
Les chiffres publiés par le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) sont implacables. Entre janvier et mars 2026, 1 642 personnes ont été tuées et 745 autres blessées dans le pays. Derrière cette statistique glaçante se dessine surtout le constat d’un effondrement sécuritaire que le gouvernement de Didier Fils-Aimé n’a ni anticipé, ni contenu, ni même réellement affronté.
Le rapport du BINUH ne laisse guère de place à l’ambiguïté : la situation des droits humains demeure « extrêmement préoccupante ». Le représentant spécial des Nations unies en Haïti, Carlos Ruiz Massieu, parle d’une insécurité « quotidienne et intenable » pour la population. Une formulation diplomatique qui masque à peine la réalité : l’État haïtien apparaît aujourd’hui incapable d’assurer sa mission la plus élémentaire, protéger ses citoyens.
Depuis son arrivée à la tête du gouvernement, Didier Fils-Aimé avait pourtant multiplié les déclarations martiales, promettant une reprise en main sécuritaire, une restauration de l’autorité de l’État et une lutte « sans relâche » contre les groupes armés. Quelques mois plus tard, le bilan est désastreux. Non seulement les violences persistent, mais elles s’étendent désormais bien au-delà de Port-au-Prince. L’Artibonite et le Centre deviennent à leur tour des territoires gangrenés par les attaques armées, les déplacements forcés et l’effondrement des institutions locales.
Le pouvoir tente de mettre en avant certaines opérations menées dans le centre-ville de Port-au-Prince. Mais ces « avancées », reconnues du bout des lèvres par le BINUH, ressemblent davantage à des succès de communication qu’à une stratégie cohérente de sécurité publique. Car pendant que le gouvernement revendique quelques zones reprises, les groupes armés déplacent simplement leurs activités vers d’autres régions, révélant l’absence totale de vision nationale.
Cette incapacité traduit surtout l’improvisation chronique du pouvoir Fils-Aimé. Aucune doctrine claire. Aucun renforcement structurel visible de la Police nationale. Aucun plan crédible de renseignement territorial. Aucune réponse durable aux causes politiques, sociales et économiques de l’expansion des gangs. Le gouvernement semble naviguer à vue, alternant annonces spectaculaires et silence embarrassé face aux massacres.
Plus grave encore, l’exécutif paraît avoir sous-estimé la profondeur de la crise. À force de gouverner dans l’urgence médiatique, Didier Fils-Aimé donne le sentiment d’un pouvoir davantage préoccupé par sa survie politique que par la reconstruction d’un appareil sécuritaire fonctionnel. Pendant ce temps, les Haïtiens vivent sous la menace permanente des enlèvements, des exécutions et des affrontements armés.
Les données du BINUH ne sont donc pas de simples statistiques onusiennes. Elles constituent un acte d’accusation politique contre un gouvernement incapable de protéger sa population. En trois mois seulement, plus de 1 600 morts : ce chiffre devrait suffire à provoquer une remise en question profonde au sommet de l’État. Or, aucune inflexion majeure ne semble émerger.
L’échec de Didier Fils-Aimé n’est plus seulement un débat d’opposition ou un slogan militant. Il se mesure désormais en vies perdues, en territoires abandonnés et en institutions paralysées. Derrière chaque victime recensée par le BINUH se lit la faillite d’un pouvoir qui promettait l’ordre et qui laisse aujourd’hui le pays s’enfoncer davantage dans le chaos.

