
La Police nationale d’Haïti (PNH) a annoncé, dans un communiqué publié le 30 mai 2026, avoir mené une « importante opération policière » dans l’Artibonite afin de « démanteler les foyers de gangs armés » et « restaurer la sécurité publique ».
Pourtant, derrière cette communication officielle, le constat reste inquiétant : trois policiers ont été tués, un civil a perdu la vie, mais aucun résultat concret permettant d’évaluer l’efficacité réelle de l’opération n’a été détaillé par les autorités.
Trois policiers morts, mais aucun bilan précis sur les gangs
Dans son communiqué, la PNH affirme avoir essuyé des « tirs nourris de gangs terroristes lourdement armés » et avoir « infligé de lourdes pertes dans les rangs des bandits ». Cependant, aucun chiffre n’est communiqué concernant ces supposées pertes.
Aucune arrestation de chef de gang n’est annoncée. Aucune saisie d’armes ou de munitions n’est mentionnée. Aucun territoire repris n’est identifié. Aucun bastion criminel détruit n’est signalé.
Le seul bilan officiel détaillé reste la mort de trois policiers et d’un civil.
Dans un pays confronté à l’une des plus graves crises sécuritaires de son histoire récente, cette absence de résultats mesurables soulève de sérieuses interrogations.
Une capitale contrôlée à près de 85 % par les gangs
Cette nouvelle opération intervient alors que la situation sécuritaire continue de se détériorer à l’échelle nationale. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et plusieurs agences des Nations unies, environ 85 % de Port-au-Prince est aujourd’hui sous le contrôle ou l’influence directe des gangs armés.
Les groupes criminels contrôlent plusieurs axes stratégiques, limitent les déplacements des citoyens, imposent leur loi dans de nombreux quartiers et paralysent une partie importante des activités économiques du pays.
Malgré les nombreuses opérations annoncées depuis plusieurs mois, les principaux bastions des gangs demeurent actifs.
Plus de 1,3 million de déplacés : un pays en pleine catastrophe humanitaire
La violence armée a également provoqué une explosion du nombre de déplacés internes. Selon les données publiées par l’OIM en juin 2025, près de 1,3 million d’Haïtiens ont été forcés de fuir leur domicile à cause des violences liées aux gangs.
Quelques mois auparavant, les Nations unies faisaient déjà état de plus d’un million de déplacés internes, soit plus du triple du chiffre enregistré en 2023.
Dans plusieurs régions, les familles vivent dans des abris de fortune, des écoles ou des bâtiments abandonnés, tandis que l’accès aux soins, à l’eau potable et à l’éducation continue de se dégrader.
L’Artibonite reste l’un des principaux foyers de violence
L’Artibonite est aujourd’hui l’un des départements les plus touchés par l’expansion des groupes armés.
Selon des rapports de défense des droits humains, au moins 24 attaques armées majeures ont été recensées dans le département durant les neuf premiers mois de 2025. Huit communes ont été directement affectées par des affrontements, massacres, pillages, incendies criminels et enlèvements.
L’OIM estime également que plus de 92 000 personnes ont été déplacées dans l’Artibonite en raison de la violence armée.
L’échec du gouvernement face à la crise sécuritaire
Cette nouvelle tragédie met également en lumière les limites de la stratégie sécuritaire du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé. Alors que l’exécutif promet régulièrement la restauration de l’autorité de l’État, les chiffres démontrent une aggravation constante de la crise.
Entre octobre 2024 et juin 2025, près de 4 900 personnes ont été tuées dans les violences liées aux gangs en Haïti selon les Nations unies.
Entre avril et juin 2025 seulement, plus de 1 500 personnes ont été tuées et plus de 600 blessées dans les violences armées à travers le pays.
Malgré la présence de la mission multinationale de soutien à la sécurité et les promesses répétées du gouvernement, les gangs continuent d’étendre leur influence dans plusieurs régions.
Les policiers paient le prix fort
Pendant que les autorités multiplient les annonces de fermeté, les policiers restent en première ligne. L’opération de Carrefour Robert s’ajoute à une longue liste d’interventions ayant coûté la vie à des agents de la PNH.
Ces policiers sont envoyés combattre des groupes lourdement armés qui disposent souvent d’un meilleur contrôle du terrain et d’importantes capacités logistiques.
Pendant ce temps, les familles des policiers tombés continuent de s’interroger sur l’efficacité réelle d’une stratégie qui semble produire davantage de pertes humaines que de résultats visibles.
Les Haïtiens attendent des résultats, pas des communiqués
Les hommages rendus aux policiers disparus sont légitimes. Mais ils ne peuvent remplacer des résultats concrets. La population attend la reprise des territoires occupés, l’arrestation des chefs de gangs, la sécurisation des routes nationales et le retour effectif de l’État dans les zones abandonnées.
Tant que ces objectifs ne seront pas atteints, chaque nouveau communiqué annonçant une « importante opération » risque d’être perçu comme une opération de communication de plus dans un pays où les gangs continuent, jour après jour, de renforcer leur emprise sur le territoire national.

