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Qui a vraiment tué Jovenel Moïse ? Le procès s’ouvre à Miami, entre révélations et accusations croisées

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Des soldats portent le cercueil avec le corps du président Jovenel Moise pendant le début de sa cérémonie funéraire aujourd’hui, au Cap-Haïtien, en Haïti, le 23 juillet 2021. © EPA

Alors que les audiences s’ouvrent aux États-Unis, de nouveaux éléments émergent à travers des documents judiciaires et des témoignages déposés devant la cour. Parmi eux figure la déposition d’un ancien militaire colombien impliqué dans l’affaire, qui décrit une nuit marquée par le chaos et affirme que les événements auraient pu être très différents de la version présentée par les autorités.

Un témoignage qui soulève de nouvelles questions

Dans une déposition faite en décembre devant les avocats de la défense, l’ex-soldat colombien Edwin Blanquicet Rodriguez livre sa version des faits concernant les heures qui ont suivi la mort du chef de l’État haïtien.

Il évoque notamment le sort d’un autre ancien militaire colombien, Duberney Capador Giraldo, soupçonné d’avoir joué un rôle clé dans le recrutement des mercenaires ayant participé à l’opération. Selon lui, Capador aurait été exécuté après les événements. Blanquicet a déclaré dans sa déposition, affirmant qu’un haut responsable de la sécurité présidentielle aurait été impliqué dans cette exécution :

« Ils ont tiré une balle dans la tête de Capador pour l’achever »

Ce témoignage fait partie d’un ensemble de près de 1 500 documents versés au dossier dans le cadre d’une enquête américaine sur une conspiration visant à assassiner un chef d’État étranger.

Une stratégie de défense basée sur une autre version des faits

Les avocats des accusés prévoient de défendre l’idée que les anciens soldats colombiens n’avaient pas pour mission d’assassiner le président, mais plutôt de l’arrêter afin de le destituer. Selon cette thèse, le groupe serait arrivé à la résidence présidentielle alors que Moïse était déjà mort.

La défense suggère également que certains membres des forces de sécurité haïtiennes pourraient être impliqués dans l’exécution du président.Blanquicet affirme notamment que les autorités locales n’avaient aucune intention de capturer les Colombiens vivants. A-t-il déclaré :

« L’intention de la police était de tuer tous les Colombiens et de ne laisser aucune preuve »

La version des procureurs américains

Les procureurs fédéraux présentent cependant une lecture très différente des événements. Dans des documents soumis récemment à la justice américaine, ils affirment que la famille du président confirme que les assaillants étaient des hommes hispanophones lourdement armés qui ont pénétré dans la résidence présidentielle avant d’abattre Moïse.

Selon l’accusation, l’ancien militaire colombien Victor Albeiro Pineda Cardona, surnommé « Pipe », aurait été recruté par plusieurs individus basés en Floride, notamment Arcangel Pretel Ortiz, Antonio « Tony » Intriago et Walter Veintemilla. Les enquêteurs soutiennent que Pineda faisait partie de l’équipe dite « Delta », un groupe chargé de pénétrer dans la chambre du président.

Les procureurs affirment également que Pineda et un autre accusé, James Solages, se sont rendus au domicile présidentiel avec une intention claire. Ils s’y seraient rendus « dans l’objectif de tuer le président ».

Les analyses balistiques présentées par l’accusation renforceraient cette thèse. « Les preuves balistiques confirment ces faits », ont déclaré les procureurs :

« Des balles ou fragments de balles provenant de Moïse et de son épouse Martine Moïse correspondent à un fusil d’assaut AR-15 appartenant aux mercenaires colombiens, en particulier à l’équipe dite “Delta”. »

Des accusations contre la police haïtienne

Dans son témoignage, Blanquicet décrit également la traque menée par les autorités haïtiennes après l’assassinat. Selon lui, les forces de l’ordre auraient volontairement retardé l’opération visant à arrêter les suspects. Il affirme que la chasse à l’homme n’aurait commencé qu’environ douze heures après la mort du président, survenue vers 1 h 30 du matin. Au moment où la police aurait finalement lancé l’opération, il dit être désarmé et chercher un endroit où se cacher. « Ils avaient des fusils… Il y a même eu une attaque avec des grenades », a-t-il déclaré. L’ancien militaire affirme également qu’il aurait tenté de se rendre volontairement :

« Si on nous l’avait demandé, nous nous serions tous rendus. Ils ne voulaient pas que nous nous rendions. »

Une arrestation marquée par la violence

Blanquicet raconte qu’après avoir demandé à un civil de prévenir la police afin de se rendre, la situation aurait rapidement dégénéré. Selon lui, les forces de l’ordre n’auraient pas cherché à le protéger. « La police est arrivée, mais elle ne m’a offert aucune protection », a-t-il déclaré. Il affirme même que les autorités auraient laissé la foule s’en prendre à lui.

« En réalité, la police a déchaîné la population contre moi. »

L’ancien soldat dit avoir été gravement blessé lors de l’attaque, recevant notamment de nombreux coups de machette. Il affirme avoir subi des dizaines de blessures, dont dix-sept à la main, ainsi qu’une fracture du crâne. Ces accusations viennent alimenter des plaintes déjà déposées concernant de possibles violations des droits humains contre les suspects colombiens détenus en Haïti.

L’hypothèse d’un piège

Dans sa déposition, Blanquicet évoque également la possibilité que le groupe ait été manipulé afin de porter la responsabilité du crime. Il explique que lorsqu’ils approchaient de la résidence présidentielle située dans le quartier Pèlerin 5 à Pétion-Ville, certains éléments lui ont paru suspects. Selon lui, des coups de feu auraient été entendus avant même l’arrivée du groupe. « J’ai trouvé cela étrange parce qu’ils étaient en formation de combat », a-t-il raconté après avoir vu plusieurs individus quitter une maison à proximité.

Il affirme également avoir remarqué la présence d’un drone survolant la zone. Peu après, dit-il, les membres du groupe colombien se seraient retrouvés pris dans une embuscade en redescendant la montagne.

« Tout semblait avoir été planifié à l’avance », a-t-il déclaré. « C’était comme une mise en scène, comme du théâtre. »

Un procès crucial pour comprendre l’assassinat

Le procès qui s’ouvre à Miami pourrait permettre d’apporter des réponses à l’un des crimes politiques les plus marquants de l’histoire récente d’Haïti.

Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse dans sa résidence privée en juillet 2021, l’enquête a impliqué des suspects dans plusieurs pays, dont Haïti, la Colombie et les États-Unis. Les audiences à venir devraient mettre en lumière les responsabilités individuelles, mais aussi les réseaux financiers et politiques qui auraient contribué à l’organisation de l’attaque. Cependant, malgré les nouvelles révélations et les nombreux témoignages, une question demeure au cœur de cette affaire : qui a réellement planifié l’assassinat du président haïtien ?

Sherley Francois
Sherley Francois
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.

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