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29 ans du PNCS : une messe, des discours, mais toujours pas de bilan

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Le coordonnateur général du PNCS, Lucson Philemond, le directeur de cabinet Wilson Joseph ainsi que plusieurs cadres de l’institution.

Le Programme national de cantines scolaires a célébré son anniversaire dans une église de Delmas. Mais derrière les prières et les discours de circonstance, aucune évaluation chiffrée n’a été présentée sur la qualité des repas, la régularité des distributions, les infrastructures construites ou l’état nutritionnel des élèves. Après près de trois décennies d’existence, l’alimentation scolaire haïtienne reste largement dépendante des partenaires étrangers.

Une messe d’action de grâce plutôt qu’une reddition de comptes. Pour son 29ᵉ anniversaire, célébré le samedi 25 juillet 2026 à la paroisse Notre-Dame du Perpétuel Secours de Delmas 75, le Programme national de cantines scolaires (PNCS) a choisi les prières, les remerciements et les déclarations générales. Autour du coordonnateur général Lucson Philemond et de son directeur de cabinet Wilson Joseph, les responsables ont évoqué vingt-neuf années d’engagement en faveur des écoliers, sans rendre public, à cette occasion, un bilan détaillé permettant de mesurer concrètement les résultats obtenus.

Il faut d’abord rectifier le slogan officiel : le PNCS n’a pas été créé il y a 19 ans, mais le 25 juillet 1997. Sa mission première était de réguler et d’harmoniser les activités de cantines scolaires sur l’ensemble du territoire. L’institution devait également favoriser une alimentation « saine et équilibrée », encourager les achats de produits locaux, soutenir la création de petites fermes scolaires et renforcer les pratiques d’hygiène.

Vingt-neuf années plus tard, la cérémonie anniversaire n’a pourtant apporté aucun renseignement précis sur la réalisation de ces objectifs.

Une célébration sans indicateurs vérifiables

Combien d’écoles sont aujourd’hui couvertes directement par le PNCS ? Combien d’élèves reçoivent réellement un repas pendant chacun des jours de classe ? Quelle est la composition nutritionnelle de ces repas ? Combien d’écoles disposent d’une cuisine équipée, d’un espace de stockage sécurisé, d’eau potable et de dispositifs de lavage des mains ? Quels départements restent insuffisamment desservis ? Quel pourcentage du budget parvient effectivement dans les assiettes ?

Le communiqué anniversaire ne répond à aucune de ces questions. Il ne présente ni tableau de résultats, ni taux de couverture effectivement atteint, ni comparaison avec les objectifs annoncés, ni données sur la régularité des repas, ni évaluation de leur incidence nutritionnelle. Il remercie en revanche le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le ministre Vijonet Déméro et les partenaires du programme.

Cette absence est d’autant plus préoccupante que le PNCS affirme lui-même qu’une école candidate doit déjà posséder un entrepôt sécurisé, des toilettes fonctionnelles, des stations de lavage des mains et une cuisine propre et équipée. Autrement dit, au lieu de présenter un programme national de construction systématique de cuisines scolaires, le dispositif repose en partie sur des établissements qui disposent préalablement des infrastructures nécessaires. Il serait donc excessif d’affirmer qu’aucune infrastructure n’a jamais été aménagée en vingt-neuf ans sans disposer d’un audit exhaustif.

En revanche, les informations publiques consultées ne permettent pas d’identifier un bilan national indiquant combien de cuisines, de réfectoires, d’entrepôts, de points d’eau ou de jardins scolaires ont été construits directement par le PNCS depuis 1997. Cette donnée essentielle aurait dû figurer au cœur de la cérémonie anniversaire.

Des plans existent, mais leur exécution demeure opaque

Le PNCS ne peut pas davantage prétendre qu’aucune feuille de route n’existe. Une Politique et stratégie nationales d’alimentation scolaire 2024-2030 a été signée en janvier 2024. Elle prévoit notamment un repas quotidien sain et nutritif, la définition de normes nutritionnelles, le recours aux produits locaux, des critères de sélection des écoles et des mécanismes de financement.

Le véritable problème est ailleurs : entre l’existence d’un document stratégique et sa mise en œuvre dans les écoles, les informations publiques restent insuffisantes. Plus révélateur encore, la page intitulée « Bilan et perspectives » du site officiel continue de présenter comme des tâches à réaliser la cartographie des écoles, la numérisation de la collecte des données, la définition de critères réguliers de ciblage, la revitalisation du système de supervision ainsi que l’élaboration d’un manuel de suivi-évaluation avec des indicateurs de performance. Elle mentionne même un plan d’action pour l’exercice « 2022-2023 », signe d’une publication qui n’a manifestement pas été actualisée pour l’anniversaire de 2026.

Après vingt-neuf ans, une institution publique chargée d’un enjeu aussi vital devrait disposer d’une cartographie accessible, d’indicateurs annuels consolidés, d’un inventaire des infrastructures et d’évaluations nutritionnelles régulières.

Or, le propre discours institutionnel du PNCS montre que plusieurs de ces instruments fondamentaux sont encore présentés comme des « perspectives ».

Des annonces contradictoires et une forte dépendance extérieure

En septembre 2025, les responsables annonçaient que le PNCS devait nourrir directement 204 674 élèves grâce à une enveloppe de 1,2 milliard de gourdes, contre 33 373 élèves l’année précédente. Avec les partenaires, une source avançait un total de 1 338 306 bénéficiaires, tandis qu’une autre publication évoquait 1 516 971 élèves. Ces chiffres sont des objectifs annoncés, et non un bilan final audité de l’année scolaire 2025-2026. Leur divergence renforce la nécessité d’une publication officielle, unifiée et vérifiable.

La dépendance envers les partenaires internationaux demeure par ailleurs considérable. L’aide française annoncée pour l’année scolaire 2025-2026 s’élevait à 2,5 millions d’euros. Pour l’année précédente, près de 82 000 élèves auraient bénéficié d’un repas grâce aux efforts conjoints financés par cette coopération.

Lors d’une réunion sectorielle organisée en juillet 2026, les partenaires du PNCS ont eux-mêmes reconnu que des carences en zinc, vitamine A, iode et fer demeuraient préoccupantes chez les élèves. Le représentant du Programme alimentaire mondial a indiqué que plus de 75 % de ses bénéficiaires recevaient alors un repas chaud quotidien, tout en fixant l’objectif d’une couverture complète à 2030.

Ces éléments contredisent l’image triomphale d’un programme devenu, selon son communiqué, un « pilier » pleinement établi de l’alimentation scolaire. Ils montrent plutôt un système fragmenté : un État coordonnateur, des opérateurs multiples, des bailleurs étrangers indispensables et une couverture dont la continuité dépend des financements disponibles.

Après la messe, l’obligation de rendre des comptes

La foi n’est pas en cause. Une messe d’action de grâce peut avoir sa place dans la vie d’une institution et de ses agents. Mais elle ne saurait remplacer l’obligation de transparence d’un organisme public qui mobilise des ressources nationales et internationales au nom des enfants.

Après vingt-neuf ans, le PNCS devait présenter autre chose qu’une succession de remerciements : le budget reçu et exécuté, le coût moyen de chaque repas, le nombre réel de jours de distribution, la proportion de produits locaux, la liste des écoles couvertes, les infrastructures construites, les résultats des contrôles sanitaires et l’évolution de l’état nutritionnel des bénéficiaires.

En l’absence de ces éléments dans sa communication anniversaire, la célébration ressemble davantage à une opération institutionnelle qu’à une véritable reddition de comptes. Les enfants haïtiens n’ont pas besoin d’un bilan récité comme une prière. Ils ont besoin de cuisines fonctionnelles, de repas réguliers, équilibrés et contrôlés, financés durablement par l’État et intégrés à une politique agricole nationale.

Vingt-neuf ans après sa création, le PNCS a organisé une messe. Il lui reste maintenant à produire les preuves publiques que, derrière les cérémonies, les promesses arrivent réellement et durablement dans les assiettes des élèves.

Sherley Francois
Sherley Francois
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.

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