Port‑au‑Prince, 19 février 2026 — Dans une lettre ouverte adressée au Premier Ministre haïtien, Son Excellence Monsieur Alix Didier Fils‑Aimé, l’Association Nationale des Normaliens Indépendants d’Haïti (ANNIH), syndicat représentant les enseignants depuis 2014, tire la sonnette d’alarme sur l’état critique du système éducatif national. Le syndicat plaide, implicitement, pour la nomination d’un nouveau ministre à la tête du Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP), capable de mettre fin à des décennies de négligence et de gouvernance politique au détriment des écoles et des élèves.
Selon l’ANNIH, l’éducation est le socle de la souveraineté nationale et de la cohésion sociale, mais elle reste aujourd’hui une victime des faiblesses structurelles du MENFP, qui souffre de carences administratives, méthodologiques et systémiques. Ces lacunes, combinées à une logique politique priorisant les intérêts partisans sur le bien-être collectif, ont fragilisé la continuité des politiques éducatives et laissé les enseignants et les élèves livrés à eux-mêmes.
L’échec d’un ministre déconnecté du terrain
Le syndicat critique implicitement le ministre actuel, Augustin Antoine, dont la gestion n’a pas permis d’inverser la tendance. Malgré quelques initiatives, telles que la refondation du curriculum ou des projets de soutien pédagogique, les mesures sont jugées insuffisantes et déconnectées de la réalité quotidienne des écoles, où la précarité des infrastructures, la violence et le manque de ressources continuent de régner.
Pour l’ANNIH, ces décisions symbolisent un modèle de gouvernance réactif et politisé, incapable de structurer l’éducation haïtienne et d’assurer l’égalité d’accès pour tous les enfants. « L’école haïtienne est le cœur du pays », rappelle le syndicat, mais ce cœur souffre, affaibli par des années d’improvisation et d’orientations politiques inadaptées.
Un appel à un leadership éducatif engagé
Face à cette situation, l’ANNIH recommande que le futur ministre soit un professionnel chevronné de l’éducation, capable de : planifier et moderniser le curriculum ; former et soutenir les enseignants ; administrer les établissements scolaires avec rigueur et transparence.
Au-delà des compétences techniques, le syndicat insiste sur la nécessité d’un leadership moral et crédible, capable d’inspirer confiance et de redonner aux écoles leur rôle central dans la construction d’une citoyenneté éclairée et responsable.
« Seule une refondation profonde et structurante du système éducatif pourra sortir Haïti de la crise multidimensionnelle qui la frappe », souligne la lettre. L’ANNIH voit dans l’éducation non seulement un outil de développement, mais un moyen de libération nationale, permettant à l’État de retrouver sa souveraineté et à la population d’accéder à ses droits fondamentaux.
La société civile et l’urgence de l’action
Cette alerte du syndicat intervient dans un contexte où la violence, la pauvreté et le délabrement des infrastructures scolaires menacent chaque jour l’avenir de milliers d’élèves. L’ANNIH espère que ses recommandations relanceront un débat national sur l’éducation, afin que la question ne soit plus traitée comme une simple variable politique, mais comme une priorité stratégique et sociale, au service du peuple et non des intérêts partisans.
Dans sa lettre, le syndicat réaffirme son engagement et sa devise : « Pour une éducation libératrice au service de l’efficacité nationale », accompagnée du slogan : « Lekòl la se kè pou Ayiti, ann sove lekòl la ». Ces mots traduisent la conviction que l’école doit redevenir un moteur de justice sociale et de développement national, capable de redresser un pays fragilisé par des décennies de gouvernance défaillante.

