
La réunion gouvernementale tenue ce jeudi 14 mai autour de la participation d’Haïti à la Coupe du monde 2026, présidée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, illustre une nouvelle fois la priorité donnée à la communication internationale plutôt qu’aux urgences internes du pays.
Autour de la table figuraient notamment la ministre du Tourisme Stéphanie Smith, le ministre des Sports Pythagore Dumas, la ministre des Affaires étrangères Raina Forbin, ainsi que d’autres membres du gouvernement. Officiellement, l’objectif est clair : « valoriser l’image d’Haïti » à travers le sport et le tourisme.
Mais sur le terrain, cette stratégie ressemble surtout à une opération de communication déconnectée des réalités d’un pays en crise profonde.
Une population plongée dans la misère et l’insécurité
Pendant que le gouvernement élabore des plans de visibilité internationale, des milliers de familles vivent toujours dans des camps de fortune à travers le pays, notamment dans la région de Port-au-Prince et dans plusieurs zones touchées par les violences armées.
La situation humanitaire reste dramatique : pauvreté massive, chômage généralisé, effondrement des services publics et insécurité chronique liée à la présence de groupes armés qui contrôlent de larges portions du territoire.
Dans ce contexte, parler de promotion touristique et d’image internationale apparaît pour beaucoup comme une forme de déconnexion politique, voire de démagogie institutionnelle.
Une stratégie de communication qui masque l’absence de politiques publiques
L’idée de « valoriser l’image d’Haïti » à travers des événements internationaux comme la Coupe du monde pose une question fondamentale : quelle image peut réellement être projetée lorsque les conditions de vie de la majorité de la population se détériorent ?
Sans politiques sociales solides, sans relance économique réelle et sans restauration de la sécurité, les initiatives de communication internationale restent largement symboliques.
Dans un pays où des territoires entiers échappent au contrôle de l’État, où les violences armées provoquent des déplacements massifs et où l’économie informelle devient la seule survie pour des millions de personnes, la priorité ne peut être réduite à une stratégie d’image.
Une image internationale déjà durablement fragilisée
Il est illusoire de croire qu’un événement sportif suffira à transformer la perception internationale d’Haïti.
Les pays marqués par des crises prolongées de pauvreté, de sous-développement et d’insécurité ne peuvent améliorer leur image sans transformation structurelle. Tant que les groupes armés continuent d’occuper des territoires, de menacer, de violer et de tuer des civils, la perception extérieure du pays reste inévitablement associée à la violence et à l’instabilité. L’enjeu n’est donc pas de « masquer » la réalité, mais de la traiter.
Des priorités inversées
Pour de nombreux observateurs, cette réunion gouvernementale illustre une inversion des priorités politiques. Alors que la population réclame des mesures urgentes en matière de sécurité, de santé, d’éducation et d’emploi, les autorités semblent concentrées sur des stratégies de communication internationale.
Or, sans stabilité sociale et sans politiques publiques concrètes, les projets de promotion nationale risquent de rester sans effet durable.
Revenir aux fondamentaux de l’action publique
La question centrale demeure inchangée : la reconstruction d’Haïti ne passera pas par des opérations de communication, mais par la mise en place de politiques sociales, économiques et sécuritaires cohérentes, capables de répondre aux besoins immédiats de la population.
Tant que ces fondations ne seront pas établies, les initiatives visant à « embellir l’image du pays » resteront perçues comme déconnectées, voire comme une forme de démagogie politique face à une réalité sociale toujours plus dure.

