
Après des années d’abandon, d’insalubrité chronique et d’effondrement des infrastructures publiques à Cité Soleil, le ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC) tente aujourd’hui de se repositionner comme acteur de l’assainissement de la commune. Dans un communiqué publié le 26 mai 2026, le titulaire du ministère, Joseph Almathe Pierre Louis, annonce une future intervention conjointe avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pour le curage des canaux et l’enlèvement des déchets dans plusieurs quartiers de Cité Soleil.
Une annonce qui suscite déjà de nombreuses interrogations tant la situation de cette commune populaire résulte précisément de décennies d’inaction de l’État haïtien, notamment du MTPTC lui-même.
Un réveil politique tardif
Dans son communiqué, le ministère évoque une « volonté des autorités de renforcer les conditions de vie des populations les plus vulnérables ». Pourtant, à Cité Soleil, beaucoup peinent à croire à ce soudain réveil institutionnel.
Depuis des années, les habitants vivent dans des conditions sanitaires extrêmement précaires : canaux bouchés, accumulation massive de déchets, eaux stagnantes, absence d’entretien des infrastructures de drainage et prolifération des maladies liées à l’insalubrité.
À chaque saison pluvieuse, plusieurs quartiers se retrouvent inondés dans l’indifférence quasi totale des pouvoirs publics.
Pour de nombreux observateurs, le communiqué du MTPTC ressemble davantage à une opération de communication politique qu’à l’annonce d’une véritable politique publique structurée d’assainissement.
Car la question demeure entière : où était le ministère pendant toutes ces années de dégradation progressive de Cité Soleil ?
Un ministère historiquement absent sur l’assainissement
Le problème dépasse largement le seul cas de Cité Soleil. Depuis des décennies, Haïti ne dispose pratiquement d’aucune politique nationale cohérente et durable en matière d’assainissement urbain.
Dans les quartiers populaires de Port-au-Prince comme dans plusieurs villes de province, les systèmes de drainage sont défaillants, les canaux rarement entretenus et les déchets solides s’accumulent sans véritable plan de gestion.
Le MTPTC, pourtant chargé des infrastructures publiques, est régulièrement accusé d’intervenir uniquement dans l’urgence ou sous pression médiatique, sans jamais mettre en place une stratégie durable.
Le communiqué du ministère parle aujourd’hui « d’amélioration de l’hygiène environnementale », mais sur le terrain, les populations continuent de vivre au milieu des eaux usées, des détritus et des infrastructures abandonnées.
Des promesses qui peinent à être crédibles
L’annonce du ministre Joseph Almathe Pierre Louis intervient également dans un contexte politique sensible, alors que le gouvernement multiplie les discours sur le retour à la stabilité et la préparation des prochaines élections.
Le communiqué insiste d’ailleurs sur le fait que cette initiative s’inscrirait dans les efforts du gouvernement pour « rétablir la sécurité » et améliorer les conditions de vie des populations vulnérables.
Mais pour beaucoup, ces promesses apparaissent difficilement crédibles face au bilan du ministère.
Depuis son arrivée au MTPTC, Joseph Almathe Pierre Louis a lui-même été confronté à plusieurs mouvements de contestation, notamment au Cap-Haïtien, où des citoyens et des organisations locales avaient dénoncé l’inefficacité du ministère ainsi que l’absence d’une véritable politique d’infrastructures et d’assainissement.
Routes dégradées, absence de suivi des travaux publics, gestion critiquée des infrastructures : les reproches contre le MTPTC se sont multipliés ces derniers mois.
Cité Soleil, symbole de l’échec de l’État
Le cas de Cité Soleil illustre plus largement l’échec chronique des politiques publiques dans les quartiers populaires haïtiens.
Pendant des années, la commune a été abandonnée à la violence, à la misère et à l’effondrement des services publics essentiels. Les infrastructures sanitaires se sont progressivement dégradées sans que l’État ne mette en œuvre de réponse structurelle.
Aujourd’hui encore, l’intervention annoncée par le MTPTC repose largement sur le soutien logistique et opérationnel du Comité international de la Croix-Rouge.
Un détail révélateur des limites de l’État haïtien, souvent incapable de mener seul des opérations d’assainissement dans les zones les plus vulnérables du pays.
Au-delà des annonces et des communiqués, beaucoup attendent désormais des actes concrets. Car à Cité Soleil, les habitants ont déjà entendu beaucoup de promesses. Peu ont réellement changé leur quotidien.

