Des forces politiques et sociales contestent la version officielle du pouvoir
À quelques jours de la 51e Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CARICOM à Sainte-Lucie, plusieurs organisations politiques et sociales haïtiennes montent au créneau contre le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Dans un communiqué publié le 4 juillet 2026, elles dénoncent ce qu’elles qualifient de présentation trompeuse du processus de consultation autour du décret électoral du 2 juin 2026 et rejettent toute participation aux discussions évoquées par les autorités.
Une mise au point cinglante
Les signataires affirment avoir appris avec « étonnement » le contenu d’un communiqué gouvernemental selon lequel le Gouvernement, le Conseil Électoral Provisoire (CEP) et des représentants de partis politiques auraient tenu plusieurs séances de travail consacrées à l’examen approfondi du décret électoral du 2 juin 2026.
Or, selon ces organisations, cette affirmation ne correspond pas à la réalité. Dans leur déclaration, elles soutiennent n’avoir jamais été invitées à participer à une quelconque consultation ni à soumettre des observations sur le texte électoral. Elles estiment ainsi que les déclarations officielles donnent une image déformée du processus et risquent d’induire en erreur tant l’opinion publique nationale que les partenaires internationaux.
« Les organisations signataires tiennent à rétablir la vérité », écrivent-elles, en rejetant « catégoriquement » les affirmations gouvernementales.
Un dialogue jugé excluant
Au cœur de la controverse se trouve la question de l’inclusivité du processus électoral. Les signataires reconnaissent que des rencontres ont eu lieu entre le CEP, le gouvernement et certaines formations politiques. Toutefois, ils soutiennent que ces échanges se seraient déroulés avec un groupe restreint de moins d’une dizaine d’organisations réputées proches du pouvoir.
Pour cette coalition, ces réunions ne peuvent être présentées comme une consultation nationale représentative. Elles dénoncent un dialogue limité à un cercle politique favorable au gouvernement au détriment des nombreuses autres forces politiques et sociales du pays.
Les auteurs du communiqué affirment notamment que cette coalition proche du pouvoir ne représente pas les « plus de deux cents partis politiques et organisations sociales » qui continuent, selon eux, d’exprimer des inquiétudes quant à l’organisation du scrutin.
Des critiques sur la crédibilité du processus électoral
Au-delà de la question des consultations, les signataires remettent ouvertement en cause la crédibilité du processus en cours. Ils dénoncent ce qu’ils considèrent comme un manque de garanties de transparence et une absence d’ouverture envers les différents acteurs de la vie politique nationale.
Dans un ton particulièrement critique, ils accusent le gouvernement de renforcer les déséquilibres déjà présents dans le processus électoral. Selon eux, la composition et le fonctionnement actuels du pouvoir alimentent les doutes sur la capacité du pays à organiser des élections crédibles et consensuelles.
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par une profonde crise sécuritaire, économique et humanitaire. Les signataires rappellent que la population haïtienne demeure confrontée aux violences des groupes armés, à la détérioration de la situation économique et à l’aggravation des difficultés sociales.
Un signal politique à la veille du sommet de la CARICOM
La publication de cette déclaration n’est pas anodine. Elle survient à la veille de la réunion des chefs d’État et de gouvernement de la CARICOM, organisée du 5 au 8 juillet 2026 à Sainte-Lucie. En contestant publiquement la version du gouvernement, les organisations signataires semblent vouloir attirer l’attention de la communauté régionale et internationale sur les réserves qu’elles nourrissent à l’égard du processus électoral haïtien.
Cette démarche traduit également la persistance des divisions politiques autour de la transition en cours et de la préparation des prochaines échéances électorales.
Une opposition plurielle
Le communiqué est cosigné par plusieurs personnalités et organisations politiques, parmi lesquelles Claude Joseph (EDE), Jean Michel Lapin (Nouvelle Orientation), André Michel (SDP), Edouard Wadner (RDNP), Walson Sanon (ANFÒS AYITI), Gina Placide (Debout Patriotes) ou encore Patrick Sully W. Joseph (COPPOS-Haïti et Alliés).
Une nouvelle polémique autour de la transition
Cette sortie publique met une nouvelle fois en lumière les tensions qui entourent l’organisation des futures élections en Haïti. Alors que les autorités affirment poursuivre les préparatifs institutionnels nécessaires au retour à l’ordre démocratique, une partie importante de la classe politique continue de dénoncer un processus qu’elle juge insuffisamment inclusif.
À mesure que se rapprochent les échéances électorales annoncées, la question de la représentativité des consultations, de la transparence des décisions et de la confiance des acteurs politiques apparaît plus que jamais comme un enjeu central pour la crédibilité de la transition haïtienne.
Source : Communiqué des forces politiques et sociales signataires, Port-au-Prince, 4 juillet 2026.

