
Le MAST célèbre une « justice sociale » que les travailleurs ne verront jamais
Le ministre des Affaires Sociales et du Travail, Marc-Elie Nelson, a présenté, le mercredi 27 mai 2026, les nouveaux ajustements du salaire minimum dans le cadre d’une conférence de presse organisée au siège du MAST. Le gouvernement de Alix Didier Fils-Aimé tente de vendre cette mesure comme une avancée sociale majeure. Pourtant, derrière les grands discours sur « la justice sociale » et « l’amélioration des conditions de vie des travailleurs », la réalité est brutale : les nouveaux salaires minimums annoncés condamnent encore des centaines de milliers d’ouvriers et d’employés haïtiens à survivre dans la misère.
Dans son communiqué officiel, le ministère affirme que cet ajustement « s’inscrit dans la volonté du Gouvernement […] de renforcer la justice sociale, d’améliorer les conditions de vie des travailleurs et de préserver leur pouvoir d’achat ».
Une déclaration qui ressemble davantage à un exercice de communication politique qu’à une véritable politique sociale.
Des salaires de famine dans un pays où tout explose
Le nouveau barème fixe notamment : 1 000 gourdes pour plusieurs secteurs ; 900 gourdes pour d’autres catégories ; 500 gourdes seulement pour les employés de maison ; 1 300 gourdes pour les ouvriers des industries d’assemblage Mais que représentent réellement ces montants dans l’Haïti de 2026 ?
Avec l’effondrement de la gourde, l’inflation galopante, l’insécurité et la spéculation sur les produits de première nécessité, ces montants ne permettent même pas à un travailleur de couvrir ses besoins essentiels.
Aujourd’hui en Haïti : un plat chaud dans plusieurs quartiers populaires coûte entre 500 et 1 000 gourdes ; un gallon d’eau potable dépasse souvent 150 gourdes ; le transport quotidien peut absorber plusieurs centaines de gourdes ; le prix du riz, de l’huile, du gaz et des produits de base ne cesse d’augmenter ; les loyers dans les zones urbaines deviennent inaccessibles pour les salariés.
Comment un travailleur payé 1 000 gourdes par jour peut-il nourrir sa famille, payer son transport, se loger, se soigner et envoyer ses enfants à l’école ?
La réponse est simple : il ne le peut pas.
La fausse « protection du pouvoir d’achat »
Marc-Elie Nelson affirme vouloir « préserver le pouvoir d’achat » des travailleurs. Pourtant, il suffit de comparer les salaires annoncés avec le coût réel de la vie pour constater que ce prétendu ajustement ne rattrape même pas l’inflation. En réalité, le gouvernement de Fils-Aimé officialise la pauvreté salariale.
Les ouvriers du textile, qui recevront officiellement 1 300 gourdes par jour, continueront à produire pour des multinationales exportatrices tout en vivant dans des conditions extrêmement précaires. Depuis des années, les organisations syndicales dénoncent le fait que les salaires dans les usines d’assemblage sont largement insuffisants pour permettre une vie digne.
Mais au lieu d’écouter les revendications des ouvriers, le gouvernement préfère rassurer les patrons et les investisseurs étrangers.
« Préserver les emplois » : le gouvernement protège surtout les patrons
Dans son intervention, le ministre a insisté sur « l’importance de préserver les emplois, notamment les 25 000 emplois du secteur de l’assemblage ». Cette phrase résume parfaitement la logique du pouvoir : protéger les intérêts du secteur patronal sous prétexte de préserver l’emploi.
Car derrière ce discours se cache une réalité bien connue : les gouvernements haïtiens utilisent depuis des décennies la peur des fermetures d’usines pour maintenir les ouvriers dans des salaires extrêmement bas.
Les travailleurs sont ainsi condamnés à accepter des conditions indignes au nom de la « stabilité sociale ».
Mais de quelle stabilité parle-t-on quand des milliers de familles ne mangent pas à leur faim ?
Les travailleurs vivent la misère, les ministres vivent dans les privilèges
Le contraste entre les conditions de vie des travailleurs et celles des dirigeants est frappant. Marc-Elie Nelson peut-il lui-même vivre avec 1 000 gourdes par jour ? Peut-il payer son carburant, son alimentation, sa sécurité, ses déplacements et ses obligations sociales avec le salaire qu’il propose aux travailleurs ?
Évidemment non. Comme la majorité des hauts responsables de l’État, le ministre bénéficie de privilèges considérables : véhicules officiels ; chauffeurs ; frais de représentation ; sécurité ; accès à des avantages institutionnels ; indemnités diverses.
Pendant ce temps, les ouvriers doivent survivre dans un pays marqué par l’insécurité, l’explosion du coût de la vie et l’absence de services publics.
Le gouvernement de Fils-Aimé demande donc aux travailleurs de faire des sacrifices que ses propres dirigeants seraient incapables d’endurer pendant une seule semaine.
Une politique sociale au service des patrons
Le MAST affirme vouloir agir « au bénéfice de la paix sociale et du développement économique du pays ». Mais cette « paix sociale » ressemble surtout à une tentative de contenir la colère populaire face à l’aggravation des inégalités sociales.
Car il ne peut y avoir de véritable justice sociale lorsque : les ouvriers et tous ceux qui travaillent durement gagnent des salaires de survie ; les prix augmentent sans contrôle ; les profits des grandes entreprises sont protégés ; les dirigeants vivent loin des réalités populaires.
L’ajustement présenté par Marc-Elie Nelson n’est pas une réforme sociale. C’est une mesure minimale, insuffisante et profondément déconnectée des besoins réels des haïtiens qui se lèvent chaque jour pour travailler.
Sous les discours officiels et les slogans gouvernementaux du ministre Marc-Elie Nelson, une réalité demeure : en Haïti, les travailleurs continuent de payer le prix fort d’un système économique qui protège les puissants pendant que la majorité lutte simplement pour manger.

