
PÉTION-VILLE, 21 mai 2026 — Le Conseil électoral provisoire (CEP) et le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) ont tenu, mercredi, une séance de travail autour de l’utilisation des écoles publiques et lycées dans le cadre du processus électoral en cours.
La rencontre, organisée en présence du ministre Vijonet Demero, visait à définir les modalités de mobilisation des infrastructures scolaires pour les opérations d’inscription des électeurs et l’organisation des prochaines élections générales.
À l’issue des discussions, les deux institutions ont annoncé leur volonté de signer un protocole d’accord destiné à formaliser leur collaboration tout au long du processus électoral. Le CEP affirme vouloir garantir un scrutin « inclusif », « impartial » et organisé « en toute transparence ».
Des élections préparées dans un pays toujours sous contrôle des gangs
Mais derrière cette communication institutionnelle, une question centrale demeure sans réponse : comment organiser des élections dans un pays où l’État peine toujours à assurer la sécurité minimale de la population ?
Alors que le CEP planifie l’utilisation des écoles comme centres d’inscription et de vote, de nombreuses zones du pays restent marquées par la violence armée, les déplacements forcés et le contrôle territorial des gangs.
À Port-au-Prince et dans plusieurs communes de l’aire métropolitaine : des écoles ont fermé à cause des violences ; des quartiers entiers restent difficilement accessibles ; des milliers de familles ont été déplacées ; et plusieurs institutions publiques fonctionnent au ralenti.
Dans ce contexte, la question sécuritaire apparaît comme le principal angle mort du processus électoral.
Un processus électoral sans stratégie sécuritaire claire
Depuis plusieurs mois, le gouvernement dirigé par Didier Fils-Aimé affirme vouloir conduire le pays vers des élections. Pourtant, aucune stratégie sécuritaire détaillée et crédible n’a encore été présentée publiquement pour garantir : la circulation des électeurs ; la sécurité des centres de vote ; la protection du matériel électoral ; ou encore la participation des populations vivant dans les zones contrôlées par les groupes armés.
Cette absence de visibilité nourrit les inquiétudes autour de la faisabilité même du scrutin.
Le risque d’élections déconnectées de la réalité du pays
Le recours aux écoles publiques comme piliers logistiques du processus électoral rappelle les mécanismes utilisés lors des précédents scrutins. Mais la situation actuelle diffère profondément des contextes électoraux antérieurs.
Aujourd’hui, plusieurs régions vivent sous une pression sécuritaire permanente. Dans certains quartiers populaires, la priorité des habitants n’est plus l’inscription électorale, mais la survie quotidienne face aux affrontements armés, aux déplacements forcés et à l’effondrement des services publics.
Dans ces conditions, l’organisation d’élections sans rétablissement préalable d’un minimum de sécurité risque de renforcer le décalage entre les institutions et la réalité vécue par une grande partie de la population.
Une promesse démocratique confrontée à la crise de l’État
Le CEP affirme vouloir conduire un processus « indépendant » et « transparent ». Mais au-delà des intentions affichées, la crise actuelle pose une question plus fondamentale : un État incapable de sécuriser durablement son territoire peut-il réellement garantir un processus électoral libre et accessible ?
Alors que les violences continuent de s’étendre dans plusieurs zones du pays, la préparation technique des élections semble avancer plus vite que la reconstruction des conditions politiques et sécuritaires nécessaires à leur crédibilité.

