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Foire de la Diaspora : la démagogie de la ministre du Tourisme Stéphanie Smith

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Mme Stéphanie Smith, a rencontré, le mercredi 21 octobre 2026, la responsable de la Police touristique Politour Madame Aucelie ROCK. CP : Facebook – Ministère du Tourisme

Port-au-Prince, 23 octobre 2026 — À l’approche de la Foire de la Diaspora, prévue les 6 et 7 novembre au Cap-Haïtien, le ministère du Tourisme met en avant le renforcement de la Police touristique (Politour), l’amélioration de l’accueil à l’aéroport international du Cap-Haïtien et le projet de recrutement de cinquante agents supplémentaires. Une initiative qui se veut rassurante, mais qui soulève une question fondamentale : à quoi bon promouvoir la destination Haïti si les Haïtiens de l’étranger ne peuvent pas rentrer librement dans leur pays, retrouver leurs proches et circuler en sécurité sur le territoire national ?

La rencontre du 21 octobre entre la ministre du Tourisme, Stéphanie Smith, et la responsable de la Politour, Aucelie Rock, s’inscrit dans les préparatifs de cet événement censé rapprocher Haïti de sa diaspora. Sur le papier, le renforcement du dispositif de sécurité touristique paraît pertinent. Mais dans un pays où l’insécurité constitue l’un des principaux obstacles à la mobilité, à l’investissement et au retour des ressortissants de l’étranger, cette annonce donne surtout l’impression d’une réponse partielle à une crise beaucoup plus profonde.

Une communication ministérielle déconnectée des préoccupations de la diaspora ?

La diaspora haïtienne ne se résume pas à une clientèle potentielle qu’il faudrait accueillir dans un aéroport, orienter vers des sites touristiques ou séduire à l’occasion d’une foire. Elle est composée de parents, de frères, de sœurs, d’enfants et de citoyens qui entretiennent des liens affectifs, familiaux, économiques et culturels avec leur pays d’origine.

Pour beaucoup, la priorité n’est pas de participer à un événement promotionnel au Cap-Haïtien. Elle est de pouvoir atterrir en Haïti sans craindre pour sa sécurité, rejoindre sa commune d’origine, rendre visite à ses parents, assister à des funérailles, retrouver ses enfants ou simplement passer quelques jours dans sa maison familiale.

Le véritable enjeu n’est donc pas seulement d’accueillir la diaspora à l’aéroport, mais de lui permettre de rejoindre sa famille, où qu’elle se trouve dans le pays.

Un visiteur qui arrive au Cap-Haïtien doit-il se sentir en sécurité uniquement entre les murs de l’aéroport et les lieux retenus pour les activités officielles ? Qu’en est-il de celui qui souhaite se rendre dans le Nord-Est, dans le Grand Sud ou dans une autre région où les déplacements peuvent être compliqués par l’insécurité, les barrages, les risques d’enlèvement ou la présence de groupes armés ?

C’est précisément sur ces questions que le ministère devrait apporter des réponses concrètes.

La démagogie du discours face aux réalités du terrain

En annonçant le renforcement de la Politour à l’approche de la Foire de la Diaspora, la ministre Stéphanie Smith prend le risque de donner à une question de sécurité publique une dimension essentiellement événementielle et communicationnelle.

Le terme de démagogie peut ici être employé pour dénoncer le décalage entre les annonces rassurantes et les attentes réelles de la population, sans préjuger des intentions personnelles de la ministre. Car annoncer des mesures, organiser des rencontres institutionnelles et multiplier les communications officielles ne suffit pas à démontrer que la sécurité des citoyens s’améliore.

La présence de policiers touristiques dans un aéroport est utile. Mais elle ne saurait remplacer une stratégie nationale de sécurité permettant aux citoyens de se déplacer sans peur. De même, l’installation envisagée d’un détachement permanent de la Politour au siège du ministère peut contribuer à la coordination institutionnelle, mais elle ne répond pas directement aux inquiétudes des familles qui craignent pour leurs proches et leurs biens.

La question est simple : quelles garanties concrètes seront offertes aux membres de la diaspora qui souhaitent quitter le Cap-Haïtien pour rejoindre d’autres régions du pays ? Quels mécanismes permettront de sécuriser leurs déplacements ? Quelles mesures seront prises pour protéger leurs maisons, leurs commerces, leurs terres et leurs autres propriétés en leur absence ou lors de leur retour ?

Sur ces préoccupations essentielles, le communiqué ministériel reste silencieux.

La diaspora veut retrouver ses proches et protéger ses biens

Il faut cesser de considérer la diaspora uniquement sous l’angle des transferts d’argent, du tourisme et des investissements potentiels. Depuis des années, les Haïtiens vivant à l’étranger contribuent à la survie économique de nombreuses familles par leurs transferts financiers. Ils participent également à la construction de maisons, au financement des études, à la création d’entreprises et au soutien de projets communautaires.

Pourtant, nombreux sont ceux qui hésitent à rentrer, non par manque d’attachement à Haïti, mais parce qu’ils redoutent les conditions de sécurité, les difficultés de déplacement et les risques auxquels leurs proches et leurs biens peuvent être exposés.

Certains se demandent s’ils pourront rejoindre leur commune sans danger. D’autres craignent de retrouver leur maison occupée, endommagée ou dépouillée, ou de ne pas pouvoir protéger leurs investissements en raison de l’absence de mécanismes suffisamment efficaces de prévention et de recours.

Une foire, aussi bien organisée soit-elle, ne dissipera pas ces inquiétudes à elle seule. Pour convaincre la diaspora de revenir, il faut lui offrir davantage que des discours : il faut des conditions de sécurité vérifiables, des services publics accessibles et des institutions capables de protéger les citoyens sans distinction.

La diaspora ne demande pas un traitement de faveur. Elle demande de pouvoir exercer des droits fondamentaux : rentrer chez elle, circuler, retrouver sa famille et jouir de ses biens en toute sécurité.

Cinquante agents supplémentaires : une annonce qui appelle des précisions

Le projet de recrutement de cinquante agents supplémentaires au sein de la Politour mérite également d’être examiné avec rigueur. Cette perspective peut représenter un apport utile, mais elle soulève plusieurs interrogations auxquelles le ministère devrait répondre.

Quel est le calendrier de ce recrutement ? Quel budget y sera consacré ? Où ces agents seront-ils déployés ? Quelle formation recevront-ils ? Disposeront-ils de véhicules, de moyens de communication et d’équipements adaptés à leurs missions ? Enfin, comment leur efficacité sera-t-elle évaluée ?

Sans informations précises sur les ressources, les délais, les responsabilités et les résultats attendus, une annonce de recrutement demeure une intention, et non la preuve d’une amélioration effective de la sécurité.

Il faut également rappeler que la Politour, par sa vocation spécialisée, ne peut à elle seule résoudre l’ensemble des problèmes de sécurité du pays. La protection des sites touristiques doit s’inscrire dans une politique plus large, coordonnée avec la Police nationale d’Haïti, les autorités judiciaires, les responsables territoriaux et les autres institutions concernées.

Faire croire, même indirectement, qu’un renforcement de la police touristique suffirait à restaurer la confiance des visiteurs et des ressortissants de l’étranger serait une simplification dangereuse d’un problème complexe.

Promouvoir le tourisme sans rétablir la sécurité : une contradiction majeure

La promotion touristique ne peut durablement réussir sans un minimum de sécurité, de stabilité et de prévisibilité. Un pays ne peut raisonnablement espérer attirer des visiteurs, encourager les retours familiaux et stimuler les investissements si les déplacements entre ses régions restent perçus comme risqués.

La stratégie touristique doit donc dépasser les opérations ponctuelles organisées autour des grands événements. Elle doit intégrer la sécurité des axes routiers, l’accessibilité des destinations, la protection du patrimoine, la qualité des services, la fiabilité des transports et la capacité des institutions à intervenir en cas de menace.

La Foire de la Diaspora pourrait constituer une occasion de présenter un plan cohérent de rétablissement de la confiance. Encore faudrait-il que les autorités profitent de cette tribune pour annoncer des mesures mesurables, plutôt que de se limiter à des intentions générales.

Le ministère devrait notamment préciser les objectifs de déploiement de la Politour, les zones prioritaires, les moyens financiers mobilisés, les dispositifs de coordination avec les autres forces de sécurité et les mécanismes permettant de rendre compte des résultats obtenus.

Il serait également pertinent de consulter les associations de la diaspora, les opérateurs touristiques, les organisations locales et les familles concernées afin de définir les obstacles les plus urgents au retour et à la circulation des ressortissants.

La réussite de la Foire ne se mesurera pas au nombre de discours

La Foire de la Diaspora ne doit pas devenir une simple vitrine institutionnelle destinée à donner l’image d’un pays prêt à accueillir ses ressortissants alors que les conditions réelles de leur retour restent préoccupantes.

Sa réussite devrait être évaluée à l’aune de résultats concrets : amélioration de l’accueil à l’aéroport, accès sécurisé aux destinations, protection des visiteurs, information fiable sur les conditions de déplacement et engagements crédibles en faveur de la sécurité sur l’ensemble du territoire.

La ministre Stéphanie Smith a l’occasion de démontrer que son action dépasse la communication institutionnelle. Pour cela, elle doit présenter des objectifs clairs, des moyens vérifiables et un mécanisme de suivi permettant à la population de juger les résultats.

Car le véritable rapprochement entre Haïti et sa diaspora ne se décrète pas lors d’une foire. Il se construit lorsque les citoyens vivant à l’étranger peuvent revenir sans crainte, retrouver leurs parents, visiter leurs terres, accéder à leurs maisons et circuler dans leur pays sans avoir le sentiment de mettre leur vie en danger.

En définitive, la diaspora n’a pas seulement besoin d’être accueillie : elle a besoin de pouvoir rentrer chez elle. Tant que cette exigence fondamentale ne sera pas au cœur de l’action publique, les annonces de renforcement de la sécurité touristique risqueront de ressembler davantage à une opération de communication qu’à une réponse à la hauteur des attentes des Haïtiens de l’étranger.

Le défi du ministère du Tourisme n’est donc pas simplement de promouvoir Haïti. Il est de contribuer, dans les limites de ses responsabilités et en coordination avec les institutions compétentes, à créer les conditions qui permettront aux Haïtiens de l’étranger de retrouver leur pays autrement que pour un événement ponctuel : en citoyens libres de rentrer, de circuler, de retrouver leurs proches et de vivre dignement sur la terre de leurs origines.

Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin est un journaliste engagé et rigoureux, spécialisé dans le traitement de l’actualité nationale et des enjeux sociaux. Passionné par l’information, il s’attache à produire des analyses claires, accessibles et pertinentes pour éclairer le public.

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