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Universités dominicaines : derrière leur attractivité auprès des Haïtiens, quel est leur véritable niveau ?

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Vue de la façade de l’INTEC. Crédit photo : Internet.

Des milliers de jeunes Haïtiens choisissent chaque année la République dominicaine pour poursuivre leurs études, notamment en médecine, en gestion et en ingénierie. Pourtant, les classements internationaux montrent que les universités dominicaines restent très éloignées des grands établissements mondiaux. Un constat qui invite à interroger leur véritable niveau, sans pour autant mépriser les étudiants qui y cherchent une formation devenue difficilement accessible en Haïti.

Pour de nombreuses familles haïtiennes, envoyer un enfant étudier en République dominicaine représente un investissement considérable et parfois un important sacrifice financier. La proximité géographique, la diversité des formations, l’existence d’infrastructures universitaires relativement fonctionnelles et la possibilité d’étudier en espagnol expliquent en partie cette attractivité.

Mais cette destination est-elle réellement synonyme d’excellence universitaire ? Les chiffres disponibles imposent une réponse beaucoup plus nuancée que les discours promotionnels des établissements et des autorités dominicaines.

Des établissements très éloignés de l’élite universitaire mondiale

Selon le classement EduRank publié le 15 mars 2026, la meilleure université de République dominicaine, la Pontificia Universidad Católica Madre y Maestra (PUCMM), n’occupe que la 3 455ᵉ place mondiale et la 244ᵉ place en Amérique latine. L’Instituto Tecnológico de Santo Domingo (INTEC) arrive ensuite à la 3 863ᵉ place mondiale, devant l’Universidad Autónoma de Santo Domingo (UASD), classée 4 023ᵉ.

La situation des autres établissements est encore moins favorable. L’Universidad Iberoamericana, plus connue sous le nom d’UNIBE, est classée 5 084ᵉ mondiale, l’Universidad Central del Este 6 953ᵉ, l’Universidad del Caribe 7 659ᵉ, l’Universidad Nacional Pedro Henríquez Ureña 8 017ᵉ, l’Universidad APEC 8 449ᵉ et l’Universidad Tecnológica de Santiago 8 596ᵉ. EduRank établit ces positions en s’appuyant notamment sur la production scientifique, les citations, la notoriété non académique et l’influence des anciens étudiants.

Autrement dit, même les établissements présentés comme les « meilleures universités » dominicaines demeurent très loin des grandes institutions internationales.

Aucun ne figure parmi les 1 000 premières universités mondiales dans le classement EduRank 2026. Plus révélateur encore : la première université dominicaine n’apparaît qu’au-delà de la 3 400ᵉ place.

Une visibilité régionale, mais pas une reconnaissance mondiale majeure

Le classement QS Amérique latine et Caraïbes 2026 offre une image légèrement plus favorable, mais il s’agit d’un classement régional et non du classement mondial général. La PUCMM y figure dans la tranche 151-160, l’INTEC entre les 191ᵉ et 200ᵉ places, tandis qu’UNIBE et l’UNPHU apparaissent entre les 201ᵉ et 250ᵉ places. L’UASD, pourtant première université publique du pays, se situe seulement entre les 351ᵉ et 400ᵉ places régionales.

Douze établissements dominicains sont présents dans ce palmarès régional, mais plusieurs sont regroupés au-delà de la 400ᵉ place : UNAPEC, l’Universidad Católica Santo Domingo, l’Universidad Católica Tecnológica del Cibao, l’Universidad Central del Este, l’Universidad del Caribe, l’Universidad Dominicana O&M et l’Universidad Federico Henríquez y Carvajal. Cette présence régionale constitue une forme de visibilité, mais elle ne suffit pas à transformer ces établissements en universités de référence mondiale.

Il faut donc éviter une confusion fréquente : être bien positionné à l’intérieur de la République dominicaine ou apparaître dans un classement latino-américain ne signifie pas appartenir à l’élite universitaire internationale.

Une université peut être utile, correctement organisée et reconnue par les autorités nationales tout en restant faible sur le plan de la recherche, des publications, des partenariats scientifiques et du rayonnement mondial.

Les étudiants haïtiens, première clientèle universitaire étrangère

Cette question est d’autant plus importante que les Haïtiens constituent une population majeure au sein des universités dominicaines. Des données publiées pour la période 2020-2022 font état de 15 884 inscriptions d’étudiants haïtiens, dont 8 523 femmes et 7 361 hommes. Haïti arrivait ainsi en tête des pays d’origine mentionnés, devant les États-Unis, avec 4 284 inscriptions, et Porto Rico, avec 2 096.

Ce mouvement ne date pas d’hier. En 2015, plus de 12 000 étudiants haïtiens étaient déjà signalés dans 23 universités publiques et privées dominicaines. Ils étudiaient notamment la médecine, les soins infirmiers, l’administration des affaires, les relations internationales, le génie civil et le tourisme. Les données citées à l’époque reliaient également cette progression aux destructions d’infrastructures scolaires et universitaires provoquées par le séisme de 2010 en Haïti.

Ces étudiants constituent aussi un apport économique pour le pays d’accueil. Ils paient des frais de scolarité, des loyers, des transports, des assurances, des démarches administratives et des dépenses quotidiennes.

Une enquête d’AyiboPost soulignait déjà que leur présence représentait un apport financier important pour la République dominicaine et que nombre d’entre eux ne retournaient pas nécessairement en Haïti après leurs études.

Alors, quel est leur « vrai niveau » ?

La réponse ne peut pas se réduire à un chiffre. Les classements montrent clairement que les universités dominicaines ne se situent pas au premier plan mondial. Mais ils ne permettent pas d’affirmer que tous leurs enseignements sont mauvais, ni que tous leurs diplômés sont insuffisamment formés.

Le véritable niveau dépend de plusieurs éléments : l’université concernée, la faculté choisie, le programme suivi, la qualification des enseignants, la qualité des stages, l’existence de laboratoires, les conditions d’encadrement et l’accréditation du diplôme. Une faculté peut offrir une formation professionnelle convenable dans une discipline précise sans disposer d’une production scientifique suffisante pour progresser dans les classements internationaux.

La PUCMM ou l’INTEC ne peuvent donc pas être mises exactement sur le même plan que tous les établissements privés recrutant des étudiants étrangers. De la même manière, un diplôme de médecine, d’ingénierie ou de gestion doit être évalué en fonction du programme et de son accréditation, et non sur la seule réputation générale du pays d’accueil.

Cependant, les positions mondiales très modestes constituent un signal qu’il serait irresponsable d’ignorer.

Elles posent la question des moyens consacrés à la recherche, du nombre de publications reconnues, des collaborations internationales, de la formation doctorale et de la capacité des établissements à produire durablement de nouvelles connaissances.

Une attractivité qui révèle surtout l’effondrement haïtien

La présence massive d’étudiants haïtiens en République dominicaine ne démontre pas automatiquement la supériorité absolue du système dominicain. Elle révèle surtout les défaillances profondes de l’enseignement supérieur en Haïti : instabilité politique, insécurité, fragilité des infrastructures, interruptions répétées des cours, faiblesse des financements publics et insuffisance des capacités d’accueil.

Les universités haïtiennes sont encore moins bien positionnées. EduRank place l’Université d’État d’Haïti au 8 678ᵉ rang mondial et au 630ᵉ rang latino-américain. L’Université Quisqueya est classée 9 664ᵉ, tandis que l’Université Notre-Dame d’Haïti arrive à la 11 304ᵉ place mondiale.

Ainsi, la République dominicaine n’attire pas nécessairement les étudiants haïtiens parce qu’elle offrirait des universités de niveau mondial. Elle les attire aussi parce que le système haïtien leur offre de moins en moins de stabilité et de perspectives.

Le choix dominicain est souvent moins celui de l’excellence absolue que celui d’une continuité pédagogique plus accessible : pouvoir suivre des cours, disposer d’un calendrier académique et espérer obtenir un diplôme dans des délais relativement prévisibles.

Ne pas mépriser les étudiants, mais exiger la transparence

La critique doit viser les systèmes universitaires et les discours commerciaux, non les étudiants. Les jeunes Haïtiens partis étudier en République dominicaine font souvent preuve de courage, d’adaptation et de persévérance. Beaucoup apprennent une nouvelle langue, affrontent les difficultés de l’émigration et supportent une charge financière importante afin d’acquérir une qualification.

Mais leur sacrifice ne doit pas servir à dissimuler une réalité : la République dominicaine propose une offre universitaire plus stable et plus visible que celle d’Haïti, sans pour autant disposer d’universités véritablement installées au sommet mondial. Les classements de 2026 placent ses meilleurs établissements à plusieurs milliers de rangs des leaders internationaux.

La véritable question n’est donc pas de savoir si un diplôme dominicain « vaut quelque chose » de manière générale. Il faut demander : quelle université, quelle filière, quelle accréditation, quelle qualité d’encadrement, quelle reconnaissance et quels débouchés ?

Pour Haïti, le défi est plus politique encore. Tant que l’État n’investira pas sérieusement dans ses universités publiques, la recherche, les laboratoires, la formation des enseignants et la sécurité des campus, des milliers de familles continueront de financer l’enseignement supérieur du pays voisin. La République dominicaine profite ainsi d’un marché étudiant que l’abandon de l’université haïtienne contribue directement à alimenter.

La mobilité universitaire peut être une richesse. Mais elle ne doit pas devenir l’alibi d’un renoncement collectif : celui d’un pays incapable de garantir à sa jeunesse le droit d’étudier dignement chez elle.

Marie Décius
Marie Décius
Marie Décius est journaliste indépendante basée à Port‑au‑Prince. Elle couvre principalement l’éducation, les droits sociaux et les enjeux politiques en Haïti, avec un regard engagé et proche du terrain.

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