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Critique du Pacte national « contesté » : Moïse Jean-Charles oublie son rôle dans le désastre de la transition

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@crédit photo : internet

À l’Hôtel Kinam, samedi 21 février 2026, la signature du Pacte national pour la Stabilité et l’Organisation des Élections a été présentée comme un instrument pour rétablir la stabilité et organiser des élections inclusives. Mais derrière le vernis officiel, le texte soulève de nombreuses interrogations, tant sur sa légitimité que sur ses objectifs réels. Moïse Jean-Charles, secrétaire général du parti Pitit Dessalines, n’a pas manqué d’attaquer l’initiative, la qualifiant de « farce politique » et accusant le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé d’illégalité, dans une de presse publiée ce lundi 23 février.

Pendant près de deux ans, Pitit Dessalines disposait d’un représentant au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT), Emmanuel Vertillaire. Cet organe a dirigé le pays jusqu’au 7 février 2026 sans mandat populaire ni légitimité électorale. Durant cette période, le pays a plongé dans un chaos sécuritaire et humanitaire profond. Les violences liées aux gangs ont fait plus de 8 000 morts, tandis que le nombre de personnes déplacées internes dépassait le million. À Port-au-Prince, 80 % de la zone métropolitaine est passée sous le contrôle ou l’influence de groupes armés, et près de cinq millions de personnes ont souffert d’insécurité alimentaire aiguë. L’inflation a atteint parfois 40 %, aggravant la précarité des ménages. Malgré cela, Moïse Jean-Charles et son parti n’ont jamais publiquement dénoncé l’incapacité de la transition à protéger la population ou à restaurer l’ordre constitutionnel.

Le scandale de la Banque Nationale de Crédit (BNC) illustre encore l’implication directe de son parti dans des affaires controversées. Selon un rapport de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), trois membres du CPT — Smith Augustin, Emmanuel Vertillaire et Louis Gérald Gilles — ont été accusés d’avoir sollicité 100 millions de gourdes à Pascal Raoul Pierre Louis pour garantir sa reconduction à la présidence du conseil d’administration de la BNC. Emmanuel Vertillaire, représentant de Pitit Dessalines au CPT, était directement impliqué. Le rapport avait recommandé l’ouverture de poursuites judiciaires contre les trois conseillers. Malgré la gravité de l’affaire et les recommandations de l’ULCC, Moïse Jean-Charles n’a jamais demandé à son conseiller de se présenter volontairement devant la justice, ni n’a appelé à la transparence ou à la responsabilité. Ce silence contraste fortement avec son indignation actuelle à l’égard du Pacte national.

Pour autant, le Pacte national lui-même soulève des critiques légitimes. Présenté comme un mécanisme de stabilité et d’organisation des élections, il concentre l’intégralité du pouvoir exécutif entre les mains du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé, lui-même au pouvoir depuis plus d’un an sans mandat populaire. Le Comité Consultatif qui est prévu par le texte n’a qu’un rôle symbolique et d’avis, sans aucun pouvoir contraignant. Sur le plan social, le Pacte ne propose aucune mesure concrète pour réduire la faim, le chômage ou la pauvreté, alors que plus de 5,7 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aiguë et que 37 % des jeunes restent sans emploi.

L’absence de mécanismes solides de transparence et de contrôle démocratique est également préoccupante. Haïti reste l’un des pays les plus corrompus au monde, avec un score de 16 sur 100 selon Transparency International. Le Pacte ne prévoit aucun audit indépendant, aucun contrôle citoyen effectif et aucune réforme institutionnelle obligatoire pour prévenir le détournement de fonds publics ou l’impunité des élites politiques. Dans ces conditions, il risque de reproduire les mêmes pratiques de corruption et de népotisme déjà observées sous la transition.

Il est donc difficile de ne pas relever l’incohérence de l’indignation de Moïse Jean-Charles. Alors qu’il critique aujourd’hui le Pacte national et la conduite de Fils-Aimé, son parti a

participé activement à une transition sans mandat, marquée par l’échec sécuritaire, la crise humanitaire et la controverse financière impliquant directement Emmanuel Vertillaire. L’absence d’autocritique et de mesures correctives à l’époque mine sa crédibilité.

Dans un pays confronté à une crise multidimensionnelle, la population attend davantage que des communiqués accusatoires. Les Haïtien·nes exigent transparence, justice sociale, redistribution des richesses et participation citoyenne réelle. Le Pacte national, tout comme les critiques sélectives de Moïse Jean-Charles, ne garantit rien de tout cela, laissant planer le spectre d’une stabilité imposée au bénéfice des politiciens, et non du peuple.

Sherley Francois
Sherley Francois
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.

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