PORT-AU-PRINCE, 21 mai 2026 — Trois mois après la signature du Pacte national censé encadrer la transition politique, les critiques contre le gouvernement de Didier Fils-Aimé se multiplient. Dans une publication diffusée sur le réseau X, ce jeudi 21 mai, l’avocat et acteur politique André Michel accuse frontalement le Premier ministre d’avoir volontairement « piégé » le processus électoral.

Une transition accusée de tourner à vide
Selon André Michel, aucune avancée concrète n’a été réalisée depuis la signature du Pacte national concernant les réformes constitutionnelles pourtant présentées comme un pilier de la transition.
« Trois mois après, nous comprenons enfin la manœuvre », écrit-il, dénonçant une transition qu’il estime paralysée par le flou institutionnel.
L’opposant affirme qu’aucune structure officielle n’a été désignée pour piloter les réformes annoncées. Aucun calendrier précis n’aurait non plus été communiqué, ni aucune autorité clairement chargée de conduire ce chantier constitutionnel.
Pour André Michel, cette situation ne relève pas d’un simple retard administratif mais d’une stratégie politique assumée visant à ralentir le processus électoral.
« Ajouter de la confusion à la confusion »
L’avocat accuse également le chef du gouvernement d’avoir utilisé la question des réformes constitutionnelles comme un instrument de blocage politique.
« Ajouter de la confusion à la confusion », affirme-t-il, estimant que la multiplication des processus et l’absence de lisibilité institutionnelle contribuent à rendre la transition de plus en plus incompréhensible pour la population.
Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante, la crise institutionnelle et l’effondrement de plusieurs services publics, ces accusations alimentent davantage les inquiétudes autour de la capacité des autorités à organiser des élections crédibles.
Des élections de 2026 désormais remises en question
Le point le plus sensible des accusations concerne directement la tenue des prochaines élections.
Selon André Michel, le pouvoir en place chercherait à retarder progressivement le processus jusqu’à rendre impossible l’organisation du scrutin annoncé pour 2026.
« Le Premier ministre ne fera pas les élections en 2026 », affirme-t-il dans une déclaration particulièrement directe.
En qualifiant la stratégie gouvernementale de « piège », l’opposant suggère que le processus électoral serait volontairement enlisé à travers des mécanismes politiques complexes et inachevés.
Un message adressé à la communauté internationale
Au-delà du débat politique interne, les déclarations d’André Michel visent également les partenaires internationaux impliqués dans le suivi de la transition haïtienne.
L’ancien sénateur appelle implicitement la communauté internationale à ne pas se laisser convaincre par les apparences institutionnelles du processus actuel. Cette interpellation intervient alors que plusieurs partenaires étrangers continuent d’afficher leur soutien officiel aux autorités de transition.
Une radicalisation du climat politique
Le ton utilisé dans la conclusion du message illustre également la montée des tensions politiques autour de la transition.
« Pa gen dyalòg ak gang kriminèl » (« Il n’y a pas de dialogue avec des gangs criminels »), écrit André Michel, dans une formule qui traduit le niveau élevé de défiance entre plusieurs secteurs politiques et le pouvoir en place.
Une transition de plus en plus contestée
À ce stade, aucune réaction officielle n’a encore été publiée par le gouvernement de Didier Fils-Aimé à la suite des accusations formulées par André Michel.
Mais cette nouvelle sortie publique intervient dans un contexte déjà marqué par : la détérioration de la situation sécuritaire ; les critiques autour du fonctionnement de la transition ; les interrogations sur le calendrier électoral ; et les tensions croissantes entre acteurs politiques.
Derrière ces accusations, une question continue désormais de dominer le débat national : la transition haïtienne est-elle encore capable de conduire le pays vers des élections crédibles, ou assiste-t-on à un enlisement politique devenu structurel ?

