Un couloir d’entrée de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), à Port-au-Prince en 2023.
La récente rencontre entre le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, et le ministre haïtien de la Santé publique, Dr Bertrand Sinal, s’ajoute à une longue série d’échanges diplomatiques consacrés à la situation sanitaire du pays.
Dans son message, le chef de l’OMS indique simplement :
« Le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, informe avoir rencontré le ministre de la Santé publique de la Population, Dr Bertrand Sinal, pour discuter de la situation sanitaire et humanitaire en Haïti. »
Une formulation classique, presque administrative, qui illustre la continuité des rencontres de haut niveau sans pour autant traduire des avancées concrètes visibles dans le système de santé.
Des « priorités absolues » répétées depuis des années
Selon le compte rendu publié sur les réseaux sociaux du directeur général de l’OMS, la rencontre a surtout permis de réaffirmer des priorités déjà anciennes :
« Cette rencontre a été l’occasion pour le ministre Sinal d’identifier comme priorités absolues les campagnes de vaccination contre la diphtérie, le VPH et la rougeole-oreillons-rubéole, pour lesquelles l’OMS continue d’apporter son appui. »
Ces mêmes priorités reviennent pourtant de manière récurrente dans les communications officielles depuis plusieurs années, sans que cela ne se traduise par une amélioration durable de la couverture vaccinale ou du système de prévention à l’échelle nationale.
Une santé publique toujours sous pression
Sur le terrain, les indicateurs sanitaires restent préoccupants. Le pays continue de faire face à des épidémies récurrentes, notamment le choléra réapparu ces dernières années, touchant des milliers de personnes selon les bilans des agences humanitaires et des autorités sanitaires.
À cela s’ajoutent des maladies évitables par la vaccination, comme la diphtérie et la rougeole, qui continuent d’apparaître dans certaines zones, en particulier là où l’accès aux soins reste limité.
Dans de nombreuses régions, les structures sanitaires fonctionnent avec des moyens extrêmement réduits, tandis que les campagnes de vaccination peinent à atteindre une couverture suffisante. Les ruptures de stocks de médicaments essentiels et le manque de personnel médical aggravent encore la situation.
Des réunions qui se répètent, des résultats qui tardent
Le contraste est frappant entre la régularité des rencontres internationales et la stagnation des résultats sur le terrain. Les échanges entre responsables haïtiens et partenaires internationaux suivent souvent le même schéma : diagnostic des problèmes, réaffirmation des priorités, promesse d’appui technique et financier.
Mais dans les faits, les réformes structurelles tardent à se concrétiser : renforcement durable du système de santé, amélioration de l’accès aux soins primaires, ou encore stabilisation des programmes de vaccination.
Ainsi, ces nouvelles discussions autour des « priorités absolues » donnent davantage l’impression d’une continuité institutionnelle que d’un véritable tournant dans la gestion de la crise sanitaire.
Une crise chronique qui dépasse les déclarations
Au-delà des annonces et des communiqués, la situation sanitaire en Haïti reste marquée par une fragilité structurelle profonde. Les maladies évitables persistent, les infrastructures restent insuffisantes, et les populations continuent de subir les conséquences d’un système de santé sous tension permanente.
Dans ce contexte, les réunions de haut niveau, aussi fréquentes soient-elles, apparaissent de plus en plus comme un rituel diplomatique répété, sans transformation tangible à la hauteur de l’urgence sanitaire du pays.
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.