fils-Aimé multiplie les déclarations sur la reprise en main de la situation, la mobilisation des forces de sécurité et la restauration progressive de l’autorité de l’État. Lors de la présentation de son cabinet en mars 2026, le Premier ministre avait lui-même défini trois priorités : la sécurité, la relance économique et l’organisation des élections. Il avait alors déclaré que « le temps des beaux discours est révolu ». Quatre mois plus tard, le diagnostic américain est accablant.

Washington ne conseille pas seulement à ses ressortissants d’être prudents, d’éviter certaines zones ou de limiter leurs déplacements. Le Département d’État leur demande de ne pas entrer dans le pays. Il indique que les employés américains en poste en Haïti ne sont pas autorisés à s’éloigner de l’ambassade pour des raisons non essentielles et que leurs familles ne peuvent pas les rejoindre en raison des risques. Les autorités américaines reconnaissent également disposer d’une capacité extrêmement limitée pour porter assistance à leurs propres citoyens en cas d’urgence.

L’évaluation officielle américaine décrit une criminalité violente généralisée, particulièrement à Port-au-Prince, des enlèvements répandus, des affrontements entre groupes armés et une capacité extrêmement limitée des forces locales à répondre aux crimes graves. Elle souligne aussi le danger des balles perdues pour des personnes qui ne participent aucunement aux violences.

Ce constat ne relève ni d’un slogan de l’opposition ni d’une publication militante sur les réseaux sociaux. Il émane du Département d’État du principal partenaire international d’Haïti. Il constitue, de ce fait, un désaveu majeur pour un exécutif qui prétend avoir fait de la sécurité le centre de son action.

Un gouvernement rattrapé par les faits

Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé avait annoncé que la sécurité serait sa priorité. Le Département d’État américain répond, dans les faits, que le pays demeure tellement dangereux que les ressortissants américains doivent éviter de s’y rendre et, s’ils désobéissent à cette consigne, prendre des dispositions permettant d’identifier leur dépouille.

Cette communication américaine ne suffit pas, à elle seule, à mesurer l’ensemble de l’action gouvernementale. Mais elle constitue un indicateur extérieur particulièrement lourd. Elle montre que les partenaires internationaux ne considèrent toujours pas les conditions minimales de sécurité comme rétablies.

Le pouvoir peut continuer à annoncer des programmes, à célébrer des projets et à promettre le retour prochain à la normale. Mais tant que les citoyens ne pourront pas circuler librement, tant que l’aéroport Toussaint Louverture restera inaccessible aux vols commerciaux américains et tant que les chancelleries étrangères envisageront l’identification des dépouilles comme une précaution de voyage, le récit gouvernemental se heurtera à une réalité impossible à dissimuler.

Au-delà des slogans et des opérations de communication, le constat demeure : le gouvernement Fils-Aimé avait promis de faire de la sécurité sa priorité. L’avertissement macabre de Washington montre qu’aux yeux du principal partenaire d’Haïti, cette promesse n’a toujours pas produit les résultats attendus.

Marie Décius
Marie Décius
Marie Décius est journaliste indépendante basée à Port‑au‑Prince. Elle couvre principalement l’éducation, les droits sociaux et les enjeux politiques en Haïti, avec un regard engagé et proche du terrain.

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