
Port-au-Prince / Oaxaca, 27 février 2026. — L’État d’Oaxaca, au sud du Mexique, est secoué par un drame qui soulève de graves questions sur la protection des migrants. Les autorités judiciaires mexicaines ont annoncé, le 24 février, la découverte des corps sans vie de deux fillettes haïtiennes dans une citerne située à l’intérieur du centre Casa Hogar Patos, un établissement géré par l’agence publique DIF-Oaxaca, chargée de l’encadrement des familles.
Les deux victimes, âgées de 4 et 5 ans selon le rapport de police, avaient été portées disparues peu de temps après leur admission dans ce centre présenté comme un lieu sûr pour migrants.
Face à cette tragédie, le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR) a exprimé ses sympathies à la famille endeuillée et exigé l’ouverture d’une enquête approfondie afin d’établir les responsabilités.
Une migration en forte expansion depuis dix ans
Ce drame s’inscrit dans un contexte migratoire beaucoup plus large. Depuis une décennie, la migration haïtienne connaît une expansion sans précédent, alimentée par l’insécurité armée, l’effondrement économique, l’instabilité politique et les catastrophes naturelles.
Selon les données du Migration Policy Institute, près de 146 000 Haïtiens ont été interceptés à la frontière sud des États-Unis entre 2020 et 2023. Au Mexique, les Haïtiens ont figuré parmi les principales nationalités demandant l’asile en 2023, avec plus de 44 000 demandes enregistrées en une seule année.
Mais ces chiffres traduisent surtout une réalité plus dure : le parcours migratoire haïtien est marqué par des abus répétés. Des organisations comme Amnesty International ont documenté des expulsions massives, détentions arbitraires, traitements dégradants et pratiques discriminatoires, notamment à la frontière américano-mexicaine. En République dominicaine, des centaines de milliers d’Haïtiens ont été expulsés ces dernières années, parfois dans des conditions dénoncées par les Nations unies.
C’est dans ce contexte de vulnérabilité extrême que des familles, comme celle des deux fillettes d’Oaxaca, cherchent refuge dans des centres supposés garantir leur sécurité.
Un centre censé protéger
Selon le procureur général de l’État d’Oaxaca, une enquête est en cours et deux responsables du centre ont été licenciés. Toutefois, aucune responsabilité pénale n’a encore été formellement établie.
La mère des deux fillettes avait été admise au centre de transit pour migrants avec ses enfants, dans l’espoir d’y trouver protection. Quelques jours après la disparition des petites, leurs corps ont été retrouvés dans une fosse septique située dans l’enceinte même de l’établissement.
Des organisations mexicaines telles que Instituto para las Mujeres en la Migración (IMUMI), EDUCA et Rosario Castellanos ont dénoncé de graves négligences. La fosse septique ne disposait d’aucune structure de sécurité et échappait au contrôle du personnel. Des signalements antérieurs faisaient également état d’abus, de rationnement alimentaire et de fraudes dans la gestion des aides sociales dans des centres administrés par la DIF-Oaxaca.
Des défaillances graves et des responsabilités à établir
Pour le GARR, la mort des deux enfants révèle un échec majeur des mécanismes de protection.
Le centre devait être un espace sécurisé pour une mère et ses enfants en quête d’une vie meilleure. Au lieu de cela, il est devenu le théâtre d’un drame qui pose des questions fondamentales sur la supervision des structures d’accueil pour migrants.
La plateforme de plaidoyer appelle l’État haïtien, à travers le Ministère des Affaires étrangères, à garantir un accompagnement juridique à la famille afin qu’elle obtienne justice, ainsi qu’un soutien moral et psychologique.
Au-delà du cas d’Oaxaca, cette tragédie met en lumière la vulnérabilité persistante des migrants haïtiens dans les pays de transit. Alors que les flux migratoires continuent d’augmenter, la protection des enfants migrants reste un défi majeur, et parfois tragiquement non relevé.

