Dans un message publié lundi 13 juillet sur son compte X, André Michel, le dirigeant du Secteur démocratique et populaire (SDP) dresse un constat particulièrement sévère de la transition politique et du processus électoral en Haïti. La publication, mise en ligne à 11 h 30 et créditée de 1 100 vues sur la capture d’écran transmise, affirme notamment : « Nous sommes le 13 juillet ! Aucune disposition pour les élections ! Pacte national volé en éclats. Complication de la situation humanitaire et sécuritaire, gouvernance partisane. »

Dans ce message, André Michel met directement en cause le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé. Le responsable politique rappelle que le chef du gouvernement avait présenté 2026 comme l’année de la sécurité et des élections. Il conclut son intervention par une formule « Échec total ! » avant d’appeler à « redresser le processus électoral ».
Un calendrier officiel fortement fragilisé
La déclaration intervient dans un contexte où la tenue des élections générales en 2026 reste entourée d’incertitudes. Le calendrier publié par le Conseil électoral provisoire avait initialement retenu le 30 août 2026 pour le premier tour des élections présidentielle et législatives, puis le 6 décembre pour un éventuel second tour et les élections des collectivités territoriales. Ce calendrier a cependant toujours été présenté comme dépendant de plusieurs conditions, notamment la sécurité, le financement, la logistique et la capacité des institutions électorales à intervenir sur l’ensemble du territoire.
En mai 2026, Alix Didier Fils-Aimé avait lui-même reconnu que le scrutin ne pourrait vraisemblablement pas se tenir en août. Le Premier ministre disait alors souhaiter le lancement du premier tour avant la fin de l’année, afin de permettre l’installation d’un président élu le 7 février 2027. Il conditionnait cette perspective à une amélioration préalable de la situation sécuritaire, estimant qu’il serait irresponsable de demander aux électeurs de se rendre aux urnes s’ils risquaient d’être attaqués par des groupes armés.
Certaines étapes du programme électoral ont également pris du retard. Le suivi du calendrier fait notamment état du report de l’inscription des électeurs, initialement prévue entre avril et juin 2026.
D’autres opérations, comme l’enregistrement des candidatures, le recrutement des membres des bureaux de vote ou l’accréditation des mandataires des partis, demeuraient à confirmer ou à suivre au début du mois de juillet.
Une concertation politique vivement contestée
Le 4 juillet, plusieurs forces politiques et sociales, dont le SDP représenté par André Michel, avaient signé un communiqué contestant la version du gouvernement concernant les consultations organisées autour du décret électoral du 2 juin. Les signataires affirmaient ne pas avoir été invités à participer à ces échanges et reprochaient à l’exécutif d’avoir consulté un groupe restreint d’organisations présentées comme proches du pouvoir.
Le communiqué estimait que ces rencontres ne pouvaient pas être assimilées à « une véritable consultation nationale ». Ses auteurs faisaient état de préoccupations relatives au manque d’inclusivité du processus, à l’absence de garanties de transparence et à la dégradation des conditions de vie. Ils accusaient également le gouvernement de privilégier un cercle politique restreint au détriment d’un dialogue plus large. Ces éléments correspondent aux déclarations des organisations signataires et ne constituent pas, en eux-mêmes, une démonstration indépendante de partialité du gouvernement.
La référence, dans le tweet de Me André Michel, à un « Pacte national volé en éclats » s’inscrit dans cette contestation de la méthode de concertation.
L’insécurité demeure le principal obstacle
Au-delà de la polémique politique, la sécurité reste le facteur déterminant. Le gouvernement et le CEP reconnaissent eux-mêmes que les opérations électorales ne peuvent se dérouler normalement sans garanties minimales pour les électeurs, le personnel électoral et le transport du matériel. Le 8 juillet, Alix Didier Fils-Aimé annonçait par ailleurs la venue prochaine d’une délégation de la CARICOM chargée d’évaluer les progrès réalisés en matière de sécurité ainsi que l’état des préparatifs électoraux.
À ce stade, le tweet de André Michel traduit donc une rupture politique et une défiance profonde envers la conduite de la transition. Il ne signifie pas qu’aucune activité électorale n’existe. Il souligne en revanche une question qui reste entière : les opérations administratives engagées peuvent-elles aboutir à un scrutin crédible dans les délais annoncés, alors que l’inscription des électeurs a été reportée et que les conditions sécuritaires ne sont toujours pas considérées comme réunies ?

