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Malgré la soumission de Fils-Aimé à Washington, 350 000 Haïtiens risquent la déportation par les États-Unis

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Des militants exigent la prolongation du statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens en 2022. — Photo : EFE

Il y a des fidélités qui ne protègent personne. Celle du pouvoir haïtien actuel envers Washington en fait partie.

Le 25 juin 2026, la Cour suprême des États-Unis a autorisé l’administration Trump à mettre fin au TPS, le statut de protection temporaire qui permettait à plus de 350 000 Haïtiens de vivre et de travailler légalement sur le territoire américain. Du jour au lendemain, des familles entières peuvent basculer dans l’irrégularité, perdre leur droit au travail et être renvoyées vers un pays plongé dans l’insécurité, la faim, la violence armée et l’effondrement institutionnel.

Cette décision est plus qu’un revers juridique. C’est une leçon politique. Elle montre que la docilité d’un gouvernement haïtien envers les États-Unis n’achète même pas la protection minimale de son propre peuple.

Fils-Aimé peut multiplier les signes d’alignement, accepter l’agenda sécuritaire américain, ouvrir les secteurs stratégiques du pays à des firmes privées étrangères : à la fin, Donald Trump déportera quand même les Haïtiens.

Un pouvoir haïtien sous parrainage américain

Depuis la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, Fils-Aimé s’est imposé comme l’homme fort d’une transition sans légitimité électorale directe. Selon France 24, les États-Unis ont soutenu son maintien au pouvoir dans un contexte de vide politique, le secrétaire d’État Marco Rubio insistant sur l’importance de sa continuité comme Premier ministre pour combattre les gangs et stabiliser Haïti.

Le 29 mai 2026, une réunion de haut niveau s’est tenue au Palais national entre Fils-Aimé, le secrétaire d’État adjoint américain Christopher Landau et l’ambassadeur américain en Haïti Dennis B. Hankins. Selon HaitiLibre, la Primature a présenté cette rencontre comme le signe d’un soutien « total, exclusif et indéfectible » de la Maison-Blanche au chef du gouvernement haïtien.

Les mots sont lourds. Dans un pays sans président élu, sans élections nationales depuis des années, où les gangs contrôlent une partie importante du territoire, ce type de soutien étranger n’est jamais neutre. Il pèse sur le jeu politique. Il fabrique des rapports de dépendance.

Il installe l’idée qu’un dirigeant haïtien peut tenir davantage par l’appui de Washington que par la volonté populaire.

Prisons, frontières, douanes : la souveraineté livrée au privé

Ce soutien américain intervient alors que plusieurs contrats signés ou engagés sous le gouvernement Fils-Aimé suscitent de graves accusations d’atteinte à la souveraineté nationale.

La Fondasyon Je Klere, FJKL, a dénoncé trois grands contrats touchant à des fonctions régaliennes : prisons, sécurité, douanes, immigration et contrôle des frontières. Selon AlterPresse, ces accords confient des secteurs essentiels de l’État à des entreprises privées étrangères, sans garanties suffisantes pour les intérêts haïtiens.

Le contrat pénitentiaire est particulièrement révélateur. Signé avec Metric Facility S.A, il prévoit la construction et l’exploitation de trois prisons modernes sur une durée de cinquante ans. Le coût initial de construction est estimé à plus de 85 millions de dollars, mais l’engagement global de l’État haïtien pourrait dépasser 6 milliards de dollars sur la durée du contrat, selon la FJKL citée par AlterPresse.

Autrement dit : dans un pays où les écoles s’effondrent, où les hôpitaux manquent de tout, où les familles déplacées survivent sans protection, le pouvoir engage l’avenir national dans des prisons privées. C’est tout un projet politique qui apparaît : moins de droits sociaux, plus de murs ; moins d’État protecteur, plus d’État sécuritaire.

Autre dossier sensible : Evergreen Trading System Limited, présenté comme lié à Erik Prince, fondateur de Blackwater. Selon AlterPresse, le contrat vise la modernisation des services douaniers et d’immigration, avec des frais initiaux de 13,6 millions de dollars et une rémunération liée aux recettes douanières.

Un autre contrat de 52 millions de dollars sur un an aurait été conclu avec Windward Wyoming LLC, également présentée comme liée à Erik Prince, pour fournir un appui tactique et technique à la Police nationale d’Haïti.

D’après la FJKL, Haïti aurait déjà versé environ 35,5 millions de dollars à cette firme sans résultats à la hauteur des promesses.

Le peuple haïtien paie deux fois

La situation est donc limpide. À Port-au-Prince, le gouvernement s’aligne sur les priorités de Washington : sécurité, frontières, immigration, lutte contre les gangs, privatisation des fonctions stratégiques. Aux États-Unis, le même Washington laisse Trump frapper la diaspora haïtienne.

Les Haïtiens paient deux fois. En Haïti, ils subissent l’abandon de l’État, la violence des gangs, les contrats opaques et la dépossession de leur souveraineté. Aux États-Unis, ils subissent la brutalité migratoire d’une administration qui les considère comme expulsables, malgré leur travail, leurs familles, leurs enfants et leur contribution à l’économie américaine.

C’est ici que le discours officiel s’effondre. Washington prétend vouloir stabiliser Haïti, mais accepte de renvoyer des centaines de milliers d’Haïtiens vers l’instabilité. Washington prétend soutenir la démocratie, mais parraine des transitions sans mandat populaire clair.

Washington prétend aider l’État haïtien, mais tolère, accompagne ou bénéficie d’un système où des fonctions publiques majeures passent sous influence privée et étrangère.

La vraie leçon : la soumission ne protège pas

La fin du TPS rappelle une vérité que les dirigeants haïtiens refusent souvent d’entendre : un pouvoir soumis ne protège pas son peuple. Il protège seulement sa propre survie.

Fils-Aimé peut offrir des garanties à Washington. Il peut accepter les contrats sécuritaires, les partenariats de frontière, les dispositifs de surveillance, les injonctions diplomatiques. Mais cela n’empêchera pas Trump de déporter les Haïtiens. Car dans cette relation inégale, Haïti donne beaucoup, mais reçoit peu. Et le peuple, lui, ne reçoit presque rien.

La gauche haïtienne, la diaspora, les organisations populaires et les défenseurs des droits humains doivent tirer la conclusion qui s’impose : la souveraineté n’est pas un slogan. C’est une condition de survie. Un pays qui abandonne ses prisons, ses frontières, ses douanes et sa sécurité à des intérêts étrangers finit toujours par abandonner ses citoyens.

Aujourd’hui, la diaspora haïtienne est menacée. Demain, ce sera encore le peuple haïtien qui paiera l’addition des contrats, des compromissions et des dépendances.

Sherley Francois
Sherley Francois
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.

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