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Liberté de la presse en Haïti : le CPJ presse le gouvernement d’abroger un décret controversé

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Photo d’une marche silencieuse organisée le mercredi 28 mars 2018 à Port-au-Prince, suite à la disparition du photo-journaliste Vladjimir Legagneur.

PORT-AU-PRINCE — Une nouvelle pression internationale s’exerce sur le gouvernement haïtien. Dans une lettre adressée le 2 mars 2026 au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le Comité pour la protection des journalistes appelle à l’abrogation immédiate du décret sur la liberté d’expression et la diffamation adopté à la fin de l’année 2025.

L’organisation internationale de défense de la liberté de la presse estime que ce texte juridique constitue une menace directe pour le travail des journalistes en Haïti et pour le débat démocratique, déjà fragilisé par la crise politique et sécuritaire que traverse le pays.

Un décret jugé dangereux pour le journalisme

Dans sa correspondance adressée au chef du gouvernement, José Zamora, directeur régional du CPJ pour les Amériques, fait part de l’inquiétude de l’organisation face à l’évolution récente du cadre juridique encadrant la liberté d’expression.

Selon le CPJ, le décret promulgué le 18 décembre 2025 par le Conseil présidentiel de transition élargit la dimension pénale de la diffamation, une évolution qui pourrait avoir un effet dissuasif sur le travail d’enquête des médias. Ecrit José Zamora dans cette lettre adressée au Premier ministre :

« Ce décret élargit la portée pénale de la diffamation, rendant ainsi plus risqué pour les journalistes de couvrir la corruption publique ».

Pour l’organisation basée à New York, le problème ne se limite pas au contenu du texte. Le processus ayant conduit à son adoption est également pointé du doigt. Le CPJ estime que ce décret a été publié sans véritable consultation publique, à un moment où les institutions de transition se trouvaient déjà fragilisées.

Un climat déjà hostile aux médias

Le CPJ rappelle que le contexte dans lequel ce décret intervient est particulièrement préoccupant pour la profession. Les journalistes haïtiens exercent leur métier dans un environnement marqué par la violence, l’insécurité et l’impunité.

L’organisation affirme que les données recueillies ces dernières années placent Haïti parmi les pays les plus dangereux pour les professionnels de l’information. Souligne le CPJ dans sa lettre :

« Haïti est aujourd’hui considéré comme l’un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes, et l’impunité reste quasi totale pour ceux qui les attaquent ou les assassinent »

Dans ce contexte déjà fragile, l’organisation estime que toute législation susceptible de criminaliser davantage l’expression journalistique risque d’aggraver la situation.

Une pression politique sur le gouvernement

Le CPJ appelle directement le Premier ministre à utiliser son autorité pour mettre fin à ce texte controversé. Selon l’organisation, son abrogation pourrait contribuer à rétablir un minimum de confiance entre les institutions publiques et la population.

La lettre souligne que la suppression de ce décret constituerait un signal fort à l’approche des élections prévues cette année, dans un pays où la question de la transparence et de la responsabilité des dirigeants reste centrale.

Une série de décrets contestés

Cette interpellation internationale s’inscrit dans un débat plus large autour de plusieurs textes adoptés ces derniers mois par les autorités de transition.

Des organisations de la société civile haïtienne ont également critiqué un autre décret portant sur l’organisation de la Haute Cour de justice. Selon ces groupes, ce dispositif rendrait particulièrement difficile la mise en cause judiciaire de hauts responsables de l’État, alimentant ainsi les accusations de protection institutionnelle de la corruption.

Pour ces organisations, la multiplication de ces textes controversés traduit une tendance inquiétante : celle d’un pouvoir exécutif qui, sous couvert de réformes institutionnelles, restreint progressivement les mécanismes de contrôle démocratique.

Un test pour la transition politique

L’appel du CPJ place désormais le gouvernement face à un choix politique clair : maintenir un décret largement contesté ou revenir sur un texte perçu comme une menace pour la liberté de la presse.

Dans un pays où les institutions sont fragiles et où la confiance du public envers les autorités est déjà profondément érodée, la gestion de ce dossier pourrait devenir un nouveau test pour la crédibilité du pouvoir en place.

Pour les organisations de défense de la presse, l’enjeu dépasse largement la question juridique : il s’agit de savoir si les journalistes haïtiens pourront continuer à enquêter et à demander des comptes aux autorités sans risquer poursuites pénales ou intimidations judiciaires.

Sherley Francois
Sherley Francois
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.

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