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Pétion-Ville : une première Foire nationale de la menstruation pour briser les tabous en Haïti

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Pétion-Ville, 1er juin 2026 — À l’occasion de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle, célébrée chaque année le 28 mai, l’organisation RÈG Ayiti, en partenariat avec NÈGÈS MAWON, a organisé le samedi 30 mai 2026 la première édition de la Foire nationale de la menstruation en Haïti. L’événement s’est tenu à la place Saint-Pierre de Pétion-Ville, autour d’un thème fort : « Règ san tabou, se viv nan diyite » autrement dit, parler des règles sans honte, c’est vivre dans la dignité.

Cette initiative marque une étape importante dans la lutte contre les préjugés liés aux menstruations dans le pays. Pendant longtemps, les règles sont restées un sujet entouré de silence, de gêne et parfois de désinformation.

À travers cette foire, les organisatrices ont voulu ouvrir un espace public de dialogue, d’éducation et de mobilisation autour de la santé menstruelle, de l’accès aux produits hygiéniques et du respect de la dignité des femmes et des filles.

Un espace d’éducation, de dialogue et de mobilisation

La foire a rassemblé des organisations de la société civile, des professionnels de santé, des jeunes, des femmes, des militants des droits humains et plusieurs structures engagées dans la promotion de la santé reproductive. Selon les annonces publiées avant l’événement, cette première édition devait proposer des échanges éducatifs, des discussions ouvertes, des séances de sensibilisation sur les protections hygiéniques, ainsi que la présentation d’alternatives comme la coupe menstruelle.

L’événement a également été pensé comme un espace inclusif et participatif. Les organisateurs ont prévu des stands d’éducation menstruelle, un espace de consultation avec un professionnel de santé, des activités artistiques et culturelles, des espaces consacrés au bien-être, au dialogue intergénérationnel, au handicap et à la menstruation, ainsi qu’un volet de plaidoyer en faveur de politiques publiques plus ambitieuses.

Au-delà de l’aspect symbolique, cette foire répond à un besoin concret : permettre aux filles et aux femmes de mieux comprendre leur corps, de poser des questions sans crainte et d’accéder à des informations fiables sur l’hygiène menstruelle.

Sur son site, RÈG Ayiti affirme vouloir « briser le silence et les tabous autour de la menstruation » afin d’inscrire la précarité menstruelle au cœur du débat public, dans une perspective de justice sociale, de dignité humaine et d’équité de genre.

La précarité menstruelle, une réalité encore largement ignorée

En Haïti, la santé menstruelle demeure un enjeu social, sanitaire et éducatif majeur. Dans plusieurs quartiers populaires, zones rurales et sites accueillant des personnes déplacées, l’accès aux serviettes hygiéniques reste limité en raison du coût des produits, du manque d’infrastructures sanitaires et de la persistance des tabous. Un article publié à l’occasion de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle souligne que certaines adolescentes sont contraintes d’utiliser des morceaux de tissu, du papier ou d’autres alternatives peu adaptées, ce qui peut augmenter les risques d’infections et de complications sanitaires.

La crise économique aggrave cette situation. En 2023, RFI rapportait déjà que la hausse du prix des serviettes hygiéniques obligeait certaines jeunes femmes haïtiennes à réduire leur utilisation quotidienne de protections, faute de moyens suffisants. Une étudiante interrogée expliquait avoir diminué sa consommation de serviettes en raison de l’augmentation des prix et de la baisse de ses revenus.

Dans les écoles, le problème est également préoccupant. Le manque de toilettes adaptées, d’eau potable et de dispositifs d’urgence peut pousser certaines adolescentes à s’absenter pendant leurs règles par peur des fuites, des moqueries ou de l’humiliation.

Dans les sites de déplacés, l’accès à l’eau propre, à des toilettes sécurisées et aux protections hygiéniques constitue également un défi important pour les femmes et les filles, selon une publication récente de l’UNICEF Haïti.

Une question de santé, mais aussi de droits humains

La Journée mondiale de l’hygiène menstruelle, instaurée en 2014, vise à sensibiliser la population mondiale à l’importance de la santé menstruelle et à lutter contre les tabous liés aux règles. Le choix du 28 mai n’est pas anodin : il renvoie à la durée moyenne d’un cycle menstruel, estimée à 28 jours, et au mois de mai, cinquième mois de l’année, en référence à la durée moyenne des règles.

Pour le Fonds des Nations Unies pour la population, la santé menstruelle n’est pas seulement une question de santé : elle relève aussi des droits humains. L’UNFPA rappelle qu’environ 500 millions de personnes dans le monde n’ont pas suffisamment accès aux produits d’hygiène menstruelle ni à des structures sanitaires adaptées, ce qui affecte notamment leur droit à l’éducation, au travail et à la dignité.

L’UNICEF souligne également que les tabous culturels, la pauvreté, les inégalités de genre et l’absence de services de base, comme les toilettes et les articles d’hygiène empêchent de nombreuses personnes de gérer leurs règles de manière saine et digne.

Ces difficultés peuvent limiter la mobilité, la participation scolaire, la vie sociale et la sécurité des filles et des femmes, en particulier dans les situations de crise humanitaire.

RÈG Ayiti et NÈGÈS MAWON veulent inscrire le sujet dans le débat public

À travers cette première Foire nationale de la menstruation, RÈG Ayiti et NÈGÈS MAWON entendent faire sortir la question des règles de la sphère privée et de la honte pour l’inscrire dans l’espace public. Le message porté par le thème « Règ san tabou, se viv nan diyite » est clair : les menstruations ne doivent plus être perçues comme un sujet embarrassant, mais comme une réalité naturelle qui nécessite information, respect, accès aux soins et politiques publiques adaptées.

Cette mobilisation s’inscrit aussi dans une démarche plus large de justice sociale. Les organisateurs veulent rappeler que la dignité menstruelle suppose plusieurs conditions : une éducation de qualité, un accès régulier à des produits hygiéniques sûrs, des infrastructures sanitaires adaptées, une information fiable et la fin des discriminations liées aux règles. L’UNFPA insiste d’ailleurs sur l’importance d’approches complètes associant éducation, infrastructures, produits et lutte contre la stigmatisation.

En réunissant des organisations féministes, des institutions publiques, des acteurs de santé et des jeunes autour d’un même espace, cette foire ouvre la voie à une mobilisation plus structurée. Plusieurs partenaires, dont ONU Femmes, Girls Act, AHF, FIEF, TOYA et Profamil, étaient annoncés parmi les organisations associées à l’initiative.

Pour une politique nationale de dignité menstruelle

Cette première édition pose désormais une question essentielle : comment transformer une journée de sensibilisation en politique publique durable ? En Haïti, les besoins sont nombreux : distribution de protections hygiéniques dans les écoles et les sites de déplacés, accès à l’eau et aux toilettes sécurisées, campagnes d’éducation menstruelle, formation du personnel éducatif et sanitaire, prise en compte du handicap, et accompagnement des filles vivant dans des situations de grande vulnérabilité.

La Foire nationale de la menstruation ne règle pas à elle seule ces problèmes, mais elle ouvre un espace nécessaire. Elle rappelle que les règles ne doivent plus être synonymes de honte, d’absence scolaire, de risque sanitaire ou d’exclusion sociale. Elles doivent être reconnues comme une question de santé publique, d’égalité et de dignité humaine.

En organisant cette première édition à Pétion-Ville, RÈG Ayiti et NÈGÈS MAWON ont posé un acte fort : celui de rendre visible une réalité trop longtemps ignorée. Dans un pays confronté à de multiples crises sociales, économiques et humanitaires, la dignité menstruelle apparaît désormais comme un enjeu indispensable pour la santé, l’éducation et l’autonomie des femmes et des filles.

Sherley Francois
Sherley Francois
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.

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