
Le 14 mars 2018, le photojournaliste haïtien Vladjimir Lagagneur quittait son domicile pour se rendre à Grand-Ravine, un quartier de Martissant alors contrôlé en grande partie par des groupes armés. Il ne réapparaîtra jamais.
Âgé de 30 ans, collaborateur de plusieurs médias haïtiens, Vladjimir Lagagneur travaillait régulièrement sur des sujets liés aux violences urbaines et aux réalités sociales des quartiers populaires. Selon plusieurs organisations de défense de la presse, il aurait effectué ce jour-là un reportage dans la zone de Grand-Ravine.
Huit ans après sa disparition, l’affaire demeure officiellement non résolue. Mais des déclarations récentes du journaliste Rudy Sanon viendraient relancer plusieurs interrogations autour du dossier.
Une disparition devenue emblématique de l’impunité
À l’époque, la disparition de Vladjimir Lagagneur avait provoqué une forte mobilisation dans les milieux journalistiques haïtiens. Des marches avaient été organisées afin d’exiger des explications des autorités judiciaires et policières.
Au fil de l’enquête, plusieurs éléments troublants auraient été révélés : le téléphone portable du journaliste aurait été retrouvé ; son chapeau aurait été récupéré dans la zone ; des ossements humains auraient été découverts à Grand-Ravine ; plusieurs individus liés à des groupes armés auraient été interpellés par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).
Des responsables de la Police nationale d’Haïti avaient effectivement confirmé, en mai 2018, l’arrestation de plusieurs suspects dans le cadre de cette affaire. Cependant, malgré ces avancées initiales, l’enquête semblerait s’être progressivement enlisée, sans conclusion judiciaire publique définitive.
Les déclarations de Rudy Sanon raviveraient les interrogations
Le 15 mai 2026, dans l’émission Se sa nou vle, le journaliste Rudy Sanon aurait évoqué de nouveaux éléments concernant la disparition de Vladjimir Lagagneur.
Selon ses déclarations, plusieurs membres présumés de groupes armés arrêtés à Grand-Ravine par la DCPJ en 2018 auraient affirmé lors de leurs auditions qu’ils étaient présents au moment de la disparition du journaliste, tout en niant avoir participé directement à sa capture ou à son assassinat.
Toujours selon Rudy Sanon, ces individus auraient déclaré aux enquêteurs que, pour obtenir davantage d’informations sur cette affaire, il faudrait interroger le journaliste Guerrier Henry, connu notamment pour l’émission Boukante La Pawòl.
Le journaliste aurait également affirmé que ces suspects auraient soutenu que Guerrier Henry se serait trouvé sur les lieux au moment où Vladjimir Lagagneur aurait été capturé par des hommes armés à Grand-Ravine. Il aurait vu des choses qui pourraient faire avancer l’enquete.
À ce stade, aucune décision de justice publique ne confirmerait ces affirmations rapportées dans l’émission.
Une éventuelle convocation judiciaire qui n’aurait jamais abouti
Selon Rudy Sanon, une convocation aurait été envisagée ou émise à l’époque par le juge Jean Wilner Morin afin d’entendre Guerrier Henry dans le cadre de l’enquête.
Le journaliste affirme cependant que cette procédure aurait ensuite été suspendue sous la présidence de Jovenel Moïse, empêchant ainsi cette audition d’avoir lieu.
Aucune confirmation judiciaire officielle récente ne permet toutefois de vérifier publiquement ces allégations.
Des relations parfois ambiguës entre journalistes et groupes armés
L’affaire Vladjimir Lagagneur soulèverait également des questions plus larges sur les conditions de travail des journalistes dans les zones contrôlées par des groupes armés.
Dans plusieurs quartiers difficiles d’accès, certains reporters seraient contraints d’entretenir des contacts réguliers avec des chefs de gangs ou des intermédiaires afin de pouvoir réaliser des reportages ou obtenir des informations.
Cette proximité pourrait parfois créer des situations ambiguës, voire dangereuses. Selon Rudy Sanon, Vladjimir Lagagneur aurait été accusé d’etre un supposé « agent double », qui collabore à la fois avec des journalistes et avec la police nationale.
Une affaire toujours sans vérité judiciaire
Huit ans après les faits, la disparition de Vladjimir Lagagneur demeurerait l’un des dossiers les plus sensibles concernant la liberté de la presse en Haïti. À ce jour, les autorités judiciaires n’ont toujours pas communiqué publiquement : les résultats définitifs des expertises ADN réalisées sur les ossements retrouvés ; les conclusions complètes de l’enquête ; ni les éventuelles responsabilités pénales établies dans cette affaire.
Dans ce contexte de silence institutionnel, les déclarations récentes de Rudy Sanon risqueraient de raviver les débats, les soupçons et les interrogations autour d’une affaire qui continue de hanter le paysage médiatique haïtien.
Et plus les années passent sans clarification officielle, plus les zones d’ombre autour de la disparition de Vladjimir Lagagneur semblent s’épaissir.

