Une crise sécuritaire et humanitaire qui s’aggrave
Port-au-Prince, le 20 septembre 2026. La Coalition des Forces Républicaines (CFR), regroupant 44 partis et organisations politiques, a publié une déclaration particulièrement critique sur l’état du pays. Face à la montée des violences armées, à la multiplication des enlèvements et à l’aggravation de la crise humanitaire, la coalition affirme que la situation nationale atteint un niveau de gravité sans précédent. Selon le document, plus de 1,6 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays tandis que plus de 6,5 millions d’Haïtiens seraient confrontés à l’insécurité alimentaire.
La CFR estime que l’expansion du contrôle exercé par les groupes armés sur une grande partie de la région métropolitaine compromet sérieusement les perspectives de stabilité et rend difficile l’organisation d’élections crédibles dans les délais annoncés.
Le gouvernement de transition dans le viseur
Au cœur de cette prise de position, la coalition adresse de vives critiques au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. La CFR considère que le chef du gouvernement n’a pas rempli la mission principale qui lui avait été confiée : restaurer un climat de sécurité permettant la tenue d’élections libres, honnêtes et démocratiques avant la fin de l’année 2026.
L’organisation reproche également au Premier ministre d’avoir créé sa propre plateforme politique alors qu’il dirige la transition. Selon elle, cette initiative remet en question le principe de neutralité qui devait guider l’action gouvernementale et risque d’altérer la confiance des acteurs politiques ainsi que celle de la société civile dans le processus électoral.
Pour la coalition, cette situation crée un déséquilibre majeur dans la compétition politique, dans la mesure où le chef du gouvernement dispose déjà de moyens étatiques importants.
Une transition jugée fragilisée
La CFR affirme que la transition est aujourd’hui profondément affaiblie par les tensions politiques et les divergences croissantes entre les principaux acteurs du pays. Elle estime que la perte de confiance observée au sein de la classe politique et de nombreux secteurs de la société civile menace directement le calendrier électoral et les objectifs fixés par les accords de transition.
Dans ce contexte, la coalition indique participer aux différentes initiatives de dialogue engagées entre organisations politiques et acteurs de la société civile afin de rechercher une issue consensuelle à la crise.
Des critiques sur la représentation d’Haïti à l’ONU
La déclaration de la CFR revient également sur le déplacement du Premier ministre à la 81e Assemblée générale des Nations unies. Selon la coalition, la perte de confiance dont il ferait l’objet au sein de plusieurs secteurs du pays soulève la question de sa légitimité politique pour représenter la nation sur la scène internationale. Cette position marque une nouvelle étape dans la détérioration des relations entre le gouvernement de transition et une partie importante de l’opposition politique.
Quatre propositions pour sauver le processus électoral
Face à la crise actuelle, la Coalition des Forces Républicaines avance plusieurs recommandations destinées à relancer le processus électoral et à rétablir la confiance entre les différentes parties prenantes. Parmi les principales propositions figurent :
1. Une gouvernance politique plus équilibrée
La coalition réclame la mise en place d’une gouvernance de transition jugée plus rassurante et inclusive afin de garantir la crédibilité du processus électoral.
2. La sécurisation du territoire
Elle demande le déblocage et la sécurisation des routes nationales avant toute échéance électorale, estimant que la libre circulation des citoyens constitue une condition essentielle à l’exercice du droit de vote.
3. Le maintien du Conseil électoral provisoire
La CFR souhaite conserver l’actuelle structure électorale afin d’éviter de nouveaux retards et de permettre la finalisation du processus engagé.
4. Un sommet politique international
Enfin, la coalition propose l’organisation d’un sommet réunissant les autorités haïtiennes, les forces politiques et la société civile, sous l’observation de la CARICOM, de l’ONU, de l’OEA et de l’OIF. L’objectif serait de définir de nouvelles modalités de gouvernance, d’examiner le calendrier électoral et d’apporter des garanties supplémentaires quant à la transparence du processus.
Un nouvel épisode de la crise politique haïtienne
À quelques mois de l’échéance électorale annoncée, cette prise de position de la Coalition des Forces Républicaines met en lumière les profondes divisions qui traversent la transition haïtienne. Entre l’insécurité persistante, les difficultés humanitaires et les controverses politiques, les conditions nécessaires à l’organisation d’élections consensuelles demeurent au centre des préoccupations. La CFR appelle désormais à une concertation nationale afin d’éviter une aggravation de la crise et de préserver les perspectives de retour à un ordre institutionnel stable.

