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Cité Soleil : le ministre de l’Intérieur, Paul Antoine BIEN-AIMÉ, installe une commission municipale… sans pouvoir se rendre dans la commune

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Le gouvernement a voulu transformer une simple installation de commission municipale en opération de communication politique. Mais derrière les discours officiels, les promesses de stabilité et les appels à la résilience, une réalité brutale saute aux yeux : le ministre de l’Intérieur, Paul Antoine Bien-Aimé, n’a même pas été capable de se rendre à Cité Soleil pour installer la nouvelle administration municipale dans la commune qu’elle est censée diriger.

La cérémonie s’est tenue non pas à Cité Soleil, mais au siège même du Ministère de l’Intérieur, à Delmas 60. Un détail lourd de sens. Car cette décision révèle, à elle seule, l’ampleur de l’effondrement de l’autorité de l’État dans l’une des communes les plus stratégiques et les plus meurtries du pays.

Installer une mairie loin de sa commune : le symbole d’un échec

Le communiqué officiel tente de présenter l’événement comme un moment institutionnel solennel. Le ministre y parle de « courage », de « résilience », de « stabilité » et de « relance économique ». Pourtant, la scène elle-même raconte tout autre chose : un État barricadé dans ses bureaux, incapable d’exercer son autorité sur le terrain.

Comment prétendre administrer Cité Soleil quand l’installation même des autorités municipales doit se faire à plusieurs kilomètres de la commune, sous protection, loin des habitants et loin de la réalité quotidienne du territoire ?

Ce choix logistique constitue en réalité un aveu politique. Il démontre que le pouvoir ne contrôle pas Cité Soleil. Il démontre aussi que les discours officiels sur la reconquête sécuritaire relèvent davantage de la mise en scène que d’une réalité concrète.

Une communication déconnectée du réel

Dans son allocution, Paul Antoine Bien-Aimé a déclaré :

« Je compte sur vous pour œuvrer à l’établissement de la sécurité, de la stabilité, ainsi qu’à la relance économique et à la mise en place des conditions nécessaires à la tenue des élections. »

Mais cette déclaration pose une question simple : comment une commission municipale sans véritable présence territoriale pourrait-elle rétablir la sécurité dans une commune où l’État lui-même ne peut organiser une cérémonie officielle ?

Depuis des mois, Cité Soleil reste fragmentée par la violence armée, les déplacements massifs de population et l’effondrement des services publics. Des quartiers entiers échappent au contrôle des autorités. Les écoles ferment régulièrement. Les habitants vivent entre pénurie, peur et déplacements forcés.

Dans ce contexte, les propos du ministre apparaissent comme une rhétorique administrative déconnectée du terrain.

Une commission municipale sans moyens réels

Le président de la commission municipale, Daniel Saint-Hilaire, a promis une gestion « saine et dynamique », fondée sur « la transparence » et « l’intégrité ». Là encore, les intentions affichées contrastent avec la réalité.

Car la nouvelle commission hérite d’une commune pratiquement paralysée :

  • absence de sécurité ;
  • infrastructures détruites ;
  • administration municipale affaiblie ;
  • déplacement massif des habitants ;
  • services publics quasiment inexistants.

Le communiqué reconnaît lui-même que plusieurs sections communales restent sous l’emprise de la violence armée. Pourtant, aucune mesure concrète n’a été annoncée pour permettre à cette commission de fonctionner réellement.

Au lieu d’un plan d’urgence détaillé, le gouvernement a surtout offert une cérémonie protocolaire et des déclarations symboliques.

Le pouvoir des nominations sans pouvoir sur le terrain

La nouvelle commission municipale a été nommée en Conseil des ministres le 6 mai 2026. Mais cette nomination illustre surtout la logique actuelle du pouvoir : multiplier les désignations administratives alors que l’État perd progressivement le contrôle effectif du territoire.

Nommer des responsables ne suffit pas à gouverner une commune. Encore faut-il être capable d’y circuler, d’y travailler et d’y exercer une autorité réelle.

Or, le fait même que le ministre de l’Intérieur ait dû organiser cette installation à Delmas 60 constitue probablement le symbole le plus parlant de l’échec actuel des autorités.

La démagogie comme substitut à l’action

Tout, dans cette séquence, ressemble à une opération de communication destinée à donner l’illusion d’un État en mouvement. Le gouvernement parle de « relance », de « paix » et de « retour des déplacés », alors même que ses représentants ne peuvent pas tenir une cérémonie publique dans la commune concernée.

Cette contradiction fragilise davantage la crédibilité des autorités.

Car derrière les mots, les habitants de Cité Soleil continuent de vivre dans l’insécurité, l’abandon et la précarité, pendant que le pouvoir multiplie les annonces symboliques depuis les bureaux climatisés de la capitale.

Au final, cette installation hors de Cité Soleil restera peut-être moins comme le début d’une nouvelle gouvernance municipale que comme le symbole d’un État qui parle encore de contrôle… alors qu’il n’ose même plus entrer dans certains territoires du pays.

Marie Décius
Marie Décius
Marie Décius est journaliste indépendante basée à Port‑au‑Prince. Elle couvre principalement l’éducation, les droits sociaux et les enjeux politiques en Haïti, avec un regard engagé et proche du terrain.

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