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Sécurité : après la réunion d’urgence du 8 février de Alix Didier Fils-Aimé, l’État toujours absent face aux gangs

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Port-au-Prince. — Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le 08 février 2026, en sa qualité de président du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), convoquait en urgence les responsables sécuritaires du pays. Objectif annoncé : mettre en place un « plan d’urgence » pour combattre les gangs armés et reprendre le contrôle du territoire. La communication officielle promettait une mobilisation totale des forces de l’État, aucune trêve, aucun répit, et une riposte décisive contre les groupes criminels.

Plusieurs semaines après cette annonce solennelle, le constat sur le terrain est implacable : la situation sécuritaire demeure catastrophique, et les promesses n’ont pas été suivies d’effets visibles.

Une annonce martiale, sans résultats concrets

La note gouvernementale du 08 février 2026, parlait de « frapper fort », de « reprendre le contrôle du territoire » et de faire « changer la peur de camp ». Pourtant, dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, les zones stratégiques restent sous la coupe de coalitions armées bien connues.

À ce jour, aucune opération d’envergure n’a été présentée publiquement comme ayant permis la reconquête complète d’un quartier stratégique. Aucun chef de gang de premier plan n’a été annoncé comme capturé dans le cadre de ce prétendu plan d’urgence. Aucune saisie majeure d’armes lourdes n’a été communiquée pour démontrer un affaiblissement réel des capacités de feu des groupes armés.

Une insécurité toujours plus enracinée

Les enlèvements, les attaques contre les axes routiers et les déplacements forcés de populations se poursuivent. Des milliers de familles vivent encore dans des sites de fortune, à Port-au-Prince, à Pétion-ville, etc. Les écoles ferment régulièrement, les hôpitaux fonctionnent sous tension, et l’économie urbaine reste paralysée dans plusieurs zones.

Pour de nombreux observateurs et acteurs de la société civile, la réunion du CSPN du 8 février s’apparente davantage à un exercice de communication qu’à un véritable tournant stratégique. Les déclarations martiales n’ont pas été suivies d’un plan transparent détaillant les moyens humains, financiers et logistiques réellement engagés.

Un problème politique avant d’être seulement sécuritaire

Du point de vue d’une analyse critique, la crise actuelle ne relève pas uniquement d’un déficit opérationnel. Elle interroge la responsabilité politique de l’État et les liens troubles qui ont historiquement existé entre certains secteurs du pouvoir et des groupes armés utilisés comme instruments de contrôle territorial ou électoral.

Sans rupture nette avec ces pratiques, sans enquête indépendante sur le financement et l’armement des gangs, et sans assainissement réel des institutions judiciaires et policières, les annonces d’« éradication » restent des slogans.

Plusieurs organisations populaires soulignent que la sécurité ne peut être dissociée de la justice sociale : chômage massif des jeunes, abandon des quartiers populaires, absence de services publics, impunité chronique. Tant que ces facteurs structurels ne sont pas affrontés, la militarisation ponctuelle ne produit que des effets temporaires, voire nuls.

Entre rhétorique et réalité

Le 8 février, le gouvernement affirmait que « la peur doit changer de camp ». Dans les quartiers les plus exposés, ce sont pourtant encore les habitants qui vivent dans la crainte quotidienne. Les routes stratégiques restent sous menace, les marchés ferment au moindre affrontement, et les déplacements sont conditionnés par les rapports de force entre groupes armés.

À défaut de résultats tangibles, territoires repris, chefs de gangs arrêtés, armes saisies, réseaux financiers démantelés, la réunion d’urgence du CSPN apparaît aujourd’hui comme un moment symbolique, sans traduction concrète sur le terrain.

Dans un pays où Alix Didier Fils-Aimé peine à exercer son autorité sur la propre capitale, la question demeure entière : au-delà des communiqués et des réunions d’urgence, quand viendra une stratégie cohérente, transparente et réellement orientée vers la protection des plus vulnérables ?

Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin est un journaliste engagé et rigoureux, spécialisé dans le traitement de l’actualité nationale et des enjeux sociaux. Passionné par l’information, il s’attache à produire des analyses claires, accessibles et pertinentes pour éclairer le public.

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