
Quelques mois seulement après son installation à la tête du Fonds d’Assistance Économique et Sociale (FAES), Kesner Romilus fait déjà face à une vive contestation d’organisations représentant les personnes en situation de handicap. Ce mardi 26 mai 2026, plusieurs associations ont organisé un sit-in pour dénoncer ce qu’elles qualifient de politique « clientéliste », « discriminatoire » et profondément déconnectée des réalités sociales du pays.
La manifestation s’est tenue devant les locaux du FAES, à Port-au-Prince. Réunis au sein de plusieurs structures de défense des droits des personnes handicapées, les protestataires ont accusé l’institution publique d’abandonner des milliers de citoyens vulnérables, alors que la crise humanitaire et sécuritaire continue d’aggraver leurs conditions de vie.
Une colère dirigée contre la gestion du FAES
Le mouvement a notamment été organisé par la Ligue des organisations pour la Défense des Droits et l’Intégration des Personnes Handicapées (LODDJPH), accompagnée de plusieurs associations venues de Bourdon, de la Plaine et de Bwa Monkèt.
Les manifestants dénoncent le manque de politiques publiques adaptées aux personnes en situation de handicap, particulièrement dans les quartiers populaires affectés par les violences armées, les déplacements forcés et l’effondrement des services publics.
« Nous sommes mobilisés pour démontrer au FAES que nous sommes en colère », ont lancé plusieurs protestataires.
Selon eux, les programmes sociaux annoncés par les autorités ne profiteraient qu’à des réseaux proches du pouvoir, tandis que les personnes handicapées resteraient largement exclues des mécanismes d’assistance.
« Ils utilisent les kits alimentaires pour faire du clientélisme »
Le président de l’Organisation pour le Développement et l’Autonomie des Personnes Handicapées (ODAPH), Siffrard Mikenson, a affirmé que les revendications dépassaient la simple distribution d’aides financières.
Les associations réclament une véritable intégration des personnes handicapées dans l’administration publique, un meilleur accès aux programmes sociaux et une représentation réelle dans les institutions de l’État.
Mais les critiques les plus virulentes ont porté sur la gestion des aides sociales du FAES.
« Ils utilisent les kits alimentaires pour faire du clientélisme », ont dénoncé plusieurs participants au sit-in, accusant le FAES de distribuer les aides selon des logiques politiques plutôt qu’en fonction des besoins sociaux réels.
Les manifestants assurent que de nombreuses personnes handicapées n’ont jamais bénéficié des programmes d’assistance, malgré l’extrême précarité dans laquelle elles vivent.
Une institution accusée d’ignorer les plus vulnérables
Le responsable de l’organisation Voix des Handicapés pour la Solidarité et le Développement (VHSD), Geraldo, a dénoncé plusieurs « irrégularités » dans la distribution des aides sociales.
Selon lui, des personnes handicapées vivant dans des conditions extrêmement difficiles auraient été complètement écartées des programmes d’assistance financière et alimentaire.
Les organisations estiment que l’État haïtien ne développe aucune politique spécifique pour les personnes handicapées victimes des violences dans les quartiers populaires. Beaucoup vivent aujourd’hui dans des camps de déplacés ou dans des situations de grande vulnérabilité, sans prise en charge adaptée.
Les protestataires rappellent également que les personnes en situation de handicap représenteraient environ 16 % de la population haïtienne, tout en demeurant pratiquement absentes des politiques publiques nationales.
Une contestation précoce pour Kesner Romilus
Cette mobilisation représente l’une des premières contestations publiques visant directement la gestion de Kesner Romilus depuis son arrivée à la tête de l’institution.
Le directeur général du FAES avait été installé le mercredi 25 février 2026 lors d’une cérémonie présidée par le ministre de l’Économie et des Finances, Alfred Métellus. À cette occasion, les autorités avaient insisté sur la nécessité de renforcer les programmes sociaux dans un contexte de crise profonde.
Trois mois plus tard, les organisations de défense des personnes handicapées dénoncent au contraire une gestion qu’elles jugent opaque, politisée et incapable de répondre aux besoins des populations les plus vulnérables.
Les responsables du FAES auraient proposé une rencontre avec les représentants des associations pour vendredi prochain. Mais les organisateurs préviennent déjà : en l’absence de réponses concrètes, la mobilisation pourrait s’intensifier dans les prochains jours.

