La maire sortante Angie Bell le vendredi 21 novembre 2025, lors d’une remise d’un soutien financier de l’ambassade de Taïwan, dans le cadre d’un projet social et environnemental axé sur l’assainissement urbain et l’autonomisation économique des femmes issues des quartiers vulnérables.
La nomination d’une nouvelle commission municipale au Cap-Haïtien, avec Michel Saint Croix comme maire principal, accompagné de Vreus Micardo et Edeline Jean comme membres de l’équipe municipale, continue de susciter de vives réactions au sein de la classe politique haïtienne. Nommée officiellement ce vendredi 15 mai 2026, cette nouvelle administration fait déjà l’objet de critiques. Ce matin, l’avocat et homme politique André Michel a à son tour critiqué publiquement cette décision.
Dans un message publié ce samedi 16 mai sur son compte Twitter, André Michel affirme clairement son opposition à la révocation d’Angie Bell et critique plus largement la manière dont le pouvoir central gère les collectivités territoriales en Haïti.
« Le problème du Cap-Haïtien est un problème de l’État central »
Dans son tweet, André Michel développe une thèse centrale : les difficultés du Cap-Haïtien ne relèveraient pas principalement de la mairie, mais de l’incapacité de l’État central à investir durablement dans les villes de province.
Il écrit :
« Le problème du Cap-Haïtien est un problème de l’État central, ce n’est pas un problème de mairie. La ville du Cap-Haïtien a besoin de grands investissements. »
Cette déclaration intervient dans un contexte où plusieurs villes haïtiennes font face : à la dégradation des infrastructures ; à l’absence de services publics efficaces ; aux problèmes de drainage et d’assainissement ; à l’insécurité ; et à l’effondrement des capacités administratives locales.
À travers cette prise de position, André Michel remet en question une pratique récurrente des gouvernements haïtiens : changer les responsables municipaux sans engager de véritables politiques publiques nationales pour les collectivités territoriales.
Une critique de la révocation d’Angie Bell
L’avocat critique également le remplacement d’Angie Bell par Michel Saint-Croix. Il affirme :
« Ils ont révoqué une jeune femme, et je pense qu’elle voulait servir sa communauté locale dans un moment difficile. »
Même s’il précise ne connaître personnellement ni Angie Bell ni Michel Saint-Croix, André Michel considère que le débat dépasse les individus. Selon lui :
« aucun maire ne peut agir seul dans la situation du Cap-Haïtien, parce que c’est le gouvernement central qui peut apporter des résultats pour le Cap. »
Cette déclaration rejoint les critiques formulées depuis plusieurs années sur la faiblesse structurelle de la décentralisation en Haïti.
Pour lui, les problèmes de ces communes ne peuvent être résolus uniquement par les administrations municipales.
« Ce sont des problèmes relevant de l’État central », insiste-t-il.
Cette lecture remet en cause le fonctionnement très centralisé de l’État haïtien, où les collectivités locales disposent souvent de faibles moyens financiers et administratifs.
Une critique implicite du gouvernement Fils-Aimé
Même s’il ne formule pas directement une attaque frontale contre le Premier ministre, le tweet d’André Michel constitue une critique politique implicite du gouvernement de transition.
En affirmant que les maires ne peuvent rien changer sans action structurelle de l’État, il suggère que les révocations et nominations décidées par le pouvoir central relèvent davantage de la gestion politique que d’une véritable stratégie de développement territorial.
La décision de remplacer Angie Bell apparaît ainsi, dans son analyse, comme une réponse administrative à une crise qui nécessiterait au contraire : des investissements publics massifs ; une politique de décentralisation réelle ; et une intervention structurelle de l’État dans les villes de province.
« La fracture nationale haïtienne »
André Michel conclut son intervention par une formule plus globale :
« Nous devons nous attaquer aux problèmes de la fracture nationale haïtienne. Voilà le grand débat ! »
Cette expression renvoie à une critique ancienne de l’organisation économique et politique du pays : concentration des ressources à Port-au-Prince ; abandon des villes de province ; faiblesse des infrastructures publiques ; et incapacité chronique de l’État à planifier le territoire national.
Dans un contexte de crise multidimensionnelle, cette polémique autour de la mairie du Cap-Haïtien dépasse donc largement une simple nomination municipale. Elle relance le débat sur la faillite de l’État central, les limites de la gouvernance territoriale et l’absence de vision nationale pour les collectivités locales haïtiennes.
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.