
Lors d’une conférence de presse tenue ce mardi, chez les employés du CNE, la colère ne retombe pas. Après des mois d’attente, de promesses non tenues et de mobilisations restées sans réponse, les employés de l’institution haussent le ton. Ils réclament le paiement de 16 mois d’arriérés de salaire et préviennent qu’ils pourraient durcir leur mouvement si l’État continue de faire la sourde oreille.
Pour les protestataires, le constat est clair : le gouvernement maltraite les employés du CNE et abandonne progressivement une institution pourtant essentielle au pays.
« Dérives » et « mauvaises actions » de l’État
Lors de cette conférence, l’avocat des employés, Me Evel Fanfan, a dénoncé ce qu’il qualifie de « dérives » et de « mauvaises actions » de l’État haïtien à l’encontre du CNE et de ses travailleurs.
Ces mots traduisent le ras-le-bol d’employés qui affirment avoir épuisé les voies pacifiques pour se faire entendre. À leurs yeux, le silence des autorités n’est plus seulement une négligence administrative. Il devient une forme de mépris social.
« L’État ne peut pas réclamer le service des travailleurs tout en refusant d’assumer ses obligations envers eux », dénoncent les protestataires.
Leur revendication principale est simple : être payés pour le travail accompli et obtenir la régularisation de leurs droits.
Seize mois d’arriérés : une violence sociale contre les travailleurs
Les employés du CNE affirment que l’État leur doit 16 mois de salaire. Une situation qu’ils jugent intenable, tant sur le plan humain que social.
Dans un pays où le coût de la vie pèse lourdement sur les familles, rester plus d’un an sans salaire revient à condamner des travailleurs à la précarité. Les employés expliquent que cette dette salariale affecte directement leurs foyers, leurs enfants et leur capacité à subvenir aux besoins les plus élémentaires.
Il ne s’agit donc pas seulement d’un conflit entre une institution et son personnel. Il s’agit d’une question de dignité. En laissant s’accumuler seize mois d’impayés, le gouvernement Fils-Aimé expose ces employés à une véritable insécurité sociale.
Des mobilisations pacifiques ignorées
Les employés rappellent avoir organisé plusieurs mobilisations pacifiques devant la Villa d’Accueil, à Musseau, dans la commune de Delmas. Mais, selon eux, aucune réponse satisfaisante n’a été apportée par les autorités.
Cette absence de dialogue nourrit la frustration. Les protestataires estiment que l’État refuse de traiter leur dossier avec le sérieux nécessaire. Ils dénoncent une attitude irresponsable, alors même que leurs revendications portent sur des droits fondamentaux : salaires, pensions, régularisation administrative et avenir de l’institution.
« Nous avons manifesté pacifiquement. Nous avons alerté. Nous avons attendu. Mais l’État reste silencieux », résument les employés, qui disent ne plus vouloir se contenter de promesses vagues.
Une institution affaiblie de l’intérieur
Au-delà des salaires impayés, les protestataires dénoncent ce qu’ils considèrent comme un démantèlement du CNE. Ils accusent certaines autorités d’avoir contribué à l’affaiblissement de l’institution, citant notamment l’ancien Premier ministre Garry Conille.
Pour eux, le CNE n’est pas simplement confronté à un problème de gestion. Il serait victime d’un choix politique : laisser l’institution s’affaiblir, puis justifier son abandon.
Cette accusation est grave. Elle pose la question de la responsabilité des dirigeants dans la dégradation d’un outil public qui aurait pu continuer à servir le pays, notamment dans les domaines des infrastructures, de l’assainissement et de l’équipement.
Dans un contexte où les besoins nationaux restent immenses, laisser dépérir une telle institution apparaît, aux yeux des employés, comme une faute contre l’intérêt général.
La Caravane du Changement toujours au cœur des revendications
Les représentants du mouvement réclament également le paiement des fonds liés à la Caravane du Changement. Ils demandent que les montants dus soient débloqués et versés aux bénéficiaires concernés.
Cette revendication montre que le dossier du CNE ne se limite pas aux arriérés de salaire. Plusieurs engagements financiers et administratifs restent, selon les protestataires, non honorés.
Pour les employés, l’État ne peut pas ouvrir des chantiers, mobiliser des ressources humaines, engager des travailleurs, puis disparaître lorsque vient le moment de régler les comptes. Cette gestion par l’oubli alimente la colère et renforce le sentiment d’injustice.
Près de 300 agents attendent toujours leur pension
La situation des retraités ou futurs retraités du CNE constitue un autre point de tension majeur. Selon les responsables du mouvement, près de 300 agents, totalisant environ 30 années de service, attendent toujours leur pension de retraite et la régularisation de leurs dossiers.
Ces travailleurs ont donné une grande partie de leur vie professionnelle à l’institution. Aujourd’hui, ils se retrouvent dans l’incertitude, sans garantie claire sur leurs droits.
« Après trente ans de service, aucun employé ne devrait être abandonné devant les portes de l’administration », dénoncent les représentants du mouvement.
Le blocage des pensions apparaît comme une double peine : après avoir travaillé pendant des décennies, ces agents doivent encore se battre pour faire reconnaître leurs droits. Une situation que les protestataires qualifient d’inacceptable.
Un matériel inutilisé alors que le pays manque d’équipements
Les employés attirent aussi l’attention sur l’état du matériel du CNE. Selon les responsables du mouvement, environ 70 % des équipements de l’institution seraient actuellement inutilisés.
Ce chiffre résume à lui seul l’absurdité de la situation. D’un côté, le pays fait face à d’importants besoins en infrastructures et en équipements. De l’autre, une grande partie du matériel du CNE resterait à l’arrêt.
Pour les protestataires, cette immobilisation traduit une mauvaise gestion des ressources publiques. Ils estiment que le CNE aurait pu continuer à jouer un rôle important dans les travaux d’intérêt collectif, si l’État avait choisi de le renforcer au lieu de l’affaiblir.
Un appel aux autorités nationales et à la communauté internationale
Face à cette impasse, les employés disent vouloir attirer l’attention des autorités nationales, mais aussi de la communauté internationale. Ils souhaitent que leur situation soit reconnue comme une crise sociale et non comme un simple désaccord administratif.
Ils réclament trois choses : le paiement des arriérés de salaire, la régularisation des pensions et le déblocage des fonds réclamés. À cela s’ajoute une exigence plus large : que l’État clarifie enfin sa position sur l’avenir du CNE et de ses employés.
Cette crise met en lumière une question centrale : comment l’État haïtien traite-t-il ses propres travailleurs ? Pour les employés du CNE, la réponse est sévère : avec indifférence, lenteur et mépris.
Le durcissement de la mobilisation en ligne de mire
Les protestataires préviennent qu’un durcissement du mouvement est désormais envisagé si aucune réponse concrète n’est apportée rapidement. Ils affirment avoir jusqu’ici privilégié des actions pacifiques, mais considèrent que le silence prolongé des autorités les pousse vers une nouvelle phase de mobilisation.
Le message est sans ambiguïté : les employés ne comptent plus attendre indéfiniment.
« Nous réclamons ce qui nous est dû. Rien de plus, rien de moins », insistent-ils.
En refusant de régler ce dossier, le gouvernement Fils-Aimé prend le risque d’aggraver une crise sociale déjà profonde. Car derrière les chiffres, 16 mois d’arriérés, 300 agents en attente de pension, 70 % du matériel inutilisé, il y a des vies, des familles et des travailleurs qui demandent simplement le respect de leurs droits.
Une crise qui interroge la responsabilité de l’État
L’affaire du CNE dépasse désormais le cadre d’une revendication salariale. Elle pose une question de fond : un État peut-il abandonner ses employés, bloquer leurs pensions, laisser ses équipements inutilisés, puis demander à la population de croire en sa capacité à gouverner ?
Leur mobilisation est donc plus qu’un mouvement social. Elle devient un acte de résistance face à une administration accusée de mépriser ceux qui l’ont servie. Les employés appellent les autorités à agir avant que la colère ne franchisse un nouveau cap.
Car à force de refuser le dialogue, le gouvernement Fils-Aimé risque de transformer une revendication légitime en crise ouverte.

