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Suppression des passeports diplomatiques : la colère des ASECs face au gouvernement Fils-Aimé

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Port-au-Prince, 9 juillet 2026. — Devant la Primature, à Musseau, des membres de l’Association des ASECs de la Zone métropolitaine, accompagnés de délégués de ville, ont organisé un sit-in pour dénoncer la suppression du passeport diplomatique dont bénéficiaient les ASECs et les délégués de ville. Les protestataires réclament le rétablissement de ce privilège, contestent la légitimité du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et appellent même à la mise en place d’un gouvernement bicéphale.

Derrière cette mobilisation, il ne s’agit pas seulement d’un conflit autour d’un document de voyage. C’est une question politique plus profonde qui se pose : qui l’État haïtien reconnaît-il comme digne de représentation institutionnelle ? Et surtout : pourquoi la rigueur administrative frappe-t-elle les représentants locaux, alors que les scandales de passeports diplomatiques et officiels se multiplient depuis des années dans les sphères du pouvoir ?

Une réforme présentée comme morale, mais politiquement ciblée

Le gouvernement affirme vouloir encadrer plus strictement l’émission, l’obtention et l’utilisation des passeports diplomatiques et officiels. Le décret, publié dans l’édition spéciale n° 32-A du journal officiel Le Moniteur du 11 juin 2026 et signé le 2 juin par Alix Didier Fils-Aimé, vise officiellement à lutter contre les abus dans un contexte où le pouvoir législatif est inopérant, selon Un nouveau décret renforce le contrôle des passeports diplomatiques et officiels en Haïti.

Le texte prévoit que le passeport diplomatique soit réservé à une trentaine de catégories, notamment le président de la République, son épouse et ses enfants, le Premier ministre, les ministres, les parlementaires, les magistrats de la Cour de cassation, les agents diplomatiques en poste à l’étranger et les anciens chefs d’État. Le passeport officiel, lui, serait réservé aux hauts fonctionnaires, aux élus locaux, aux officiers des forces armées et de la police, ainsi qu’aux boursiers de l’État en mission à l’étranger, selon Un nouveau décret renforce le contrôle des passeports diplomatiques et officiels en Haïti.

Sur le papier, l’objectif peut sembler défendable : mettre fin à l’anarchie, empêcher les usages frauduleux, retirer les documents lorsque la fonction ou la mission qui les justifie disparaît. Le décret prévoit même que, sauf exceptions pour les plus hautes autorités, les détenteurs doivent remettre leur passeport à l’inspecteur d’immigration à leur retour en Haïti, et que l’usage illicite peut entraîner un à trois ans d’emprisonnement ainsi qu’une amende d’un à trois millions de gourdes, selon Un nouveau décret renforce le contrôle des passeports diplomatiques et officiels en Haïti.

Mais c’est précisément là que surgit le problème politique : la moralisation de l’État ne peut pas être sélective. Elle ne peut pas commencer par retirer une reconnaissance symbolique aux élus de proximité tout en maintenant, élargissant ou tolérant les privilèges des plus puissants.

Les ASECs, petits représentants sacrifiés d’un État centralisé

Les responsables de l’AAME estiment que la suppression du passeport diplomatique porte atteinte à la reconnaissance institutionnelle des représentants des collectivités territoriales. Ils rappellent que les ASECs et les délégués de ville jouent un rôle important dans la gouvernance locale, et considèrent le passeport diplomatique comme une reconnaissance de leurs fonctions, selon Des ASECs protestent contre la suppression du passeport diplomatique par le gouvernement.

On peut discuter de l’opportunité d’accorder un passeport diplomatique à des élus locaux. Mais dans un pays où la décentralisation reste largement inachevée, où les collectivités territoriales sont souvent méprisées par l’État central, cette décision apparaît comme un signal politique : le sommet conserve ses privilèges, la base est sommée de rentrer dans le rang.

La question n’est pas de défendre un privilège pour le privilège. Elle est de dénoncer une hiérarchie institutionnelle profondément inégalitaire : les représentants locaux, souvent plus proches des quartiers, des sections communales, des déplacés, des citoyens ordinaires, sont privés d’un symbole de reconnaissance, pendant que les élites politico-administratives continuent de bénéficier d’avantages protégés par décret.

Les scandales prouvent que le problème n’est pas l’ASEC, mais l’impunité au sommet

Le gouvernement justifie sa réforme par la lutte contre les abus. Mais les scandales récents montrent que les dérives ne viennent pas d’abord des élus locaux. Elles sont liées à des réseaux, à des pressions politiques et à des failles majeures dans l’appareil d’État.

En juillet 2024, Liné Balthazar, président du PHTK, avait dénoncé des pressions exercées par un conseiller présidentiel sur un fonctionnaire de l’État pour délivrer un passeport diplomatique à un individu ne remplissant pas les critères requis. Selon cette source, le fonctionnaire aurait été menacé afin d’accorder un privilège diplomatique injustifié, normalement réservé aux hauts fonctionnaires et aux diplomates en mission officielle.

C’est ici que l’argument des ASECs prend une force politique particulière. Si des personnes sans qualité institutionnelle peuvent obtenir ou tenter d’obtenir un passeport diplomatique par pression, menace ou influence, alors le problème n’est pas l’existence d’un document attribué aux représentants locaux.

Autre affaire révélatrice : en janvier 2025, Scandale diplomatique : Plus de 1 500 passeports haïtiens saisis par le Département de la Sécurité Intérieure des États-Unis rapportait que plus de 1 500 passeports haïtiens avaient été saisis par les autorités américaines après avoir été retrouvés dans une valise appartenant à un individu interpellé. La même source précise que ces passeports avaient été transférés au consulat d’Haïti à Miami et que leur non-remise rapide à la Direction de l’Immigration et de l’Émigration soulevait des questions sur les mécanismes de contrôle.

Ces affaires disent une chose simple : le scandale n’est pas que des ASECs réclament un passeport diplomatique ; le scandale est qu’un État incapable de garantir l’intégrité de ses documents officiels choisisse de faire la leçon aux élus locaux plutôt que de nettoyer ses propres circuits de corruption.

Une crise de reconnaissance territoriale

Le mouvement de l’AAME, annoncé par son président Elizer Duré comme le début d’une série d’actions, révèle donc une crise plus large : celle de la reconnaissance des collectivités territoriales dans un État haïtien historiquement centralisé, vertical et capturé par les élites. Elizer Duré a affirmé que la mobilisation se poursuivra jusqu’à ce que les autorités répondent aux revendications, selon Des ASECs protestent contre la suppression du passeport diplomatique par le gouvernement.

Au fond, la question posée devant la Primature dépasse le passeport. Elle touche au droit constitutionnel, aux droits civiques, à la transparence gouvernementale et à la place des collectivités dans la reconstruction démocratique d’Haïti.

Si le pouvoir veut vraiment moraliser l’usage des passeports diplomatiques, qu’il commence par le sommet. Qu’il explique pourquoi des individus ne remplissant pas les critères requis auraient pu être favorisés. Qu’il rende des comptes sur les passeports retrouvés à l’étranger. Qu’il poursuive les réseaux. Qu’il cesse d’accorder des privilèges à vie aux puissants pendant qu’il retire des signes de reconnaissance aux représentants locaux.

Car dans une démocratie digne de ce nom, la transparence ne doit pas être une arme contre les faibles. Elle doit être une exigence imposée d’abord aux puissants.

Marie Décius
Marie Décius
Marie Décius est journaliste indépendante basée à Port‑au‑Prince. Elle couvre principalement l’éducation, les droits sociaux et les enjeux politiques en Haïti, avec un regard engagé et proche du terrain.

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