Dans une émission diffusée le 11 mai 2026 sur Facebook, le journaliste Rudy Sanon a publiquement mis en cause Yvenert Foeshter Joseph, PDG de Radio Sans Fin (RSF). Accusations de propagande médiatique, soupçons de faveurs financières et règlements de comptes personnels.
Le ton était grave, parfois brutal, souvent personnel. Pendant plusieurs minutes, le journaliste Rudy Sanon a consacré son émission Se Sa Nou Vle, diffusée le 11 mai 2026 sur la page Facebook TEAM RUDY OFFICIEL, à une dénonciation méthodique contre Yvenert Foeshter Joseph, dirigeant de Radio Sans Fin (RSF), média lancé en 2018 et devenu en quelques années une plateforme influente du débat politique haïtien.
Face caméra, Rudy Sanon accuse le patron de RSF d’entretenir un double discours permanent : celui d’un journaliste engagé dans la défense des intérêts nationaux, tout en multipliant, selon lui, les arrangements personnels et les pratiques opaques.
« Se yon bloffeur ou ye, mwen oblije demaske w », lance-t-il en créole, dans une séquence relayée sur les réseaux sociaux.
Derrière l’invective, une accusation centrale : celle d’un mélange assumé entre influence médiatique et intérêts privés.
Selon Rudy Sanon, Yvenert Foeshter Joseph aurait perçu 10 000 dollars américains de la compagnie aérienne Sunrise Airways, tout en bénéficiant de billets gratuits. En contrepartie, affirme le journaliste, Yvenert Foeshter Joseph PDG de RSF utiliserait régulièrement des émissions pour défendre l’entreprise et améliorer son image publique.
Une accusation sensible dans un pays où Sunrise Airways fait l’objet de critiques récurrentes de la part des voyageurs haïtiens : retards, mauvaise gestion du service client, prix élevés et faibles garanties offertes aux passagers.
Pour Rudy Sanon, le problème dépasse la simple proximité entre un média et un annonceur. Il y voit un conflit d’intérêts majeur, incompatible avec les exigences d’indépendance journalistique que revendique pourtant le dirigeant de RSF dans ses prises de parole publiques.
Le journaliste va plus loin encore lorsqu’il évoque les relations entre Yvenert Foeshter Joseph et Pierre Espérance, figure connue du secteur des droits humains en Haïti.
Selon les affirmations avancées durant l’émission, le patron de RSF aurait sollicité l’appui de Pierre Espérance afin d’obtenir des visas Schengen ainsi qu’un financement pour un projet de reportage consacré à la diaspora haïtienne en France. Le coût estimé du projet aurait atteint 65 343 dollars américains. Toujours selon Rudy Sanon, Pierre Espérance aurait refusé d’intervenir dans ces démarches.
Le journaliste interprète dès lors les critiques répétées formulées par Yvenert Foeshter Joseph contre le responsable des droits humains comme une forme de représailles personnelles.
Dans son émission, Rudy Sanon décrit Yvenert Foeshter Joseph, comme un homme « incohérent », qui instrumentaliserait les combats publics, les médias, au gré de ses intérêts privés. Il accuse également le dirigeant de RSF de chercher à mobiliser son influence médiatique pour obtenir privilèges, financements et facilités administratives. Pour appuyer ses accusations, Rudy Sanon a notamment diffusé à l’écran un courrier électronique présenté comme ayant été envoyé par le PDG de RSF, Yvenert Foeshter Joseph, à Pierre Espérance, dans lequel il évoquerait ses démarches liées au projet de reportage.
Une capture d’écran affichée lors de l’émission Ki Sa Nou Vle du 11 mai 2026 par Rudy Sanon.
Mais cette séquence illustre une nouvelle fois les fractures profondes du paysage médiatique haïtien, où rivalités personnelles, engagements politiques, dépendances économiques et conflits d’influence s’entremêlent souvent dans un climat de défiance généralisée.
Dans un pays où les médias jouent un rôle central dans la formation de l’opinion publique, les accusations visant l’indépendance éditoriale d’un dirigeant de presse dépassent largement le cadre d’un simple affrontement entre journalistes. Elles interrogent, plus largement, les rapports entre pouvoir médiatique, financement privé et crédibilité de la parole publique en Haïti.
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.