Le 31 mars dernier, l’avocat et opposant politique André Michel a exprimé publiquement ses inquiétudes concernant l’organisation des prochaines élections en Haïti. Dans un message publié sur le réseau social X, il a évoqué des « doutes raisonnables » quant à la volonté réelle du gouvernement d’aller au bout du processus électoral.
Dans sa publication, il a notamment dénoncé ce qu’il considère comme une mauvaise collaboration entre l’exécutif et l’organe chargé d’organiser les scrutins, le Conseil Électoral Provisoire (CEP). Selon lui, ces tensions risquent de provoquer de nouveaux retards dans la tenue des élections promises par les autorités de transition.
« La mauvaise collaboration entre le Gouvernement et le CEP risque de retarder les élections. Nous avons des doutes raisonnables sur la volonté réelle du Gouvernement de réaliser les élections cette année. Il y a une volonté de faire traîner les choses. Nou pa nan Dyalòg ak GANG. »
À travers ce message, André Michel laisse entendre que le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé pourrait ne pas être pleinement engagé dans l’organisation rapide du scrutin.
Une longue période sans élections
Ces déclarations interviennent dans un contexte politique particulièrement fragile en Haïti. Depuis plusieurs années, le pays fonctionne sans la plupart de ses institutions démocratiques élues.
Les dernières élections générales remontent à 2016. Depuis lors, plusieurs scrutins ont été reportés ou annulés en raison des crises politiques successives, de l’insécurité et des difficultés institutionnelles.
Aujourd’hui, Haïti ne dispose plus d’un Parlement opérationnel : il n’y a plus de députés en fonction et le Sénat n’est plus pleinement constitué. Dans de nombreuses communes, les maires élus ont également quitté leurs fonctions sans être remplacés par de nouvelles autorités issues des urnes.
Le pays est donc dirigé par des responsables nommés dans le cadre d’un gouvernement de transition, mis en place après l’assassinat du président Jovenel Moïse. Cette situation nourrit un profond malaise démocratique chez une partie de la population.
Des élections toujours attendues
Les autorités affirment vouloir organiser des élections afin de rétablir l’ordre constitutionnel et permettre au peuple haïtien de choisir à nouveau ses dirigeants.
Cependant, la grave crise sécuritaire complique fortement l’organisation d’un scrutin. Dans la capitale Port-au-Prince et dans plusieurs régions du pays, des groupes armés contrôlent une partie du territoire, rendant l’organisation logistique des élections extrêmement difficile.
Dans ce contexte, la déclaration d’André Michel reflète les inquiétudes d’une partie de la classe politique et de la société civile. Pour beaucoup d’observateurs, la tenue d’élections crédibles constitue une étape essentielle pour permettre à Haïti de sortir de l’impasse politique dans laquelle le pays est plongé depuis plusieurs années.
Avec son message publié le 31 mars, l’avocat a également réaffirmé sa position ferme face à l’insécurité, résumée par sa formule en créole : « Nou pa nan dyalòg ak gang », affirmant ainsi son opposition à toute négociation avec les groupes armés.
Jean-Robert Augustin est un journaliste engagé et rigoureux, spécialisé dans le traitement de l’actualité nationale et des enjeux sociaux. Passionné par l’information, il s’attache à produire des analyses claires, accessibles et pertinentes pour éclairer le public.