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Aide internationale : la stratégie de la ministre Sandra Paulémon qui enferme Haïti dans la dépendance

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Port-au-Prince : « Cette rencontre témoigne de la volonté du Gouvernement de consolider un partenariat stratégique fondé sur la confiance, la concertation et l’efficacité des actions de développement. » La formule est soignée, presque rituelle. Elle clôt la note officielle publiée à l’issue de la rencontre, le 29 avril 2026, entre la ministre de la Planification et de la Coopération externe, Dr Sandra Paulémon, et l’ambassadeur d’Espagne en Haïti, Marco Antonio Peñín Toledano.

Mais derrière ce langage diplomatique, une question persiste, insistante : de quel développement parle-t-on encore en Haïti, après des décennies d’« aide » internationale aux résultats plus que discutables ?

Une rhétorique bien rodée

Dans le communiqué, tout y est. La coopération renforcée, les secteurs prioritaires « l’éducation, les cantines scolaires, ainsi que l’eau et l’assainissement » , et surtout cette volonté affichée de « promouvoir une coordination plus efficace de l’aide externe ». L’ambassadeur espagnol évoque même une coopération « solide et durable ».

Du côté haïtien, la ministre « a salué les interventions de l’Espagne » et plaidé pour « une meilleure répartition géographique de l’aide ». Une demande technique, presque administrative : mieux distribuer, mieux coordonner, mieux aligner.

Mais jamais, ou si peu, la question centrale : pourquoi, malgré ces flux continus d’aide, les conditions de vie stagnent-elles, voire se dégradent-elles ?

L’angle mort de la dépendance

Car le constat est connu, documenté, répété : Haïti reçoit de l’aide internationale depuis plusieurs décennies. Pourtant, cette accumulation de projets, de programmes et de financements n’a pas permis de transformation structurelle durable. Le pays reste fragilisé, dépendant, vulnérable.

Dans ce contexte, la posture de Sandra Paulémon interroge. En insistant sur « l’alignement des projets sur les priorités nationales », elle semble entériner un cadre où l’aide reste l’outil principal de l’action publique. Or, ces « priorités » elles-mêmes ne sont pas toujours définies de manière souveraine. Elles s’inscrivent souvent dans des logiques dictées, ou au moins fortement influencées, par les bailleurs.

La ministre affirme également « l’engagement du Gouvernement à œuvrer au renforcement de la coordination de l’aide ». Mais coordonner quoi, au juste ? Un système qui, précisément, montre ses limites depuis des années ?

Une planification sans cap politique

Ce qui frappe, à la lecture de la note officielle, c’est l’absence d’une réflexion critique sur le modèle lui-même. On optimise, on ajuste, on redistribue. Mais on ne rompt pas. « Éviter toute concentration des projets dans certaines zones », insiste la ministre. Mais déplacer des projets ne change pas leur nature. Ni leur impact réel sur l’autonomie du pays.

La planification, ici, semble réduite à un rôle de gestionnaire de flux d’aide. Loin d’une vision stratégique capable de poser les bases d’un développement endogène, fondé sur les ressources, les capacités et les choix souverains du pays.

La coopération comme instrument de pouvoir

Ce type de partenariat, présenté comme équilibré, n’est jamais totalement neutre. Derrière la « concertation » et la « confiance », il y a des rapports de force. Les bailleurs financent, orientent, évaluent. Les États bénéficiaires s’adaptent. La note évoque un « partenariat stratégique ». Mais qui définit la stratégie ? Et dans l’intérêt de qui ?

À force de dépendre de l’aide extérieure pour structurer ses politiques publiques, Haïti risque de s’enfermer dans une forme de tutelle diffuse, une domination sans visage, mais bien réelle.

Une question sans réponse

En filigrane, une interrogation demeure, que ni la ministre ni ses interlocuteurs ne semblent vouloir poser frontalement : comment sortir de cette économie de l’assistance ? Car sans rupture avec ce modèle, les rencontres diplomatiques se succèdent, les communiqués s’empilent, et la réalité, elle, change peu.

« Maximiser leur impact sur les populations », promet encore Sandra Paulémon. La formule est ambitieuse. Mais après tant d’années d’aide internationale, elle sonne aussi, pour beaucoup, comme un refrain déjà entendu.

Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin est un journaliste engagé et rigoureux, spécialisé dans le traitement de l’actualité nationale et des enjeux sociaux. Passionné par l’information, il s’attache à produire des analyses claires, accessibles et pertinentes pour éclairer le public.

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