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Où est passé Aviol Fleurant : la fuite invisible d’un ex‑ministre accusé de corruption « grave » par l’ULCC

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Simon Ticehurst, directeur régional d’Oxfam pour l’Amérique Latine et les Caraïbes, lors d’une rencontre avec Aviol Fleurant. Crédit photo :  REUTERS

Port‑au‑Prince, Haïti — Il y a un an, le 17 février 2025, le juge d’instruction Loubens Élysée signait un mandat d’amener contre l’ancien ministre de la Planification et de la Coopération externe, Me Aviol Fleurant, dans une affaire qui avait secoué les institutions haïtiennes : fausse déclaration de patrimoine et enrichissement illicite, entre 2016 et 2018, mis au jour par un rapport accablant de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC).

Le document de l’ULCC, détaillait un patrimoine en explosion : dépôts bancaires supérieurs à 100 millions de gourdes, alors que ses revenus légitimes, sur la période, ne dépassaient pas 29 millions de gourdes. Seize comptes bancaires, certains personnels, d’autres au nom de sa conjointe ou de ses sociétés, des acquisitions immobilières au nom de ses enfants pour près de 75 000 dollars, et une déclaration d’impôts volontairement tronquée.

Un an plus tard, Fleurant demeure introuvable. Aucun signe de vie publique, aucun passage devant la justice, aucun compte-rendu officiel de localisation. Les policiers de la Direction centrale de la police judiciaire n’ont pas encore pu exécuter le mandat. Et si certains soutiens affirment qu’il se cacherait pour des raisons de sécurité, la vérité est beaucoup plus trouble.

Une disparition calculée

Selon nos sources, Fleurant n’a pas simplement fui : il s’agit d’une fuite facilitée par un contexte haïtien où le pouvoir judiciaire est affaibli. Certains documents de l’immigration consultés par notre rédaction laissent entendre qu’il pourrait se trouver à l’étranger, aux USA ou au Canada, bénéficiant d’un réseau de soutien politique et familial. Mais ces informations restent invérifiables et le mystère plane.

À Port‑au‑Prince, ce dossier provoque encore un malaise persistant. Pour des acteurs de la société civile, la fuite de Fleurant cristallise ce que beaucoup dénoncent depuis des années : un système judiciaire impuissant face aux élites. S’interroge un magistrat sous couvert d’anonymat.

« Si la justice ne peut pas traduire un ancien ministre devant les tribunaux, comment croire qu’elle pourra lutter contre la corruption de manière générale ? »

Magistrat

Un symbole de l’impunité

L’affaire Fleurant est un symbole. D’un côté, les preuves matérielles accumulées par l’ULCC, de l’autre, une justice paralysée par des contraintes sécuritaires, institutionnelles et politiques. Entre les deux, un ancien ministre invisible, qui échappe à la loi.

Cette invisibilité nourrit aussi la défiance des citoyens. Sur les réseaux sociaux haïtiens, la disparition de Fleurant est commentée avec un cynisme teinté d’amertume : certains évoquent une fuite à l’étranger financée par ses propres fonds, d’autres, une complicité implicite de certains acteurs du pouvoir pour le protéger. Le silence de l’intéressé et l’échec de la justice n’ont fait qu’alimenter ces spéculations.

Un an après, aucune réponse

Un an après le scandale, la justice haïtienne n’a toujours pas tranché. Les recommandations de l’ULCC, poursuites pour fausse déclaration et enrichissement illicite, restent lettre morte, faute d’une arrestation concrète. La question qui hante les magistrats et les citoyens est simple : où est passé Aviol Fleurant ? Et surtout, quand, et si, la justice pourra enfin le rattraper.

Dans ce dossier, plus que jamais, l’impunité et la corruption se conjuguent, et Fleurant en est devenu l’illustration la plus éclatante. Une disparition physique mais surtout judiciaire, qui illustre l’incapacité de l’État à faire appliquer ses propres lois face aux puissants.

Marie Décius
Marie Décius
Marie Décius est journaliste indépendante basée à Port‑au‑Prince. Elle couvre principalement l’éducation, les droits sociaux et les enjeux politiques en Haïti, avec un regard engagé et proche du terrain.

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