
Le Conseil électoral provisoire (CEP) a publié, ce lundi 27 juillet 2026, le calendrier officiel des opérations électorales pour la période 2026-2027. Dans une note de presse référencée CEP/DC/028-2526, l’institution électorale fixe au 13 décembre 2026 le premier tour de l’élection présidentielle, des élections législatives ainsi que la ratification populaire des changements proposés à la Constitution. Le second tour de la présidentielle et des législatives, accompagné des élections pour les collectivités territoriales, est programmé au 21 février 2027.
Cette publication met officiellement des dates sur un processus électoral attendu depuis plusieurs années. Toutefois, le communiqué du CEP comporte une réserve majeure qui fragilise immédiatement la portée de cette annonce. L’institution précise que le respect des échéances dépendra de « l’établissement d’un climat sécuritaire acceptable » et de la disponibilité des ressources financières nécessaires à la poursuite des opérations électorales.
Par cette formulation, le CEP reconnaît que le calendrier publié n’est pas une garantie de tenue du scrutin. L’institution électorale peut fixer les dates, organiser les inscriptions, recevoir les candidatures et préparer les opérations de vote. Mais elle ne dispose ni de la force publique ni des moyens politiques permettant de reprendre les territoires contrôlés par les gangs. En conditionnant explicitement son calendrier à l’amélioration de la sécurité, le CEP renvoie donc la balle au gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Cette réserve agit également comme une clause de précaution. En cas de report, le CEP pourra rappeler qu’il avait, dès le 27 juillet, averti publiquement que les conditions nécessaires n’étaient pas encore réunies.
La responsabilité politique d’un éventuel échec pèsera alors principalement sur l’exécutif, chargé de garantir la sécurité, la circulation sur le territoire et le financement du processus.
Un calendrier déjà rattrapé par l’insécurité
Le doute est d’autant plus sérieux que les opérations préparatoires rencontrent déjà des obstacles. Le lancement des inscriptions électorales dans plusieurs départements n’a pas concerné l’Ouest, en raison des contraintes sécuritaires. Or, ce département comprend Port-au-Prince et constitue l’un des principaux bassins de population électorale du pays.
Comment prétendre organiser une élection nationale, inclusive et crédible si les électeurs de la capitale ne peuvent pas être enregistrés normalement ? Comment déployer les bureaux de vote dans les quartiers contrôlés par les gangs ? Comment garantir la circulation des candidats, des mandataires, des observateurs et du matériel électoral ? Comment empêcher les groupes armés d’intimider les citoyens ou d’influencer le vote dans les territoires placés sous leur domination ?
Ces questions restent sans réponse dans la note du CEP. Le 20 juillet 2026, soit seulement une semaine avant la publication du calendrier, les Nations unies alertaient sur le fait que les gangs ne cherchaient plus uniquement à conquérir des territoires. Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, ils tentent désormais de contrôler les institutions et les artères économiques dont dépendent les populations. Ils dominent des routes commerciales, des circuits d’approvisionnement et plusieurs points de passage stratégiques, tandis que leur influence s’étend à l’essentiel de Port-au-Prince.
Dans ces conditions, la publication d’un calendrier ne suffit pas à produire une élection. Elle établit une succession d’échéances administratives, mais ne rétablit ni l’autorité de l’État ni la liberté de circulation nécessaire à une compétition démocratique.
Fils-Aimé face à son échec sécuritaire
Depuis son installation à la Primature, Alix Didier Fils-Aimé présente le rétablissement de la sécurité et l’organisation des élections comme les priorités de son gouvernement. Pourtant, malgré les annonces, l’exécutif n’a pas encore démontré sa capacité à reprendre durablement le contrôle des zones dominées par les groupes armés.
Le bilan humanitaire illustre cette impuissance. En mai 2026, l’Organisation internationale pour les migrations évaluait à environ 1,47 million le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Plus de 300 000 personnes déplacées étaient recensées dans la seule zone métropolitaine de Port-au-Prince, dont 18 000 ayant fui les violences à Cité Soleil.
Cette réalité pose un problème électoral immédiat. Où voteront les citoyens ayant abandonné leur domicile ? Seront-ils inscrits dans leur commune d’origine ou dans leur lieu d’accueil ? Comment actualiser les listes électorales alors que des familles continuent à se déplacer ? Comment garantir aux personnes installées dans des camps le même accès au vote qu’aux citoyens vivant dans des zones relativement épargnées ?
Le gouvernement ne peut pas se contenter de promettre que les élections auront lieu. Il doit présenter un plan opérationnel détaillant les territoires à sécuriser, les axes routiers à rouvrir, les bureaux de vote à protéger et les dispositions prévues pour les personnes déplacées.
Une campagne électorale sous la menace des gangs
La sécurité électorale ne se limite pas à la surveillance des bureaux le jour du vote. Une élection libre suppose que tous les candidats puissent circuler, organiser des réunions, rencontrer les électeurs et présenter leur programme sans devoir négocier leur passage avec des groupes armés.
Sans reprise effective des territoires, certains candidats pourraient être empêchés de faire campagne dans plusieurs quartiers, tandis que d’autres pourraient bénéficier d’accords locaux ou de protections particulières. Une telle situation créerait une compétition déséquilibrée et placerait une partie de la campagne sous l’influence des gangs.
Le CEP affirme vouloir conduire un processus inclusif, impartial et respectueux des principes d’indépendance, de transparence et de responsabilité démocratique. Mais ces principes resteront théoriques si l’État n’est pas capable de garantir l’égalité d’accès au territoire et la liberté politique.
Le 13 décembre, une date plus politique qu’opérationnelle
La publication du calendrier constitue une étape institutionnelle importante. Elle ne prouve cependant pas que les élections pourront se tenir aux dates annoncées. En conditionnant lui-même le respect des échéances à la sécurité et au financement, le CEP installe officiellement le doute au cœur de son calendrier.
À moins de cinq mois du premier tour, l’État ne contrôle toujours pas pleinement le territoire, les inscriptions électorales ne peuvent pas se dérouler normalement dans l’Ouest et près de 1,5 million de personnes ont été déplacées par la violence. Le gouvernement Fils-Aimé dispose désormais de dates à respecter, mais il n’a pas encore créé les conditions permettant de les transformer en véritable scrutin national.
Le CEP a donc rempli la partie la plus facile de sa mission : publier un calendrier. La tâche la plus difficile revient désormais à Alix Didier Fils-Aimé. Si le gouvernement ne parvient pas à rétablir rapidement un minimum de sécurité, le 13 décembre 2026 risque de rejoindre la longue liste des rendez-vous électoraux annoncés, puis abandonnés. Les dates sont désormais connues ; la possibilité réelle de voter, elle, demeure profondément incertaine.

