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390 morts à Cité Soleil et Croix-des-Bouquets : le naufrage sécuritaire du pouvoir Fils-Aimé confirmé par l’ONU

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Les morts s’accumulent, le pouvoir parle encore de “reprise en main”

Les chiffres tombent désormais comme des bulletins de guerre. Selon le rapport des Nations unies, au moins 390 personnes ont été tuées entre le 6 mars et le 16 mai dans les affrontements armés qui ravagent Cité Soleil et Croix-des-Bouquets. Des civils abattus chez eux. D’autres exécutés en tentant de fuir. Des familles dispersées. Des quartiers incendiés. Des femmes victimes de violences sexuelles utilisées comme instrument de terreur.

Et pendant que les corps s’accumulent, le gouvernement de Didier Fils-Aimé continue de parler d’opérations sécuritaires, de dispositifs renforcés et de restauration progressive de l’autorité de l’État. Mais, ce langage officiel ne correspond plus à la réalité.

À Cité Soleil, le pouvoir Fils-Aimé ne protège plus personne

À mesure que les affrontements s’intensifient, une évidence s’impose : le gouvernement n’est plus capable d’assurer sa fonction la plus élémentaire : protéger la population.

Les Nations unies décrivent une situation où les civils deviennent eux-mêmes des cibles. Certaines victimes auraient été accusées de collaborer avec des factions rivales avant d’être exécutées. D’autres ont été touchées à l’intérieur même de leurs maisons. Dans plusieurs quartiers, les habitants ne cherchent plus à comprendre qui contrôle quoi. Ils cherchent seulement à fuir.

Le chiffre donné par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) est vertigineux : plus de 10 000 personnes déplacées en quelques jours. Des familles entières dorment désormais dans des sites improvisés, des écoles abandonnées ou des communautés déjà saturées.

Le récit gouvernemental s’effondre face aux faits

Depuis son arrivée au pouvoir, Didier Fils-Aimé a construit une grande partie de sa communication autour de la question sécuritaire. Ses discours de la semaine dernière promettaient une reconquête progressive des territoires perdus, une montée en puissance des forces de sécurité, un retour de l’autorité publique.

Mais les faits racontent une autre histoire. Actuellement, à Cité Soleil et Croix-des-Bouquets : les gangs poursuivent leurs offensives ; les quartiers brûlent ; les déplacements massifs augmentent ; les services publics s’effondrent.

Les Nations unies parlent de 87 maisons et bâtiments publics incendiés. Des centres de santé paralysés. Des écoles perturbées. Des activités économiques détruites. Et surtout, une situation qui demeure “volatile” malgré les opérations sécuritaires annoncées par le gouvernement. Autrement dit : l’État intervient, mais ne contrôle pas.

Une capitale qui bascule dans l’épuisement humanitaire

Le plus inquiétant est peut-être ailleurs : dans la normalisation progressive de la catastrophe. À Port-au-Prince, l’effondrement sécuritaire produit désormais un effondrement humanitaire. Selon l’ONU, seulement 11 % des unités d’hospitalisation de la région métropolitaine restent pleinement fonctionnelles. Ce chiffre suffit à mesurer l’état réel du pays.

Des déplacés arrivent dans des structures incapables de les accueillir. Les services de santé manquent de moyens. Les organisations humanitaires alertent, encore. Et les autorités continuent de gouverner dans une logique d’urgence permanente, sans stratégie visible capable d’inverser la situation.

Alix Didier Fils-Aimé face à son propre bilan

Le gouvernement ne peut plus se réfugier uniquement derrière l’héritage du passé ou la complexité historique de la crise haïtienne. Après plusieurs mois à la tête du pays, Didier Fils-Aimé doit désormais répondre d’un bilan sécuritaire qui se dégrade. Les chiffres des Nations unies donnent une matérialité brutale à cet échec : 390 morts ; plus de 10 000 déplacés ; des violences sexuelles utilisées comme arme ; des quartiers détruits ; un système de santé presque à l’arrêt.

Ce ne sont plus seulement des opposants au pouvoir qui dénoncent l’effondrement sécuritaire. Ce sont désormais les institutions internationales elles-mêmes qui documentent l’incapacité de l’État à protéger sa population.

Gouverner ou administrer le chaos ?

La question qui traverse désormais Port-au-Prince est simple : le gouvernement contrôle-t-il encore réellement la situation, ou se contente-t-il de gérer les conséquences d’un pays qui s’effondre ? Car à mesure que les gangs avancent, que les déplacés s’entassent et que les services publics disparaissent, une autre réalité apparaît : le pouvoir semble courir derrière la crise sans jamais parvenir à la contenir.

Le plus grave est peut-être là. Dans cette impression croissante d’un État qui ne prévient plus les catastrophes, mais les constate après coup. Et dans cette Haïti où les rapports de l’ONU ressemblent de plus en plus à des comptes rendus de guerre, le discours officiel sur le “retour progressif de la sécurité” sonne désormais comme une formule déconnectée d’un pays qui continue, chaque jour, de basculer davantage dans le chaos.

Sherley Francois
Sherley Francois
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.

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