
Le 5 mai dernier, l’ancien ministre Tèt Kale Laurent Lamothe, régulièrement cité dans les controverses liées au scandale PetroCaribe, a publié sur le réseau X un message au ton nostalgique, affirmant qu’entre 2012 et 2014 « Haïti était un autre pays ».
Dans cette publication, l’ancien ministre « accusé de corruption » revendique le bilan du pouvoir en place à l’époque : lutte contre les gangs ; croissance économique de « +4 % » ; circulation « sans peur » ; ouverture du deuxième aéroport international du Cap-Haïtien ; modernisation des infrastructures aéroportuaires ; et hausse du tourisme.
« Les faits sont têtus », écrit-il, avant d’affirmer que « ce qui a suivi, c’est l’effondrement aujourd’hui ».
Une tentative de réhabilitation politique
Mais derrière ce message se dessine surtout une tentative de réhabilitation politique d’une période fortement contestée dans l’histoire récente du pays.
Car si certains projets d’infrastructures ont effectivement été réalisés sous le pouvoir de Michel Martelly, cette période reste aussi associée à l’explosion des accusations de corruption, de mauvaise gouvernance, de destruction des institutions, et de dilapidation des fonds publics.
Le scandale PetroCaribe demeure l’un des symboles majeurs de cette crise. Pendant des années, des milliards de gourdes issues du programme pétrolier vénézuélien ont été engagés dans des projets publics souvent dénoncés pour : l’opacité des contrats ; l’absence de contrôle ; les surfacturations ; et les soupçons massifs de détournements de fonds.
Plusieurs rapports de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif ont documenté des irrégularités administratives et financières concernant des contrats attribués sous les gouvernements liés au PHTK.
Le contraste entre les slogans et la réalité
Dans son tweet, l’ancien ministre affirme que « l’on circulait librement partout, sans peur ».
Une affirmation qui cherche à opposer le chaos sécuritaire actuel à la période Martelly-Lamothe. Pourtant, cette lecture est largement contestée par de nombreux observateurs qui rappellent que plusieurs dynamiques ayant contribué à l’effondrement actuel se sont justement consolidées durant le pouvoir PHTK.
Sous les gouvernements PHTK : les institutions de contrôle se sont progressivement affaiblies ; les accusations de corruption se sont multipliées ; la dépendance aux financements externes s’est accentuée ; et les inégalités sociales sont restées profondément structurelles.
Le slogan du « pays ouvert aux affaires » contrastait déjà avec la précarité persistante d’une grande partie de la population.
PetroCaribe : une mémoire toujours vive
Ce tweet intervient surtout dans un contexte où le scandale PetroCaribe continue de marquer profondément la mémoire politique haïtienne.
Le mouvement citoyen « Kot Kòb PetroCaribe a ? » avait mobilisé des milliers de jeunes à travers le pays pour réclamer des comptes sur l’utilisation des fonds publics.
Pour beaucoup d’Haïtiens, cette affaire symbolise l’impunité politique des hauts dirigeants du PHTK.
Ainsi, lorsque d’anciens responsables du PHTK tentent aujourd’hui de présenter cette période comme un âge d’or sécuritaire et économique, leurs déclarations se heurtent immédiatement aux accusations de corruption, de mauvaise gouvernance, qui continuent d’entourer leur gestion du pouvoir.
Une mémoire sélective de l’ancien ministre PHTK
Le message publié sur X repose sur une logique politique désormais classique : utiliser l’effondrement actuel du pays pour réhabiliter les gouvernements précédents.
Mais cette stratégie se heurte à une contradiction majeure. Car les mêmes dirigeants qui dénoncent aujourd’hui le chaos sécuritaire et institutionnel sont aussi ceux dont les adversaires accusent d’avoir contribué à fragiliser durablement l’État haïtien à travers : la corruption systémique ; l’absence de réformes structurelles ; l’affaiblissement institutionnel ; et la gestion opaque des ressources publiques.
En voulant réécrire le récit des années PHTK, Laurent Lamothe tente donc moins de défendre un bilan que de reconstruire son propre image politique dans un pays où la mémoire de PetroCaribe reste encore une plaie ouverte.

