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Les décisions “folles” de Didier Fils-Aimé : le remplacement de la DG du Ministère à la Condition féminine par un homme provoque une colère féministe

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La décision du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé de révoquer Sandy François de la direction générale du Ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes (MCFDF) continue de provoquer une vague d’indignation dans les milieux féministes et les organisations de défense des droits humains.

Dans un communiqué particulièrement virulent publié le 11 mai 2026, plus de cinquante organisations féministes, personnalités publiques, anciennes ministres et structures de défense des droits des femmes dénoncent une décision qu’elles considèrent comme une nouvelle démonstration de l’exclusion politique systématique des femmes au sein de l’État haïtien.

Le texte condamne directement :

« la décision du Premier ministre […] de révoquer Madame Sandy François, une cadre de carrière comptant plus de trente ans d’expérience au sein même du ministère. »

Une révocation perçue comme un acte politique contre les femmes

Pour les signataires, cette décision dépasse largement une simple nomination administrative.

Le communiqué affirme :

« retirer à une femme le leadership de la seule institution spécifiquement chargée de défendre et de promouvoir les droits des femmes et des filles haïtiennes au sein de l’État démontre que l’exclusion des femmes de la gouvernance nationale ne relève pas du hasard, mais d’un choix politique délibéré. »

L’accusation est lourde : le gouvernement ne serait pas seulement indifférent aux questions d’égalité de genre, il participerait activement à la marginalisation politique des femmes.

Les organisations rappellent également que le nombre de femmes occupant des postes de direction générale tomberait désormais à seulement trois sur dix-huit ministères, très loin du quota constitutionnel de 30 % prévu dans les fonctions publiques.

Une transition qui marginalise davantage les femmes

Cette affaire intervient dans un contexte déjà marqué par de nombreuses critiques visant le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le gouvernement de transition dirigé par Alix Didier Fils-Aimé. Depuis plusieurs mois, les organisations féministes dénoncent : l’absence de politiques sociales ambitieuses ; la marginalisation des femmes dans les espaces décisionnels ; le faible niveau de représentation féminine dans l’appareil d’État ; et l’absence de mesures concrètes face aux violences faites aux femmes dans un contexte d’insécurité généralisée. Le communiqué affirme d’ailleurs que :

« cette démarche du Premier ministre s’inscrit dans le cadre d’une longue série de pratiques qui marginalisent les droits des femmes et des filles. »

Et poursuit :

« affaiblir davantage la participation des femmes au sein du MCFDF, dans ce contexte de crise et de période électorale, constitue une atteinte particulièrement grave aux droits des femmes. »

Sandy François, symbole d’une technocratie féminine écartée ?

Les signataires mettent également en avant le parcours administratif de Sandy François, décrite comme une fonctionnaire de carrière ayant travaillé plus de trente ans au sein même du ministère.

Sa révocation apparaît donc, aux yeux des organisations féministes, comme le remplacement d’une cadre expérimentée par une logique de nomination politique.

Cette décision ravive un débat ancien en Haïti : celui de la fragilité des institutions publiques face aux changements de pouvoir et aux logiques de clientélisme politique.

Dans ce modèle, les compétences administratives semblent souvent secondaires face aux équilibres politiques et aux rapports de force internes au pouvoir.

Le MCFDF : une institution issue des luttes féministes

Le communiqué insiste également sur la portée symbolique du ministère à la Condition féminine lui-même.

Les organisations rappellent que cette institution est :

« le résultat de décennies de luttes et de mobilisations du mouvement féministe haïtien. »

Pour les signataires, affaiblir politiquement cette institution reviendrait à remettre en cause des décennies de combats pour l’intégration des droits des femmes dans les politiques publiques nationales.

Une crise plus large de la gouvernance

Au-delà du cas Sandy François, cette polémique met en lumière une critique plus générale de la gouvernance actuelle. Depuis son arrivée à la Primature, Alix Didier Fils-Aimé fait face à des accusations récurrentes d’improvisation politique, de décisions controversées et d’absence de vision sociale claire.

Pour plusieurs organisations de la société civile, les priorités du gouvernement semblent davantage guidées par des calculs politiques que par des politiques publiques cohérentes.

La révocation de Sandy François devient ainsi le symbole d’un pouvoir accusé : d’affaiblir les rares espaces institutionnels féminins ; de négliger les revendications sociales ; et de réduire progressivement la présence des femmes dans les structures de décision.

Une mobilisation féministe qui prend de l’ampleur

La force du communiqué réside aussi dans l’ampleur de ses soutiens. Parmi les signataires figurent : des organisations féministes historiques ; plusieurs anciennes ministres à la Condition féminine ; des structures internationales de défense des droits humains ; ainsi que d’anciennes employées du MCFDF. Cette coalition inhabituelle traduit une inquiétude profonde au sein du mouvement féministe haïtien. La conclusion du texte prend d’ailleurs la forme d’un appel politique :

« Une telle décision doit nous pousser, collectivement, à une mobilisation immédiate, ferme et sans compromis. »

Dans un pays où les femmes restent largement sous-représentées dans les sphères du pouvoir, la polémique autour de Sandy François dépasse désormais le simple cadre administratif.

Elle devient un révélateur des tensions profondes entre les discours officiels sur l’inclusion et les pratiques réelles du pouvoir de transition.

Sherley Francois
Sherley Francois
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.

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