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Haïti : l’échec du CPT, miroir de la CARICOM et de l’ingérence étrangère

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PORT-AU-PRINCE, Haïti — À quelques jours de la fin de son mandat, le Conseil provisoire de transition (CPT) se révèle un échec cuisant. Créé le 24 avril 2024 sous l’égide de la CARICOM, le CPT devait restaurer l’autorité de l’État haïtien et préparer des élections présidentielles et législatives. Deux ans plus tard, la transition est au point mort. La tentative de cinq membres du Conseil de révoquer le Premier ministre par intérim, Alix Didier Fils-Aimé, illustre non seulement la fracture interne du CPT, mais aussi les limites de la CARICOM et le poids de l’ingérence étrangère dans la politique haïtienne.

Le CPT : un projet sous tutelle

La CARICOM n’a pas seulement médié entre les factions politiques : son Groupe de personnalités éminentes (GPE) a supervisé le choix des membres, encadré la feuille de route et défini les priorités du Conseil. L’échec du CPT est donc indissociable de l’échec de la CARICOM à stabiliser Haïti.

Dès sa création, le CPT a été marqué par des accusations de corruption et des liens avec des gangs armés. Les pressions étrangères, notamment des États-Unis, ont orienté ses décisions : Washington a menacé toute tentative de révocation du Premier ministre par intérim, qualifiant une telle démarche de « déstabilisatrice » et contraire aux intérêts américains et régionaux. Le président par intérim Laurent Saint-Cyr s’est aligné sur cette position, rendant le CPT davantage un instrument de contrôle externe qu’un organe de transition souverain.

Une crise humanitaire ignorée

Pendant que les membres du CPT se disputent le pouvoir, la population haïtienne subit une catastrophe humanitaire : plus de 8 000 civils tués en 2025 ; 1,5 million de déplacés ; 2 millions de personnes souffrant de la faim ; trafic d’enfants, violences sexuelles et enlèvements à des niveaux record.

Les gangs contrôlent 80 % de Port-au-Prince, et la police peine à contenir l’insécurité. Le CPT, malgré sa médiation par la CARICOM, n’a pas restauré l’autorité de l’État ni protégé la population.

Des mesures pour se protéger plutôt que gouverner

Au lieu de répondre aux urgences, le CPT a voté en décembre 2025 l’immunité totale pour ses membres et un texte restreignant sévèrement la liberté de la presse, rappelant les pratiques répressives de la dictature des Duvalier. Ces choix montrent que le Conseil a privilégié la préservation de ses intérêts au détriment de ceux du pays.

Conclusion

Le CPT devait être le pilier de la transition haïtienne. Il apparaît aujourd’hui comme un échec multidimensionnel : un gouvernement transitoire impuissant ; une CARICOM incapable de tenir ses promesses ; et une influence étrangère qui décide en lieu et place des Haïtiens. Pendant ce temps, la population continue de subir la violence, la faim et l’insécurité. Si rien ne change, l’histoire retiendra que le CPT a révélé l’incapacité des organisations régionales et internationales à restaurer la souveraineté et la démocratie dans un pays soumis à des ingérences multiples.

Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin est un journaliste engagé et rigoureux, spécialisé dans le traitement de l’actualité nationale et des enjeux sociaux. Passionné par l’information, il s’attache à produire des analyses claires, accessibles et pertinentes pour éclairer le public.

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