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L’assassinat du professeur Bernard Brousseau : les démagogies du MENFP

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Port-au-Prince, mai 2026. Le professeur Bernard Brousseau est mort. Touché par balles lors d’affrontements armés dans la Plaine du Cul-de-Sac, il rejoint une liste désormais trop longue d’enseignants pris dans la spirale de violence qui traverse la région métropolitaine.

Comme à chaque drame, le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) publie un communiqué. Formule attendue, vocabulaire codifié, émotion institutionnelle.

« Le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle dit avoir appris avec la plus grande tristesse le décès du professeur Bernard Brousseau… éducateur émérite qui a été au service de l’école haïtienne durant près d’une quarantaine d’années. »

La mécanique est désormais connue : hommage, reconnaissance, tristesse. Puis silence.

La répétition comme politique publique

Ce qui frappe, dans cette séquence, ce n’est pas seulement le drame, c’est sa gestion administrative. Une gestion par communiqués. Une gestion par la formule.

Car derrière les mots du MENFP, aucune annonce. Aucun dispositif d’urgence. Aucun plan de sécurisation des écoles. Aucun calendrier de reconstruction des infrastructures scolaires dans les zones rouges.

Et surtout, aucune réponse structurelle à une question devenue centrale : comment enseigner dans un territoire fragmenté par les groupes armés ? Le communiqué poursuit, dans une neutralité presque clinique :

« Le professeur Bernard Brousseau a été touché par balles lors des récents affrontements entre gangs armés dans la Plaine du Cul-de-Sac. »

Le constat est posé. Mais il reste sans suite. Comme si dire suffisait à agir.

Le rituel des condoléances : une politique de l’après-coup

Dans les faits, le MENFP semble enfermé dans une temporalité unique : celle de l’après. Après le mort. Après le choc. Après l’indignation. Mais jamais dans celle de l’anticipation.

Ce fonctionnement produit une forme de ritualisation politique : chaque mort appelle le même texte, chaque texte efface l’absence d’action. Et dans cet espace, la parole institutionnelle devient une fin en soi.

Pendant ce temps, les enseignants continuent d’exercer dans des conditions précaires écoles sans protection, déplacements à risque, infrastructures dégradées, interruptions répétées des activités scolaires.

Le système éducatif tient moins par politique publique que par endurance individuelle.

Une école sans protection, une parole sans effets

Le cas Brousseau n’est pas présenté ici comme une exception, mais comme un symptôme. Celui d’un système où l’école devient un espace exposé, et où les enseignants deviennent des figures vulnérables dans un territoire instable.

Pourtant, aucune politique spécifique de protection du corps enseignant n’est annoncée. Aucun plan d’urgence éducatif structuré ne semble émerger. Ce vide nourrit une impression persistante : celle d’un État qui constate ce qu’il ne maîtrise plus.

Quand la communication remplace la stratégie

Ce qui se dessine ici n’est pas seulement une crise sécuritaire. C’est une crise de gouvernementalité.

La parole officielle du gouvernenement Fils-Aimé, devient un espace autonome, détaché de l’action. Elle produit de l’émotion sans produire de protection. Elle accompagne le drame sans l’empêcher.

Dans cette logique, les communiqués du MENFP apparaissent moins comme des réponses que comme des marqueurs de présence institutionnelle, une manière de dire : l’État a vu, l’État réagit. Mais ce que les enseignants, eux, vivent, c’est autre chose : l’absence de protection, la fragilité des écoles, et la répétition des morts.

Une question demeure

Dans un pays où enseigner peut coûter la vie, combien de communiqués faudra-t-il encore avant que la parole institutionnelle cesse d’être un substitut à la politique publique ?

Pour l’instant, le silence des mesures contraste violemment avec la régularité des hommages. Et dans cet écart, c’est tout un système éducatif qui continue de s’effondrer, sans que les mots ne suffisent à le retenir.

Sherley Francois
Sherley Francois
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.

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