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Anti-violence aujourd’hui, accusé hier de liens présumés avec le gang 400 Mawozo : le paradoxe Jean Tholbert Alexis

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Jean Tholbert Alexis veut désormais apparaître comme l’un des défenseurs du dialogue politique et de la paix sociale. Le jeudi 16 juillet 2026, l’ancien président de la Chambre des députés a dénoncé sur le réseau X « la répétition de discours haineux et violents » qui, selon lui, « empoisonne le débat politique et social ».

Sans le nommer directement, il visait probablement Moïse Jean-Charles, leader de Pitit Dessalines, après l’appel de ce dernier à un « déchoukaj » contre le gouvernement dirigé par le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé. Jean Tholbert Alexis est même allé jusqu’à présenter les auteurs de tels propos comme répétant « un patron de conduite pathologique » et devant « chercher de l’aide psychologique ».

Sur le fond, toute incitation à la violence doit évidemment être combattue. Dans un pays ravagé par les massacres, les déplacements forcés et l’emprise territoriale des groupes armés, aucun responsable politique ne devrait banaliser les appels à l’incendie, au « déchoukaj » ou à la vengeance populaire. Les déclarations attribuées à Moïse Jean-Charles sont suffisamment graves pour être interrogées politiquement et juridiquement.

Le Parquet de Port-au-Prince l’avait d’ailleurs convoqué pour le 16 juillet 2026 à la suite de propos prononcés lors d’un rassemblement organisé le 12 juillet au Cap-Haïtien. Selon Juno7, il aurait annoncé des mobilisations comprenant des opérations qualifiées de « déchouquage » et d’« incendie » afin d’obtenir le départ d’Alix Didier Fils-Aimé.

Mais la condamnation nécessaire de ces déclarations ne saurait transformer automatiquement Jean Tholbert Alexis en autorité morale incontestable. Car celui qui distribue aujourd’hui des certificats de bonne conduite politique traîne derrière lui une controverse particulièrement lourde.

En 2022, son nom cité dans une affaire d’armes destinées aux gangs

Dans son édition du 11 au 18 mai 2022, l’hebdomadaire Haïti-Observateur revenait sur des accusations publiées une semaine auparavant concernant les affrontements entre groupes armés dans les communes de Croix-des-Bouquets et de Bon-Repos. Le journal affirmait que Jean Tholbert Alexis figurait parmi deux personnes présentées comme des fournisseurs présumés d’armes et de munitions à des gangs opérant dans cette zone.

L’affaire était d’une extrême gravité. Dans la reprise de l’article d’Haïti-Observateur publiée par Rezo Nòdwès le 13 mai 2022, Jean Tholbert Alexis et Yves Léonard étaient cités comme fournisseurs présumés d’armes au gang « 400 Mawozo ». Le même texte rapportait également que le bureau de l’ancien député à Croix-des-Bouquets et un hôtel attribué à Yves Léonard auraient servi à entreposer des armes afin d’éviter leur découverte lors d’éventuelles opérations des autorités.

Ces éléments ne constituent toutefois ni une condamnation judiciaire ni une preuve établie de culpabilité. Il est indispensable de le préciser : Jean Tholbert Alexis a catégoriquement rejeté ces accusations. Lors d’un échange téléphonique avec Léo Joseph, directeur d’Haïti-Observateur, il avait affirmé n’avoir « rien à voir avec ce monde », en référence aux groupes armés, et s’était déclaré prêt à confronter les déclarations qui lui étaient attribuées par l’intermédiaire d’un individu présenté comme « Chen Mechan ».

Une autre version des faits avait également circulé. Le journaliste Mérinord Mercier affirmait qu’un individu se faisant passer pour « Chen Mechan » avait formulé de fausses accusations contre Jean Tholbert Alexis dans le but de le rançonner. Il disait avoir été lui-même induit en erreur et soutenait que la bande sonore remise en circulation en 2022 relevait d’une opération de manipulation menée par des adversaires politiques de l’ancien député.

Cette contradiction entre plusieurs récits aurait précisément dû conduire à une enquête indépendante, transparente et publiquement documentée. À notre connaissance, les sources consultées n’établissent ni qu’une juridiction a reconnu Jean Tholbert Alexis coupable de fourniture d’armes, ni qu’une enquête officielle l’a définitivement blanchi.

Il serait donc irresponsable de présenter les accusations de 2022 comme des faits judiciairement démontrés. Mais il serait tout aussi problématique de les effacer de sa trajectoire publique.

La mémoire sélective des responsables politiques

C’est là que réside la faiblesse de la sortie de Jean Tholbert Alexis. Avant de prescrire une aide psychologique à ses adversaires ou de se présenter comme le défenseur du débat pacifique, l’ancien parlementaire aurait pu commencer par répondre publiquement, avec précision et documents à l’appui, aux zones d’ombre laissées par l’épisode de 2022.

Il ne suffit pas de déclarer son innocence pour clore une controverse d’une telle nature, pas plus qu’une accusation médiatique ne suffit à établir une culpabilité. Entre ces deux principes se trouve une exigence essentielle : celle de la vérité, de l’enquête et de la reddition de comptes.

Jean Tholbert Alexis est donc parfaitement en droit de condamner les appels à la violence de Moïse Jean-Charles. Mais son propre passé controversé lui interdit de parler comme si sa parole provenait d’un espace moral préservé de tout soupçon. Sa crédibilité dépend de sa capacité à affronter les accusations dont il a fait l’objet, et non à les considérer comme inexistantes dès lors qu’elles ne servent plus son positionnement politique actuel.

Cette exigence vaut également pour ses adversaires. Dénoncer l’incohérence de Jean Tholbert Alexis ne revient pas à justifier les appels au « déchoukaj ».

Les deux réalités doivent être examinées séparément : les propos de Moïse Jean-Charles peuvent être politiquement dangereux, tandis que la posture de Jean Tholbert Alexis peut être jugée opportuniste et fragilisée par des accusations antérieures demeurées controversées.

Une condamnation de la violence à géométrie variable

La classe politique haïtienne pratique depuis longtemps une indignation sélective. La violence est condamnée lorsqu’elle menace un gouvernement allié, mais relativisée lorsqu’elle sert une stratégie de conquête du pouvoir. Les liens présumés entre personnalités politiques, secteurs économiques et groupes armés sont régulièrement évoqués, sans que les institutions judiciaires parviennent à établir clairement les responsabilités.

Dans ce contexte, les déclarations moralisatrices ne peuvent remplacer la reddition de comptes. Jean Tholbert Alexis ne peut demander aux autres de rompre avec la culture de la violence sans exiger lui-même que toute la lumière soit faite sur les accusations qui ont visé son nom.

En 2022, il se disait prêt à confronter les déclarations utilisées contre lui. Quatre ans plus tard, le public reste en droit de demander si cette confrontation a eu lieu, devant quelle autorité et avec quelles conclusions.

Avant de se présenter en professeur d’anti-violence, Jean Tholbert Alexis devrait donc contribuer à lever ces interrogations. Car, en Haïti plus qu’ailleurs, la paix ne se construit pas avec des sermons sélectifs, mais avec la vérité, la justice et la responsabilité publique.

Marie Décius
Marie Décius
Marie Décius est journaliste indépendante basée à Port‑au‑Prince. Elle couvre principalement l’éducation, les droits sociaux et les enjeux politiques en Haïti, avec un regard engagé et proche du terrain.

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