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Démantèlement de l’éducation : Nesmy Manigat, précurseur avant Trump

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Lorsque Donald J. Trump annonça son intention de dissoudre le Department of Education, ses partisans y virent une libération du système, ses adversaires, une régression civilisationnelle. Or, ce geste que d’aucuns qualifient de brutal n’est, en réalité, qu’un mimétisme tardif de ce qui fut déjà expérimenté ailleurs — avec une ferveur discrète mais tout aussi destructrice. Haïti, laboratoire d’un néolibéralisme sauvage et tropicalisé, avait déjà livré au monde un prototype du démantèlement éducatif, dont le nom, dans les archives nationales, restera lié à celui de Nesmy Manigat, ministre destructif de l’Éducation sous l’ère PHTK, le géniteur des gangs terroristes armés fédérés.

Avec les attributs d’une gouvernance performative — langage technocratique, présentations en anglais aux bailleurs, concepts empruntés aux institutions internationales (Banque mondiale, UNESCO, OCDE) — l’ancien ministre Tèt Kale, – ayant également sans vergogne fait son beurre dans le gouvernement importé de Garry Conille – a orchestré ce que Pierre Bourdieu aurait qualifié de « violence symbolique maximale » : une destruction de l’intérieur, opérée sous couvert de modernisation. Derrière le vernis des réformes, aucune assise pédagogique, aucun financement structurel, aucune volonté politique réelle. L’école haïtienne, déjà vulnérable après l’ère Bernard Joseph, s’est trouvée réduite à une architecture fantôme : des chiffres, des slogans, et le silence assourdissant des salles de classe désertées.

À la différence de Trump, qui assumait son geste comme une offensive idéologique, Manigat, un des nombreux esclaves à talent, a agi dans l’ambiguïté feutrée d’une rhétorique de progrès. Or, comme le rappelle Noam Chomsky, « lorsque le langage sert à masquer l’inaction, il devient complice de la régression sociale » (*Chomsky, Manufacturing Consent, 1988). L’éducation haïtienne, dans cette perspective, fut victime d’un langage performatif qui maquillait le vide.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : taux de déscolarisation alarmant, enseignants non formés, écoles sans mobilier ni matériels pédagogiques. L’UNICEF, dans ses rapports de 2019 à 2023, évoque un système éducatif « structurellement dysfonctionnel ». On ne parle plus ici de crise, mais d’effondrement. Et comme l’affirme Jean-Claude Milner, « ce qui caractérise l’effondrement, c’est moins le bruit de la chute que l’impossibilité de reconstruire » (Leçons sur l’école, 1984).

Alors oui, faisons un verre. Un pour l’illusion. Un pour l’amnésie collective. Un troisième pour les enfants qu’on n’ose plus appeler élèves. Et huit, peut-être, pour oublier que le système éducatif haïtien fut un jour porteur de sens, avant d’être livré aux logiques comptables du néant.

Haïti n’a plus d’école publique digne de ce nom. Elle a des simulacres d’institution, des simulacres d’enseignement, et un vrai désastre. L’acte de Trump ne choque que ceux qui croient encore à l’universalité de la dévastation. En Haïti, la catastrophe a eu lieu — calmement, bureaucratiquement, sans heurts apparents.

C’est sans doute cela, le comble du cynisme éducatif postmoderne : un effondrement bien habillé.

Par Robert Berrouët-Oriol : Linguiste-terminologue

Ancien enseignant à la Faculté de linguistique appliquée de l’Université d’État d’Haïti

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