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Quatorze mois sans salaire : quand le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé malatraite les travailleurs du CNE

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Devant les grilles de la Primature, à Carrefour Musseau, les visages étaient fermés ce lundi 25 mai 2026. Pas de pneus enflammés, pas de jets de pierres, pas de violences. Seulement des employés épuisés, rassemblés sous les banderoles du Syndicat des employés du Centre National des Équipements (SECNE), venus réclamer ce qu’un État est censé garantir à tout travailleur : leur salaire.

Certains disent attendre depuis quatorze mois. Quatorze mois sans rémunération, dans un pays plongé dans l’effondrement économique, alors que le coût de la vie explose, que l’insécurité détruit les activités économiques et que des milliers de familles survivent déjà dans une précarité extrême.

Derrière cette mobilisation pacifique se dessine une réalité plus brutale : celle d’un pouvoir qui multiplie les discours sur la gouvernance et la transition, mais qui laisse des employés publics sombrer dans l’abandon administratif et social.

Des travailleurs oubliés par l’État

Les protestataires dénoncent d’abord des arriérés de salaire massifs. Selon les responsables syndicaux, plusieurs employés du CNE n’ont reçu aucune rémunération depuis plus d’une année.

Le plus troublant dans cette affaire est que les fonds destinés à régulariser certains paiements auraient déjà été envisagés sous l’administration de l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Alfred Fils Métellus. Pourtant, malgré les promesses et les annonces administratives, rien n’aurait été débloqué.

Le silence du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé alimente aujourd’hui la colère des employés. Car derrière les chiffres se trouvent des vies suspendues : des parents incapables de payer un loyer, des travailleurs endettés, des familles plongées dans l’incertitude pendant que l’administration continue de fonctionner comme si cette situation était normale.

Dissoudre une institution… puis abandonner ses employés

La crise trouve son origine dans la dissolution du Centre National des Équipements en septembre 2024, après une décision prise en Conseil des ministres.

Officiellement, les équipements du CNE furent transférés aux Forces Armées d’Haïti, tandis qu’une partie du personnel devait être réaffectée au ministère des Travaux publics et au ministère de la Défense.

Mais sur le terrain, les employés dénoncent une transition chaotique et opaque.

Beaucoup affirment avoir été laissés sans statut clair, sans nomination officielle et, surtout, sans revenu stable.

Les manifestants réclament notamment l’application du décret signé le 20 mai 2025, qui devait permettre l’officialisation de plusieurs travailleurs. Là encore, aucune avancée concrète n’aurait été enregistrée.

Cette paralysie administrative donne l’impression d’un État capable de dissoudre rapidement une institution, mais incapable d’assumer les conséquences humaines de ses propres décisions.

Des équipements à l’abandon dans un pays en ruine

Les critiques du SECNE ne s’arrêtent pas aux salaires. Les employés dénoncent également la gestion des équipements autrefois administrés par le CNE. Selon eux, une partie importante du matériel resterait inutilisée alors que plusieurs communes du pays font face à des besoins urgents en matière d’assainissement, de voirie et d’infrastructures.

Cette dénonciation renvoie à une contradiction profonde du pouvoir actuel : alors que les autorités multiplient les discours sur la sécurité et la reconstruction de l’État, des équipements publics destinés à intervenir dans les régions seraient aujourd’hui immobilisés ou sous-utilisés.

Pour les manifestants, cette situation symbolise une gestion improvisée et politique des ressources publiques.

Une gouvernance de communication face à la détresse sociale

Depuis son arrivée à la Primature, Alix Didier Fils-Aimé tente de projeter l’image d’un gouvernement de transition soucieux de stabilité et d’organisation institutionnelle.

Mais l’affaire du CNE révèle une autre réalité : celle d’un exécutif accusé de négliger les travailleurs de l’État eux-mêmes.

Car comment parler de redressement national lorsque des employés publics restent plus d’un an sans salaire ? Comment invoquer la réforme administrative lorsque des centaines de travailleurs vivent dans une précarité extrême à cause de décisions prises par le gouvernement ?

Les employés du CNE ne demandent ni privilèges ni faveurs politiques. Ils réclament simplement le paiement de leur travail, la régularisation de leur statut et une réponse officielle des autorités.

Pour l’instant, ils n’ont obtenu qu’un silence. Et ce silence commence à ressembler, pour beaucoup, à une forme assumée de maltraitance institutionnelle envers des travailleurs devenus invisibles aux yeux du pouvoir.

Marie Décius
Marie Décius
Marie Décius est journaliste indépendante basée à Port‑au‑Prince. Elle couvre principalement l’éducation, les droits sociaux et les enjeux politiques en Haïti, avec un regard engagé et proche du terrain.

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