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120 jours de transition, zéro résultat : l’Opposition plurielle réclame le départ de Fils-Aimé le 7 juin

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Les dirigeants de l’opposition plurielle lors d’une conférence de presse tenue le mercredi 03 mai à Port-au-Prince.

Port-au-Prince, 4 juin 2026 — Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé traverse une nouvelle zone de turbulences politiques. À l’approche du cap symbolique des 120 jours à la tête de la transition, le regroupement politique Opposition plurielle a dressé, mercredi à Port-au-Prince, un bilan sévère de l’action gouvernementale.

Pour l’Opposition plurielle, le constat est sans appel : le gouvernement Fils-Aimé a échoué sur ses missions essentielles. Sécurité, élections, retour à l’ordre constitutionnel, fonctionnement des institutions, accès aux soins et à l’éducation : autant de dossiers sur lesquels les critiques s’accumulent.

À leurs yeux, l’exécutif ne se contente pas d’être inefficace ; il serait en train de créer les conditions d’une confiscation politique de la transition.

Des règles électorales jugées excluantes

Le coordonnateur national de l’Opposition plurielle, Me Rodol Pierre, a particulièrement dénoncé les nouvelles conditions imposées aux formations politiques souhaitant participer aux prochaines élections. L’obligation de disposer d’un nombre très élevé de membres et les frais d’inscription sont perçus par la plateforme comme des barrières destinées à écarter une partie de la classe politique du jeu électoral.

Pour Me Rodol Pierre, ces mesures constituent une menace directe contre le pluralisme. Il rappelle que la loi sur les partis politiques fixe déjà les conditions de fonctionnement et de participation des organisations politiques à la vie démocratique.

En d’autres termes, le gouvernement n’aurait pas à ajouter de nouvelles contraintes susceptibles de limiter artificiellement la concurrence politique.

Cette critique est lourde de sens dans un pays où la crise de légitimité des institutions demeure profonde. Dans un contexte de transition, toute modification des règles du jeu électoral est susceptible d’être interprétée comme une manœuvre politique.

En imposant de nouvelles exigences aux partis, l’exécutif prend le risque d’apparaître non pas comme un arbitre impartial du processus électoral, mais comme un acteur cherchant à contrôler l’accès aux urnes.

L’article 149 brandi contre le gouvernement

L’Opposition plurielle appelle également à l’application de l’article 149 de la Constitution de 1987, présenté par ses dirigeants comme une étape indispensable pour revenir à l’ordre constitutionnel. Selon Me Rodol Pierre, l’application de cette disposition permettrait de restaurer la crédibilité des institutions publiques et de sortir d’une transition devenue, aux yeux de ses détracteurs, politiquement illisible.

Le président du regroupement, Jeantel Joseph, a pour sa part rappelé que le délai de 120 jours constitue, selon lui, une limite politique majeure pour un gouvernement de transition chargé d’organiser des élections. Il affirme que le 7 juin prochain marquera ce cap pour Alix Didier Fils-Aimé et estime que le Premier ministre doit en tirer les conséquences en quittant le pouvoir.

Ce point est au cœur du discours de l’Opposition plurielle : le gouvernement avait pour mission de conduire le pays vers les élections, mais il n’aurait pas été capable de créer les conditions minimales du scrutin.

Pour ses adversaires, l’absence de progrès électoral n’est pas un simple retard administratif ; elle traduit l’échec global d’une transition qui s’éternise sans résultats concrets.

La sécurité, symbole de l’échec gouvernemental

Au-delà des questions institutionnelles, c’est surtout le dossier sécuritaire qui cristallise les critiques. Jeantel Joseph accuse le gouvernement de ne pas avoir rétabli la sécurité sur le territoire national. Il insiste notamment sur la situation de l’Artibonite, où l’insécurité continue de frapper durement les habitants et de perturber la vie quotidienne.

L’Opposition plurielle voit dans cette dégradation un signe manifeste de l’incapacité de l’État à protéger la population. Dans plusieurs zones du pays, les citoyens vivent sous la menace permanente des groupes armés, tandis que les institutions publiques semblent incapables d’assurer leur mission première : garantir la sécurité des vies et des biens.

Écoles fermées, hôpitaux paralysés : l’État en recul

L’Opposition plurielle ne limite pas son réquisitoire à la politique et à la sécurité. Elle dénonce également la détérioration des services de base dans plusieurs régions, notamment dans les départements de l’Ouest, du Centre et de l’Artibonite. Ses dirigeants évoquent la fermeture d’écoles et de centres hospitaliers, qu’ils présentent comme la conséquence directe de l’incapacité du gouvernement à répondre aux besoins essentiels de la population.

Jeantel Joseph cite notamment la situation de l’Hôpital général et de l’hôpital de Mirebalais pour illustrer, selon lui, l’effondrement du système de santé. Dans un pays déjà frappé par une crise humanitaire profonde, la paralysie des structures sanitaires constitue un signal alarmant.

Lorsque les écoles ferment, lorsque les hôpitaux ne fonctionnent plus normalement, lorsque les familles sont contraintes de fuir la violence, c’est l’idée même d’un État protecteur qui s’effondre.

Le gouvernement peut multiplier les annonces, mais pour ses opposants, la réalité quotidienne des citoyens reste marquée par la peur, la précarité et l’abandon. La transition, censée ouvrir une voie vers la stabilité, donne au contraire l’image d’un pouvoir dépassé par les urgences.

Le Conseil électoral au cœur des accusations

Autre grief majeur : l’Opposition plurielle accuse Alix Didier Fils-Aimé de s’être attaqué à l’indépendance du Conseil électoral. Selon Jeantel Joseph, les décisions du gouvernement auraient réduit l’autonomie de cette institution appelée à jouer un rôle central dans l’organisation des prochaines élections.

Dans un contexte aussi fragile, toute remise en cause de l’indépendance électorale alimente la suspicion. Une élection crédible ne peut se tenir que si les acteurs politiques et les citoyens ont confiance dans l’arbitre électoral.

Or, pour l’Opposition plurielle, cette confiance est aujourd’hui menacée par les choix du gouvernement.

Appel à la mobilisation le 7 juin

Face à ce qu’elle considère comme une impasse politique, l’Opposition plurielle appelle la population à se mobiliser le 7 juin pour exiger le départ d’Alix Didier Fils-Aimé. Jeantel Joseph invite les citoyens à défendre leurs droits, la souveraineté nationale et les acquis démocratiques du pays.

De son côté, Reginald Dume appelle la Police nationale à rejoindre la population dans cette mobilisation contre le Premier ministre. Cet appel traduit le niveau de tension politique qui entoure désormais le gouvernement.

L’Opposition plurielle ne se contente plus de critiquer : elle cherche à transformer son rejet du pouvoir en dynamique de rue.

Un gouvernement sous pression

Après 120 jours, le gouvernement Fils-Aimé se retrouvera donc confronté à une contestation frontale. L’Opposition plurielle l’accuse d’avoir failli à sa mission de transition, d’avoir aggravé la crise sécuritaire, d’avoir laissé les services publics se dégrader et d’avoir compromis la crédibilité du processus électoral.

Le pouvoir peut encore défendre son bilan, rappeler ses contraintes et invoquer la complexité de la crise haïtienne. Mais une chose est désormais claire : pour une partie de l’opposition, Alix Didier Fils-Aimé n’incarne plus une solution transitoire. Il est devenu, à leurs yeux, l’un des symboles d’un État en panne, incapable de protéger, de soigner, d’éduquer et d’organiser le retour à la démocratie.

Le 7 juin pourrait ainsi devenir un test politique majeur. Non seulement pour le Premier ministre, mais aussi pour la capacité du pays à sortir d’une transition qui, jour après jour, semble perdre en légitimité.

Marie Décius
Marie Décius
Marie Décius est journaliste indépendante basée à Port‑au‑Prince. Elle couvre principalement l’éducation, les droits sociaux et les enjeux politiques en Haïti, avec un regard engagé et proche du terrain.

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