
Des conférences pendant que le pays s’enfonce dans la crise
La Chaire électorale, dont le Conseil électoral provisoire (CEP) assure la coprésidence, a lancé, le jeudi 28 mai 2026, sa première conférence internationale autour du thème : « Réussir les élections de 2026 en Haïti : attentes et opportunités ».
Pendant trois (3) jours, des membres du CEP, des cadres de l’institution, des responsables de l’Université d’État d’Haïti (UEH), des partenaires nationaux et internationaux ainsi que des experts en matière électorale discutent des enjeux liés à la gouvernance démocratique et au renforcement du processus électoral. Les intentions affichées sont louables. Mais en Haïti, le temps des colloques et des déclarations de principe ne suffit plus. La population attend des décisions, des garanties et surtout des actions concrètes.
Une question fondamentale demeure : comment organiser des élections crédibles dans un pays dont une grande partie du territoire échappe encore au contrôle de l’État ?
Une capitale contrôlée par les gangs armés
La réalité est brutale. Aujourd’hui, selon plusieurs estimations internationales, plus de 80 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince est sous l’influence directe ou indirecte des gangs armés. Des quartiers entiers restent inaccessibles aux autorités. Des milliers de familles ont fui leurs maisons. Des routes nationales sont régulièrement bloquées. Dans plusieurs départements, l’État peine encore à rétablir une présence sécuritaire minimale.
Dans ces conditions, parler d’élections sans présenter un véritable plan national de sécurisation du scrutin relève davantage de la communication politique que d’une préparation sérieuse.
Les Haïtiens ne veulent pas uniquement entendre parler de « transparence » ou « d’inclusivité ». Ils veulent savoir comment ils pourront voter sans risquer leur vie.
La sécurité doit devenir la priorité absolue
Avant toute chose, l’État doit reprendre le contrôle du territoire. Cela implique des opérations de sécurité coordonnées, le renforcement réel de la Police nationale d’Haïti, une meilleure utilisation du soutien international et une stratégie claire pour permettre la libre circulation des citoyens, des candidats et du matériel électoral. Sans sécurité, aucune élection ne pourra être libre, crédible et nationale.
Le risque est grand de voir certaines zones totalement exclues du processus électoral, ce qui remettrait immédiatement en cause la légitimité des résultats.
Une méfiance persistante autour du processus électoral
Mais la sécurité ne suffira pas à elle seule à restaurer la confiance populaire. Il existe également une crise politique profonde autour du processus électoral lui-même. Beaucoup craignent déjà des tentatives d’influence sur la machine électorale. Dans ce contexte, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé doit éviter toute perception de contrôle politique du CEP ou de l’appareil électoral.
La crédibilité des élections dépendra directement de l’indépendance réelle des institutions chargées d’organiser le scrutin.
Toute tentative de manipulation, de favoritisme ou d’ingérence politique risquerait de provoquer une nouvelle crise postélectorale dont le pays ne se remettrait pas.
Les conditions indispensables pour des élections crédibles
Au-delà des conférences internationales, plusieurs conditions concrètes doivent désormais être réunies : un calendrier électoral réaliste et respecté ; des garanties de sécurité pour les électeurs ; la transparence totale dans la gestion du registre électoral et du financement ; une surveillance nationale et internationale crédible ; l’accès libre des médias et des observateurs ; et surtout une neutralité absolue de l’exécutif dans le processus.
Les universités et les centres de recherche peuvent contribuer au débat démocratique. Mais aucune chaire académique ne remplacera la volonté politique d’agir.
Le peuple haïtien n’attend plus des analyses théoriques sur la démocratie. Il attend des résultats. Il attend des élections. Il attend un État capable de protéger ses citoyens et de respecter leur vote. L’histoire retiendra moins les conférences organisées que les actes posés pour sortir Haïti de l’impasse.

