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Les « mensonges » du ministre Valéry Fils-Aimé à la 4e conférence internationale sur la décennie d’action pour l’eau

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Pendant que des millions d’Haïtiens peinent chaque jour à trouver de l’eau potable, que les quartiers populaires survivent entre citernes privées, pompes défectueuses et rivières contaminées, le ministre de l’Environnement, Valéry Fils-Aimé, a choisi la tribune feutrée d’une conférence internationale au Tadjikistan pour dresser un portrait presque idyllique de la gouvernance de l’eau en Haïti.

Le 26 mai 2026, à l’occasion de la 4e Conférence internationale de haut niveau sur la Décennie de l’eau à Douchanbé, le ministre a multiplié les déclarations sur les prétendues “initiatives” engagées par l’État haïtien : Plan Hydraulique National et de l’Assainissement (PHAN), gestion intégrée des ressources en eau, résilience climatique, participation communautaire, renforcement institutionnel. Une avalanche de concepts technocratiques qui contraste brutalement avec la réalité quotidienne vécue par la population.

Un discours très ambitieux, mais déconnecté du terrain

Devant les délégations internationales, le ministre a affirmé que :

« Dans le cadre de la Décennie d’action 2018–2028, Haïti a engagé des réformes structurantes pour renforcer la gouvernance de l’eau et la résilience climatique », a déclaré Valéry Fils-Aimé.

Il a également mis en avant plusieurs chantiers institutionnels :

« Nous travaillons à la mise en place du Plan Hydraulique National et de l’Assainissement (PHAN), ainsi qu’au développement d’un système intégré de gestion des ressources en eau », a-t-il ajouté.

Enfin, il a insisté sur une vision de long terme :

« L’intégration des enjeux hydriques dans les politiques nationales d’adaptation climatique constitue une priorité stratégique pour Haïti », a-t-il souligné.

Sur le papier, le discours est structuré, technique, presque rassurant. Dans les faits, il ne repose sur aucun bilan public vérifiable, ni sur des résultats tangibles observés dans le pays.

Un pays où l’eau potable reste un luxe

Selon plusieurs rapports des Nations unies et d’organisations humanitaires, l’accès à l’eau potable reste extrêmement limité en Haïti. Dans de nombreuses zones urbaines et rurales, les populations dépendent encore de sources non traitées, de camions-citernes privés ou de réseaux informels coûteux.

Dans les quartiers populaires de Port-au-Prince, l’eau est devenue un bien marchand. Les familles doivent acheter chaque jour de quoi survivre, parfois à des prix disproportionnés par rapport à leurs revenus.

Les infrastructures hydrauliques sont largement dégradées, et les systèmes d’assainissement insuffisants ou inexistants dans plusieurs régions. Les épisodes de maladies hydriques restent fréquents, notamment dans les zones les plus vulnérables.

Dans ce contexte, les déclarations du ministre sur des “progrès réalisés” interrogent directement leur crédibilité.

“Des progrès réalisés” : une affirmation sans preuve visible

Dans son intervention, le ministre a également soutenu que :

« Haïti a enregistré des progrès notables entre 2005 et 2015 dans le renforcement du cadre institutionnel et le développement des infrastructures hydrauliques », a affirmé Valéry Fils-Aimé.

Mais sur le terrain, ces “progrès” restent difficiles à identifier. Aucun rapport d’évaluation indépendant n’est mis en avant par les autorités pour documenter ces avancées. Aucun bilan détaillé des infrastructures opérationnelles n’est publié de manière transparente.

Le contraste entre le discours officiel et la réalité vécue par la population nourrit une impression persistante : celle d’une politique environnementale surtout construite pour les conférences internationales.

Une crise structurelle ignorée dans les discours officiels

La crise de l’eau en Haïti est pourtant documentée depuis des années. Elle est aggravée par l’insuffisance des investissements publics, la fragilité des infrastructures, la croissance urbaine désorganisée et les crises sécuritaires qui limitent l’accès aux services de base dans plusieurs zones.

Dans de nombreux quartiers, l’eau n’est pas seulement rare : elle est instable, coûteuse et parfois dangereuse pour la santé.

Pendant ce temps, les annonces gouvernementales continuent de s’accumuler, sans transformation visible du quotidien.

La politique du discours face à la réalité du terrain

Le ministre a enfin insisté sur la dimension communautaire des politiques hydriques :

« Nous encourageons la participation des femmes, des jeunes et des collectivités territoriales dans la gestion durable des ressources en eau », a déclaré Valéry Fils-Aimé.

Mais dans les faits, les collectivités locales manquent de moyens, les structures techniques sont fragilisées, et les politiques publiques peinent à atteindre les territoires les plus vulnérables.

Cette distance entre le discours et la réalité alimente une critique récurrente : celle d’un gouvernement qui communique davantage qu’il n’agit.

Une population toujours en attente

Au final, le contraste reste brutal. À Douchanbé, Haïti apparaît comme un pays en transition, engagé dans des réformes ambitieuses et des plans structurants.

En Haïti, la population continue pourtant de vivre une crise de l’eau profonde, quotidienne et durable. Entre les déclarations officielles et la réalité du terrain, l’écart ne cesse de se creuser — et c’est précisément cet écart qui nourrit aujourd’hui la défiance.

Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin est un journaliste engagé et rigoureux, spécialisé dans le traitement de l’actualité nationale et des enjeux sociaux. Passionné par l’information, il s’attache à produire des analyses claires, accessibles et pertinentes pour éclairer le public.

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