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Fils-Aimé a rencontré le CEP après avoir imposé son décret électoral : de quoi ont-ils parlé ?

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Alix Didier Fils-Aimé et les membres du CEP lors d’un évènement le 2 juin.

Après une semaine de fortes tensions entre le Conseil électoral provisoire et la Primature, les deux institutions semblent tenter de renouer le dialogue. Selon les informations rapportées, le président du CEP, Jacques Desrosiers, et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé se sont rencontrés vendredi 5 juin, dans un contexte marqué par la publication du décret électoral par le gouvernement et l’installation contestée d’Uder Antoine comme directeur général de l’institution électorale.

Cette rencontre intervient après plusieurs jours de confrontation publique. Le gouvernement a fait prévaloir sa position en publiant le décret électoral malgré l’opposition du CEP. Il a également procédé à l’installation de son directeur général, une décision qui continue de provoquer des résistances au sein même du Conseil électoral.

Mais malgré ces tensions, des canaux de dialogue semblent désormais se rouvrir entre la Primature et l’organe chargé d’organiser les élections.

Une rencontre pour préparer de nouvelles discussions

La rencontre de vendredi entre Jacques Desrosiers et Alix Didier Fils-Aimé n’avait pas pour objectif de régler immédiatement tous les désaccords. Elle devait plutôt permettre de préparer des séances de travail entre le gouvernement et les conseillers électoraux autour des principaux points de friction. Un conseiller électoral contacté, nous explique clairement la démarche :

« Nous avons mandé le président du CEP de rencontrer seul le Premier ministre ce vendredi afin de planifier des séances de travail avec le gouvernement sur les irritants autour du décret électoral et le directeur général installé au CEP ».

Cette déclaration montre que deux sujets dominent les discussions : d’un côté, le contenu du décret électoral déjà publié ; de l’autre, la nomination et l’installation d’Uder Antoine à la direction générale du CEP. Ces deux dossiers sont au cœur de la crise actuelle entre les deux institutions.

Le décret électoral au centre des tensions

Le premier point de blocage concerne le décret électoral. Le CEP reproche au gouvernement d’avoir publié un texte différent de celui qu’il avait soumis à l’Exécutif. Pour les conseillers électoraux, cette démarche pose un problème de méthode, mais aussi de principe.

Le CEP avait déjà exprimé son désaccord dans un communiqué publié après une rencontre avec la Primature. L’institution électorale y affirmait :

« Cette rencontre était l’occasion pour le Chef du gouvernement d’informer les membres du CEP de sa décision d’adopter et de publier un Décret électoral. »

Le Conseil électoral précisait également que le document présenté par la Primature n’était pas celui qu’il avait préparé :

« Ce document, présenté pour la première fois aux Conseillères et Conseillers, est totalement différent du projet de Décret électoral soumis à l’Exécutif par le CEP, le 24 avril 2026. »

Cette phrase est essentielle. Elle montre que le CEP ne conteste pas seulement quelques dispositions techniques. Il remet en cause l’ensemble de la démarche gouvernementale, estimant que le texte publié n’est pas issu du travail qu’il avait transmis à l’Exécutif.

Des “irritants” à identifier dans le décret

Selon le document transmis, les conseillers électoraux doivent maintenant travailler sur les points contestés du décret. Une nouvelle rencontre est prévue entre les conseillers électoraux et le Premier ministre. Avant cette réunion, le CEP doit examiner le texte afin d’identifier les éléments problématiques.

Un conseiller électoral explique ainsi :

« Le CEP va travailler toute la journée du samedi en vue de relever tous les irritants dans le décret électoral afin de les soumettre au Premier ministre dans la rencontre de ce dimanche. »

Cette déclaration indique que le dialogue porte désormais sur une possible révision ou modification de certaines dispositions du décret. Mais elle souligne aussi une difficulté majeure : le décret a déjà été publié. Le CEP discute donc d’un texte qui a déjà été imposé par le gouvernement, ce qui réduit la portée politique de la concertation.

Uder Antoine, deuxième sujet explosif

Le second point de friction concerne l’installation d’Uder Antoine comme directeur général du CEP. Le document rappelle que l’Exécutif a publié, le mercredi 3 juin, un arrêté nommant Uder Antoine à ce poste. Quelques heures plus tard, les conseillers électoraux ont signé une résolution révoquant Uder Antoine.

Cette séquence illustre la profondeur du bras de fer entre la Primature et le CEP. Pour plusieurs conseillers, la présence d’un directeur général installé par le gouvernement à l’intérieur de l’institution électorale pose un problème politique majeur. L’un d’eux reconnaît cependant les compétences techniques d’Uder Antoine, tout en rejetant la méthode utilisée par l’Exécutif. Le conseiller cité dans le document déclare :

« Nous ne pouvons pas accepter un directeur général au CEP, une main de l’exécutif dans une institution indépendante appelée à organiser des élections crédibles dans la transparence. »

Cette citation résume l’inquiétude principale du CEP. Le problème n’est pas seulement la personne d’Uder Antoine. Le problème est ce qu’il représente aux yeux des conseillers : une présence de l’Exécutif dans une institution qui doit rester indépendante.

L’indépendance du CEP comme ligne rouge

Pour le Conseil électoral, la crise actuelle touche directement à son indépendance. Les conseillers estiment que l’institution ne peut pas organiser des élections crédibles si elle donne l’impression d’être sous influence du gouvernement. Le même conseiller électoral affirme :

« Nous nous battons pour maintenir l’indépendance du Conseil électoral afin d’éviter d’avoir des élections contestées. »

Cette phrase donne le sens politique du bras de fer. Le CEP ne veut pas seulement défendre son autorité administrative. Il dit vouloir préserver la crédibilité du processus électoral. Dans un pays où les élections sont souvent contestées, l’indépendance de l’arbitre électoral apparaît comme une condition essentielle pour éviter une nouvelle crise post-électorale.

Une communication contradictoire entre la Primature et le CEP

La crise s’est aussi nourrie d’une bataille de communication. Le mardi 2 juin, la Primature avait publié un communiqué après une rencontre avec les conseillers électoraux. Selon ce communiqué :

« les échanges ont mis en évidence une convergence de vues entre les deux institutions sur la nécessité de consolider la stabilité institutionnelle, de renforcer l’unité nationale et d’accélérer les démarches visant à l’organisation d’élections crédibles, transparentes, inclusives et conformes aux exigences démocratiques. »

Mais quelques heures plus tard, le CEP a publié son propre communiqué pour démentir cette version. L’institution électorale a accusé la Primature d’avoir présenté la rencontre comme un moment d’accord, alors qu’elle affirme avoir été simplement informée de la décision du gouvernement de publier son décret.

Cette différence de lecture a aggravé la tension. D’un côté, la Primature parlait de convergence de vues. De l’autre, le CEP dénonçait une décision unilatérale et contestait la conformité constitutionnelle du texte présenté.

Un décret jugé contraire aux exigences constitutionnelles

Dans son communiqué, le CEP est allé plus loin en contestant la légitimité même de la démarche gouvernementale. L’institution écrit :

« Cette démarche confirme le caractère inconstitutionnel de la décision de la Primature qui viole le principe d’indépendance de tout Conseil électoral. »

Le CEP rappelle également que l’élaboration du projet de décret électoral relève de sa compétence. Selon le document transmis, il souligne qu’« il est important de signaler que l’initiative d’élaboration du projet de Décret électoral relève de la compétence exclusive du CEP. »

En d’autres termes, pour le Conseil électoral, la Primature n’aurait pas dû substituer son propre texte à celui préparé par l’institution électorale. Cette question est au cœur de la crise : le gouvernement peut-il imposer les règles électorales à l’organe chargé d’organiser les élections ?

Le risque d’une mainmise de l’Exécutif

À travers le décret électoral publié malgré l’opposition du CEP et l’installation d’Uder Antoine à la direction générale de l’institution, une inquiétude domine : celle d’une possible mainmise de l’Exécutif sur le Conseil électoral.

La phrase du conseiller électoral « une main de l’exécutif dans une institution indépendante » traduit cette crainte. Même si des discussions s’ouvrent désormais entre Jacques Desrosiers, Alix Didier Fils-Aimé et les autres conseillers, le fait que les décisions aient déjà été prises par le gouvernement alimente l’idée d’un dialogue engagé après coup, une fois le rapport de force imposé.

Un dialogue encore fragile

La rencontre entre Jacques Desrosiers et Alix Didier Fils-Aimé marque donc une tentative d’apaisement. Mais elle ne règle pas encore la crise. Le CEP doit maintenant identifier les points de friction dans le décret électoral et les présenter au Premier ministre. Une autre rencontre est prévue avec les conseillers électoraux.

Cependant, l’incertitude demeure. Le conseiller électoral joint au téléphone n’était pas en mesure de dire à quoi ressembleraient les prochains jours pour les membres du CEP dans cette situation de tension avec la Primature.

Cette prudence montre que le dialogue reste fragile et que les désaccords ne sont pas encore levés.

Conclusion : un dialogue sous pression

La question posée par le titre : de quoi ont-ils parlé ? trouve donc sa réponse dans deux dossiers principaux : le décret électoral et l’installation d’Uder Antoine à la direction générale du CEP. Mais derrière ces deux sujets se cache un enjeu plus profond : l’indépendance du Conseil électoral.

Le gouvernement a déjà publié son décret et installé son directeur général. Le CEP, lui, tente désormais de faire entendre ses réserves, de relever les « irritants » du texte et de préserver son autonomie institutionnelle. Le dialogue est ouvert, mais il s’ouvre après un passage en force. C’est toute l’ambiguïté de cette séquence : la Primature parle d’élections crédibles et transparentes, tandis que le CEP redoute que l’indépendance même de l’institution chargée de les organiser soit compromise.

Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin est un journaliste engagé et rigoureux, spécialisé dans le traitement de l’actualité nationale et des enjeux sociaux. Passionné par l’information, il s’attache à produire des analyses claires, accessibles et pertinentes pour éclairer le public.

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