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Remaniement ministériel : Antoine Augustin échoue dans sa gouvernance et rompt le protocole ENS–MENFP

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Port‑au‑Prince, 21 février 2026 – Alors que le système éducatif haïtien traverse l’une de ses crises les plus graves, le ministre Antoine Augustin a décidé de rompre le protocole d’accord signé en 2013 entre le MENFP et l’École Normale Supérieure (ENS), un dispositif qui garantissait l’intégration automatique de jeunes enseignants diplômés dans les écoles publiques. Cette décision, dans un contexte déjà fragile, suscite de vives inquiétudes sur la cohérence et l’efficacité de la politique éducative nationale.

Un accord stratégique aujourd’hui abandonné

En 2013, trois ans après le séisme qui avait plongé le pays dans la reconstruction, le MENFP et l’ENS avaient signé un protocole historique. L’objectif était clair : répondre au déficit chronique d’enseignants qualifiés dans les écoles publiques en assurant l’intégration automatique des diplômés normaliens à leur sortie d’études. Ce mécanisme garantissait une relève pédagogique structurée et continue, à un moment où 86 % des enseignants du public étaient soit proches de la retraite, soit insuffisamment qualifiés.

Treize ans plus tard, le ministre Antoine Augustin a choisi d’annuler ce dispositif, malgré la persistance d’un déficit dramatique de personnel qualifié et la fermeture massive d’écoles due à la violence et à l’insécurité. Cette décision interroge la logique de la gouvernance actuelle : affaiblir un outil de renouvellement stratégique dans un contexte de crise semble aller à l’encontre de l’urgence éducative du pays.

Un système éducatif en tension permanente

Les chiffres officiels illustrent la gravité de la situation. Selon le recensement scolaire 2024-2025, Haïti compte 4 028 897 élèves répartis dans 18 241 écoles, dont seulement 17,7 % sont publiques. Le reste appartient au secteur privé, laissant aux familles le poids de l’éducation dans un contexte de précarité économique généralisée.

Les rapports internationaux révèlent également que 84 % des enseignants ne disposent pas des qualifications pédagogiques requises, tandis que plus d’un enfant sur quatre est déscolarisé. Près de 1,2 million d’élèves et d’enseignants nécessitent un soutien urgent pour retrouver un environnement scolaire sécurisé et viable. (Source : Country Brief: Haiti’s Education Crisis)

Dans ce contexte, rompre un protocole conçu pour renforcer le corps enseignant apparaît comme une décision risquée, voire contre-productive.

Deux années de gouvernance marquées par l’échec

L’annulation du protocole s’inscrit dans un bilan déjà préoccupant du ministre Antoine Augustin. Depuis deux ans, sa gestion a été marquée par des fermetures massives d’écoles, l’incapacité à sécuriser l’accès à l’éducation et l’absence de plan structuré pour les enseignants et élèves affectés. Plus de 1 600 écoles ont été fermées à cause de la violence armée, affectant plus de 243 000 élèves et 7 500 enseignants, sans mesures concrètes de rescolarisation ou de soutien. (Source : Geneva Global Hub for Education in Emergencies – EiE Hub)

Parallèlement, les arriérés de salaires persistent, les grèves se multiplient et la régularisation des enseignants reste une promesse non tenue. Selon les syndicats, l’environnement de travail demeure instable, et la gouvernance actuelle du ministre Antoine Augustin n’a pas favorisé le dialogue social ni la valorisation des enseignants.

Rompre ou consolider ?

Pour les acteurs éducatifs et les syndicats comme l’ANNIH, l’UNNOH, l’UNNOEH, l’éducation demeure un levier stratégique pour stabiliser Haïti et construire une société plus juste. Cela passe par le recrutement massif d’enseignants qualifiés, la planification rigoureuse des ressources humaines, la valorisation de la formation pédagogique et le maintien des compétences dans le pays.

Rompre le protocole ENS–MENFP, alors que les besoins sont plus pressants que jamais, envoie un signal inquiétant. Plutôt que d’affaiblir le dispositif, la priorité devrait être de consolider les mécanismes existants, afin de garantir que l’école publique puisse remplir sa mission dans un pays où le système éducatif est déjà en grande difficulté.

Face à cette décision, une question centrale se pose : peut-on se permettre d’affaiblir l’un des rares outils conçus pour assurer la relève des enseignants et renforcer la qualité de l’enseignement public sans compromettre davantage l’avenir éducatif du pays ?

Marie Décius
Marie Décius
Marie Décius est journaliste indépendante basée à Port‑au‑Prince. Elle couvre principalement l’éducation, les droits sociaux et les enjeux politiques en Haïti, avec un regard engagé et proche du terrain.

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