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Prisons, locations de bâtiments et milliards engagés : les contrats signés par le ministre Patrick Pélissier qui interrogent

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Port-au-Prince — Le 15 décembre 2025, l’État haïtien a signé une convention de concession d’une durée de cinquante ans avec la société Metric Facility S.A., en partenariat avec Metric Management Inc. et Transcaribbean Energy Partners & Consulting S.A.. Au cœur de cette signature : le ministre de la Justice Patrick Pélissier, qui a apposé son nom sur un contrat dont les implications financières pourraient dépasser six milliards de dollars pour l’État haïtien.

Présenté comme un projet de modernisation du système carcéral, l’accord prévoit la construction et l’exploitation de trois établissements pénitentiaires modernes à Source Matelas (Arcahaie), Morne Casse (Fort-Liberté) et Pasquette (Jacmel). Mais plusieurs clauses de la convention soulèvent aujourd’hui des interrogations sur la manière dont les intérêts de l’État haïtien ont été défendus dans cette négociation.

Un contrat signé par Patrick Pélissier pour 50 ans

La convention a été signée pour Haïti par Patrick Pélissier, ministre de la Justice, et Alfred Fils Metellus, ministre de l’Économie et des Finances, avec l’approbation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.

En signant cet accord, Patrick Pélissier accepte d’engager l’État haïtien dans une concession d’une durée de cinquante ans, un horizon extrêmement long pour un projet financé en grande partie par des ressources publiques.

Le contrat confie au concessionnaire Metric Facility S.A. la mission de concevoir, financer, construire, exploiter et entretenir les trois prisons prévues par la convention.

Un projet de 85 millions… qui pourrait coûter plus de 6 milliards

Selon la convention signée par Patrick Pélissier, la construction des trois établissements pénitentiaires est évaluée à 85,4 millions de dollars américains. Mais la structure financière du contrat signé par Patrick Pélissier pourrait générer des paiements beaucoup plus élevés pour l’État haïtien.

La convention prévoit notamment que : Haïti paiera 22 dollars par détenu et par jour ; ces paiements seront effectués pendant cinquante ans ; le contrat garantit une occupation minimale de 75 % des prisons, même si les détenus ne sont pas effectivement présents.

En appliquant ces conditions sur la durée du contrat, les projections financières évoquent un montant total pouvant dépasser 6 milliards de dollars.

Patrick Pélissier signe un contrat où l’État supporte l’essentiel des risques

Autre point notable : selon les termes de l’accord signé par Patrick Pélissier, le concessionnaire n’est tenu d’apporter qu’environ 25 % du financement initial du projet. Le reste pourrait être financé par des emprunts bancaires garantis par l’État haïtien, via une lettre de crédit émise par la Banque de la République d’Haïti (BRH).

Dans ce schéma, l’État haïtien assume : la garantie des emprunts, les paiements journaliers pour les détenus, et l’occupation minimale garantie des établissements.

Autrement dit, le risque financier principal repose sur les finances publiques de l’Etat Haïtien, alors que la firme étrangère bénéficie d’un flux de revenus assuré pendant plusieurs décennies.

Le précédent du Tribunal de Première Instance

Les critiques concernant les décisions contractuelles de Patrick Pélissier ne se limitent pas à ce projet pénitentiaire. La rapport de la Fondation Je Klere publié ce 4 mars, a particulièrement dénoncé les contrats de location signés pour loger le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince.

Dans le rapport de la fondation FJKL, elle amène pour preuve : le contrat de loyer signé pour la location d’une propriété sise au numéro 7 de la rue Violette, Fragneau-Ville, pour loger le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince.

Selon la fondation, l’immeuble qui n’a aucune salle pouvant servir de salle d’audience situé dans un corridor et qui ne dispose pas d’espace pour plus de cinq bureaux coûte à l’État haïtien six cent soixante-cinq mille gourdes (665,000.00 gdes) par mois alors que l’immeuble situé au no. 26, Puits Blain 24, Impasse Léon Laleau, commune de Pétion-Ville logeant la Cour d’Appel de Port-au-Prince), loué par le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) et qui est trois fois plus grand que l’immeuble logeant le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince) coûte à l’État haïtien un montant inférieur à celui dépensé pour le tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, soit quatre cent soixante-cinq mille cinq cents gourdes (465,500.00 Gdes) par mois. La Fondation Je Klere insiste :

Il faut visiter les deux immeubles pour voir visiblement que l’immeuble du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince est clairement un cas classique de surfacturation ; Dommage que l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) ne s’intéresse pas à ces questions.

Un débat sur la défense des intérêts de l’État

Avec la signature du contrat pénitentiaire de cinquante ans, Patrick Pélissier se retrouve aujourd’hui au centre d’un débat sur la gestion des grands engagements financiers de l’État haïtien. Pour certains analystes, la structure de ce contrat pourrait faire peser un poids considérable sur les finances publiques pendant plusieurs décennies.

Mais une question demeure au cœur des critiques : dans la négociation de ces contrats, l’État haïtien obtient-il réellement les meilleures conditions possibles ?

Et dans cette équation, le rôle joué par Patrick Pélissier dans la signature de ces accords reste aujourd’hui au centre des interrogations.

Marie Décius
Marie Décius
Marie Décius est journaliste indépendante basée à Port‑au‑Prince. Elle couvre principalement l’éducation, les droits sociaux et les enjeux politiques en Haïti, avec un regard engagé et proche du terrain.

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