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« Minneapolis ouvre une nouvelle phase de la lutte de classe aux États-Unis »

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Entretien avec Antonio Balmer, des Revolutionary Communists of America

Minneapolis : le point de départ d’un soulèvement ouvrier inédit

Quelle est la signification politique de la lutte contre l’ICE au Minnesota ?

Cette mobilisation est inédite dans l’histoire des Etats-Unis. Le pays n’avait jamais connu un tel niveau d’auto-organisation et d’initiative des masses, sans aucune direction politique. L’initiative est venue de la classe ouvrière, à travers les comités de voisinage créés dans les quartiers ouvriers, mais aussi sur les lieux de travail. Les travailleurs se sont mis à discuter de comment défendre leurs voisins et leurs collègues contre l’ICE. Le mouvement a pris de l’ampleur, et a fini par culminer en une grève générale.

Il y avait déjà eu des mobilisations de masse par le passé. Minneapolis était d’ailleurs l’épicentre des manifestations pour George Floyd en 2020. Mais l’ampleur de ce mouvement et son niveau de conscience sont inédits. Ils annoncent une nouvelle ère dans la lutte des classes aux Etats-Unis.

La grève générale du 23 janvier : un tournant historique

Quel a été le rôle de la grève générale du 23 janvier ?

Cette grève a marqué un tournant. C’était la première grève générale depuis 1946 aux Etats-Unis, et même depuis 1934 à Minneapolis. Autrement dit, plusieurs générations avaient passé sans même que l’idée d’une grève générale ne soit soulevée. Jusqu’à présent, le simple fait de prononcer le mot « grève » paraissait très radical. Mais le 23 janvier, la grève générale politique de Minneapolis a fait les gros titres et ce mot est entré dans le vocabulaire de millions de travailleurs. Au prochain grand mouvement, la prochaine fois que des masses de gens voudront se battre contre une injustice, ils sauront que cette arme existe. Ils sauront qu’ils peuvent faire comme à Minneapolis.

La classe ouvrière a commencé à agir en tant que classe, car la grève générale est une méthode de lutte de classe. Dans les petites entreprises, beaucoup de salariés ont forcé leurs employeurs à fermer boutique le 23 janvier.

En revanche, les dirigeants syndicaux n’ont pas appelé à la grève. Ils ont appelé les salariés à prendre un jour de congé s’ils le pouvaient, à s’arranger avec leur patron, mais pas à paralyser Minneapolis. Ils n’ont pas organisé la grève dans les plus grandes entreprises, ce qui aurait permis d’aller plus loin. De fait, cette journée d’action était un grand pas en avant, mais il y avait clairement moyen d’étendre la lutte encore davantage.

Des personnalités comme l’acteur Edward Norton, des artistes, des musiciens, ont appelé à étendre la grève à l’échelle nationale. Au-delà de ces personnalités, des millions de gens dans le pays observaient ce qui se passait à Minneapolis et ont vu qu’il était possible de riposter aux attaques de l’ICE.

Une barrière psychologique s’est écroulée. Auparavant, si vous avanciez l’idée d’une grève générale, les gens répondaient que c’était de l’histoire ancienne, que c’était ce qu’on faisait dans les années 1930-40, mais que ça ne fonctionnait plus comme ça aujourd’hui. Ce préjugé a été battu en brèche. Désormais, les gens savent que c’est possible.

Les communistes révolutionnaires au cœur de l’organisation

Comment nos camarades sont-ils intervenus à Minneapolis ?

Les militants de nos cellules de Minneapolis et Saint Paul sont intervenus sur les lieux de travail menacés par l’ICE. Ils ont discuté avec les salariés pour les aider à établir des plans d’autodéfense, dans une variante particulière de contrôle ouvrier. Ils les ont encouragés à se lier avec les autres entreprises en lutte, et ont aidé à transmettre l’expérience d’une entreprise à l’autre. Ils ont défendu notre programme révolutionnaire, en expliquant que seule la classe ouvrière était capable de paralyser la ville et de faire reculer Trump. Ils ont aussi mis en avant l’exemple de la grève générale de 1934 à Minneapolis, qui l’a emporté précisément parce qu’elle était dirigée par des communistes.

Mais à ce stade, notre travail consiste avant tout à recruter ceux qui veulent étendre la lutte jusqu’à une transformation radicale de la société. Beaucoup de gens sont en train de tirer des conclusions révolutionnaires. Dans le froid glacial des manifestations de janvier, nos camarades ont rencontré des travailleurs qui ne s’étaient jamais considérés comme des militants jusque-là, et qui se sont soudainement ouverts aux idées communistes, à la perspective de la guerre de classe pour le renversement du capitalisme.

Une onde de choc dans tout le pays

Quel a été l’écho du mouvement dans le reste du pays ?

Il y a eu des manifestations de solidarité : à Seattle, des milliers de gens se sont rassemblés le 23 janvier pour soutenir la grève générale, puis de nouveau le week-end suivant. Nos camarades rapportent que la foule chantait des slogans contre l’ICE de part et d’autre de la ville – dans le métro, dans les gares, et sur le chemin pour aller à la manifestation. Pareil à Philadelphie. A New York, le 23 janvier, la manifestation de solidarité a réuni plus de 10 000 personnes. Le cortège de nos camarades a attiré beaucoup de monde. Les gens nous posaient des questions, voulaient savoir ce qui se passait à Minneapolis et ce qu’ils pouvaient faire pour étendre le mouvement.

Pendant quelques jours, Minneapolis a concentré l’attention du pays tout entier. Les images du mouvement inondaient les réseaux sociaux. Et tout le monde a vu Trump reculer sous la pression du mouvement des masses, en remplaçant Gregory Bovino et Kristi Noem, les principaux responsables des provocations de l’ICE à Minneapolis, et en annonçant le retrait de 700 agents. Les leçons ont été tirées. La prochaine fois que Trump tentera d’envoyer l’ICE dans une ville, pour détourner l’attention du marasme économique ou de l’affaire Epstein, la classe ouvrière saura qu’elle peut déclencher un nouveau Minneapolis.

Vers une radicalisation durable de la société américaine

Comment les camarades de la section américaine de l’ICR, les Revolutionary Communists of America, envisagent-ils les suites du mouvement ?

Au printemps 2024, quand nous avons fondé notre parti, nous observions qu’une fraction croissante de la jeunesse et des travailleurs s’orientait vers le communisme, qui n’apparaissait plus comme une idée « anti-américaine ». C’était déjà un grand pas en avant. Mais depuis, ce processus s’est accéléré. L’idée de la lutte des classes, de la guerre de classe, devient une perspective concrète. Les gens veulent riposter aux attaques de la classe dirigeante.

Ces jours-ci, avec l’affaire Epstein, les gens sont en train de découvrir le niveau de dépravation des milliardaires qui nous dirigent. Des millions de travailleurs perdent leurs illusions dans le système et cherchent à le renverser. Les images de Minneapolis leur indiquent la voie. C’est un progrès remarquable pour la lutte des classes, que nous devons étudier attentivement, car il donne une idée de ce qui nous attend. D’ailleurs, quand les historiens du futur écriront l’histoire de la révolution socialiste américaine, je suis sûr que l’introduction parlera des événements de Minneapolis.

Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin est un journaliste engagé et rigoureux, spécialisé dans le traitement de l’actualité nationale et des enjeux sociaux. Passionné par l’information, il s’attache à produire des analyses claires, accessibles et pertinentes pour éclairer le public.

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